‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 98 sur 105 · SCENE IV GEORGES. MADAME LESERRE · texte numérisé non relu

SCENE IV GEORGES. MADAME LESERRE

GEORGES. — Le boulanger demande à être payé?

Af"* LESERRE. — Comment le sais-tu?

GEORGES. — La note est sur la table.

M""' LESERRE, très étonnée et étourdie. — Je l'ai laissée sur la table! — Tu l'as trouvée! Et moi qui voulais... (Elle s'arrête.)

GEORGES. — Me la cacher? Mais tu ne pouvais pas puisqu'il faut payer. — Ah oui! Tu voulais encore vendre un objet à toi sans doute?

M""' LESERRE. — Mais non! Mais non!

GEORGES. — Ne dis donc pas non quand toute ta figure dit oui.

M"' LESERRE. — Eh bien, oui! J'ai voulu vendre mon châle.

GEORGES. — Ton châle de noce?

iVf°" LESERRE. — Oui. Ça ne se porte plus depuis longtemps.

GEORGES. -~ Mais je ne veux pas! Je ne veux pas! Tu n'as pas encore assez de crève-cœur. — Tu l'as peut-être déjà vendu, ton châle?

M"' LESERRE. — Non. On m'en a offert trente francs. Et il est conmie neuf.

GEORGES, furieux. — Comment! Trente francs!

JVf"* LESERRE. — Il en avait coûté deux cents. — Alors je suis revenue avec.

GEORGES. — Où est-il?

M"" LESERRE. — Je l'ai remis dans l'armoire.

GEORGES. — Montre.

M"* LESERRE. — Tu ne veux pais me croire. Tu es comme St-Thomas.

GEORGES. — Va le chercher. (Elle sort à droHe et revient un instant après avec le châle.) Donne-le moi.

M"' LESERRE. — Il est à moi. Je peux faire de mon châle ce que je veux.

GEORGES. — Soit. Garde-le. Mais tu ne vendras plus rien du tout. Aussi bien on te donne pour te« « marchandises » des prix dérisoires. Le boulanger sera payé autrement et complètement, le plus tôt possible. Et les autres créanciers aussi. Je ferai un em^prunt.

M™* LESERRE. — Uii emprunt? Tu connais quelqu'un qui te prêterait une somme si élevée?

GEORGES. — Hum I — Jules et Wolff ont besoin eux-mêmes de leur argent maintenant, l'un pour s'installer, l'autre pour se marier. — Et le professeur Ducant! — Non, je n'ose pas lui demander de l'argent. — Il me faudrait cinq cents francs. Je ne sais réellement pas à qui m' adresser. Je ne puis fournir aucune garantie. Je n'ai rien, rien, si ce n'est mon diplôme de docteur en philosophie et lettres. Qui me prêterait seulement deux sous là-dessus! (En ricanant.) Mais alors à quoi me sert-il, mon diplômée dedocteur, si, avec ça, je dois mourir de faim! Un

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