‹ Théatre (volume 2)Chapitre 123 sur 166 · ARAMINTE, LE COMTE, MADAME AEGAKTE · texte numérisé non relu

ARAMINTE, LE COMTE, MADAME AEGAKTE

MARTHON.

ARAMINTE

Marthon, qu'est-ce que c"*est qu'un portrait dont monsieur le comte me parle, qu'on vient d'apporter ici à quelqu'un qu'on ne nomme pas, et qu'on soupçonne être le nuen? Instruisez-moi de cette histoir&-là.

MARTHON, d'an air rôvesr.

Ce n'est rien, madame; je vous dirai ce que c'est : je l'ai déflttélé après ^ueM.le comte a été parti. Il n'a que fairede s'alarawr ; il A'y a non là qui vous intéresse.

LES FAUSSES Cx ^"•'"'*^ 201

LE COMTE

Comment le savez-vousi mademolsel!^. ^

vu le portrait. . ^"

HARTHON.

N'importe; c'est tout'comme si je l'avais vu. JèX regarde; n'en soyez point ea peine.

LE COMTE

Ce qu'il y a de certain, c'est un portrait de femme, et c'est > ici qu'on vient chercher la personne qui l'a fait faire, à qui on doit le rendre; et ce n'est pas moi.

MARTHON.

D'accord. Mais quandje vous dis que madame n'y est pour rien^ ni vous non plus...

ABAMINTE.

lEti bien, si vous êtes instruite, dites-nous donc de quoi il est question; car je veux le savoir. On a des idées qui ne me plaisent point, parlez.

MADAME ARGANTE

Oui, ceci a un air dé mystère qui est désagréable. Il ne faut pourtant pas vous fâcher, ma fille : M; le comte vous aime, et un peu de jalousie, même injuste, ne messied pas à un anant

LE COMTE

Je ne suis jaloux que de rinoonnu qwca^ se donner le plaisir d'avoir le portrait de madame.

AiRAMINTE, Tlvemcllt.

Comme il vous plaira, juckosiaur; mais j'ai entendu ce que vous vouliez aire, et je crains un peu ce caractère d'à»prit-là. Eh bien, Marthon ?

MARTHON.

Sh bienymadanoe, voilà bien du bruit 1 C'est mon portrait.

Votre portrait?

MARTHON.

Oui, le mien. Et pourquoi non, s'il vous plaît? n ne faut pas tant se récrier.

MADAME ARGANTE

Je suis aasez comme M. ie comte; la chose me pasait fiî&giilière.

VARTHON.

Ma foi, madame, sans vanité, on en peint tons les jouns, et des plus huppées, qui ne me valent pas.

196 ^^•i'i'-^ÉATRE DE MARIVAUX.

ARAMI1NTE.

Et qui est-ce qui a fait celle défpelise-là pour vous ?

MARTHON.

Un très-aimable homme, qui m'aima, qui a de la délicatesse et des sentiments, et qui me reclierclie; et, puisqu'il faut vous le nommer, o'est Dorante.

ÀRAHINTE.

Mon intendant?

MARTHON.

Lui-rmôme.

MADAME ARGANTE. ,

Le fatl avec ses sentiments.

ARAMINTE, brascpiement.

Eh! VOUS nous trompez : depuis qu'il est ici, a-t-il eu le temps de vous faire pemdre ?

MARTHON.

Mais ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il me connaît.

ARAMINTE, vivement.

Donnez donc.

MARTHON.

Je n'ai pas encore ouvert la boîte, mais c'est moi que vous allez voir.

(Araminte l'ouvre ; tons regardent.) LE COMTE.

Ehl je m'en doutais bien : c'est madame.

MARTHON.

Madame? Il est vrai, et me voilà bien loin de mon compte (A part.) Dubois avait raison tantôt.

ARAMINTE, à part.

Et moi, je vois clair, (a Marthon.) Par quel hasard avezvous cru que c'était vous?

MARTHON.

Ma foi, madame, toute autre que moi s'y serait trompée. M. Rémi me dit que son neveu m'aime, quil veut nous marier ensemble; Dorante est présent, et ne dit point non; il refuse devant moi un très-riche parti; l'oncle s en prend à moi, me dit que j'en suis cause. Ensuite vient un homme qui apporte ce portrait, qui vient chercher celui a qui il appartient; je l'interroge : à tout ce qu'il repond, je reconnais Dorante. C'est un petit portrait de femme ; Dorante m'aime jusqu'à refuser sa fortune pour moi : je conclus donc que c'est moi qu'il a fait peindre. Ai-je eu tort? J'ai pourtant mal conclu. J'y renonce; tant d'honneur ne m'appar-

tient i)oiQt. Je crois voir toute l'étendue de ma méprise, et je me tais.

ARAMINTE

Âht ce ii*est pas là une chose bien difficile à deviner. Vous faites le fôché, l'étonné, monsieur le comte ; il y a eu quelque malentendu danis les mesures que vous avez prises : mais vous ne m'abusezpoint, c'est à vous qu'on apportait le portrait. Un homme dont on ne sait pas le nom, qu on vient chercher ici, c'est vous, monsieur, c est vous.

VARTHON, d'an air sérieux.

Je ne crois pas.

HADAUE AR6ANTE.

Oui, oui, c'est monsieur. A quoi bon vous en défendre? Dans les termes où vous en êtes avec ma fille, ce n'est pas . là un si grand crime : allons, convenez-en.

LE GOHTE, froidôment.

Non, madame, ce n'est point moi, sur mon honneur : je ne connais pas ce M. Rémi ; comment aurait-on dit chez lui qu'on aurait de mes nouvelles ici ? Cela ne se peut pas.

MADAME ARGANTE, d*an air pensif.

Je ne faisais pas attention à cette circonstance.

ARAMINTE

Boni qu'est-ce que c'est qu'une circonstance de plus ou de moins? Je n'en rabats rien. Quoi qu'il en soit, je le

farde; personne ne l'aura. Mais quel bruit entendons-nous? oyez ce que c'est, Marthon.

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