‹ Théatre (volume 2)Chapitre 74 sur 166 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LBJETTE, PASQUIN.

PASQUm.

Enfin, ma reine, je vous vois, et je ne vous quitte plus : car j'ai trop pâti d avoir manqué de votre présence, et J'aî cru que vous esquiviez la mienne.

LISETTE

Il faut VOUS avouer, monsieur, qu'il en était qifélque chose.

PASQUIN

Gomment donc, md ehèro Ame, élixlp de mon oœur, avez * vous entrepris la fin de m» vie ?

UWTTK.

Non, mon cher ; la durée m'en est trop précieuse. ^

PASQUIN

Ail l <tue Q#a pavole^ lae fortifient l

LISETTE

Et vous ne devez point douter de ma tendresse.

Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots^lè, et les cueillir sur voire bouche avec la mienne.

LISETTE

Mais vous me pressiez sur notre mariasse, et mon père ne m'avait pas encore permis de vous répondre. Je viens de lui parler, et j'ai son aveu pour vous dire que vous pouvez lui demander ma main quand vous voudrez.

PASQUIN

Avant quejela demande à lui, souffirez que je la demande à vous ; je veux lui rendre mes grâces de la charité qu'elle aura de vouloir bien entrer dans la mienne, qui en est véritablement indigne.

LISETTE

Je ne refuse pas de vous la prêter un moment, h condidition que vous la prendre! pour toujours.

PASQUIN

Chère petite main rondelette et potelée, je vous prends sans marchander : je ne suis pas en peine de l'honneur que vous me ferea; il n'y a que celui que je vous rendrai qui m'inquiète.

usErrak

Vous m'en rendrez plus qu'il na m'en faut

Ah ! qife nenni; vous ne save? paa cette arithmétique^lè au&si bien que moi.

LISETTE

Je regarde pourtant votre amour comme un présent du oiei*

PASQUIN

Le présent qu'il vous a fait ne le ruinera pas; il est bien mesquin.

LISETTE

Je ne le trouve que trop magnifique.

PASQUIN

C'est que vous ne le voyez pas au grand jour.

LISBTTE.

Vous ne sauriez croire combien votre modestie m'embarrasse.

PASQUIN

Ne faites point dépense d'embarras ; je serais bien effronté si je n'étais pas modeste.

LISETTE

Enfin, monsieur, faut-il vous dire que c'est moi que votre tendresse honore ?

Y Aie I aïe I je ne sais plus où me mettre^

LISETTE

Encore une fois^ monsieur, je me connais.

PASQUIN

Eh ! je me connais bien aussi, et je n'ai pas là une fameuse connaissance, ni vous. non plus, quand vous l'aurez failcj mais c'est là le diable que de me connaître; vous ne vous attendez pas au fond du sac.

LISETTE, à part.

Tant d-abaissement n'est pas naturel. (Haut.) D'où vient me dites-vous cela ?

PASQUIN

Et voilà où gît le lièvre.

lilSETTE.

Mais encore? Vous m'inquiétez : est-ce que vous n'êtes pas...?

PASQUIN

Aïe 1 aïe I vous m'ôtez ma couverture.

LISETTE

Sachons de quoi il s'agit.

PASQUIN, & part.

Préparons un peu cette affaire-là. (Hant.) Madame votre amour est-il d'une constitution bien robuste? soutiendra*t-il bien la fatigue que ie vais lui'donner? un mauvais gîte lui fait-il peur? Je vais le loger petitement.

Ah! tirez-moi d'inquiétude: en un mot, quiéles-vous?

PASQUIN

Je suis... N'avez-vous jamais vu de fausse monnaie ?savez- Tous ce que c'est qu'un louis d'or faux? Eh bien Je ressemble assez à cela»

LISETTE

Achevez donc ; quel est votre nom?

PASQUIN

Mon nom? (Apart.) Lui dirai-jeque je m'appelle Pasquin ? Non; cela rime trop avec coquin.

LISETTE

Eh bien?

Ah ! dame^ il y a un peu à ffl^S^ Haïssez-VDUs la qualité ^ de soldat ?

LISETTE

Qu'appeiez*vous un solda t ?

PASQUIN

Oui; par exemple, un soldat d'antichambre.

LISETTE

Un soldat d'antichambre I Ce n'est donc point Dorante ti qui je parle enfm?

C'est lui qui est mon capitaine.

LISETTE

Faquin I

PASQUIN, à part.

ie n'ai pu éviter la rime.

LISETTE

Hais voyez ce magot 1 tenez!

PASQUIN, à part.

La jolie culbute que je fais là I

LISETTE

Dy a une heure que je lui demande çrâce, et que je m'épuise en humilités pour cet animal-làï

PASQUIN

Hélas ! madame, si vous préfériez l'amour à la gloire, je TOUS ferais bien autant de profit qu'un monsieur.

LISETTE, riant.

Ah 1 ah I ah ! Je ne saurais pourtant m'empéeher d'en rire, avec sa gloire; et il n'y a plus que ce parti-là à prendre. Va, va, ma gloire te pardonne, elle est de bonne corn- >j position.

nS THÉÂTRE DE MARIVAUX.

PASQVIN.

Tout de bon» cbaritable dame? Ahl que mon ammir Vous projxiet de reconaaissabce 1

LISETTE

Touche là, Pasquin; je suis prise pour dupe : le soldat d'antichambre dé monsieur yaut bi^n la eoiSSsoB» de madame.

PÀSQura.

La coiffeuse de madame?

C'est mon capitaine^ ou Féquivaient.

y PASQVIN.

/ Masqve *^ , >

\ LISETTE

Prends ta revanche.

PASQUIN

Mais voyez cette magotte, avec qui^ depuis une heure, V j'entre en cofi^f\i8ion de ma misère I

•W-x. % «■' U<'^'* LISETTE .

Venons au faîl ; m'aimes-tu ?

PASQUIN

Pardi! oui. En changeant de nom^ tu n'as pas changé de visage, et tu sais bien que nous nous sommes promis naélité en dépit de toutes les fautes d'orkhographe.

LISETTE

Va, le mal n'est pas grand; eonsolons-nous, ne faisons semblant de rien, et n'apprêtons pQint à rire. Il v a e^^parence que ton maître est encore dans l'erreur à regard de ma maîtresse : ne l'avertis de rien, laissons les choses comme elles sont. Je crois que le voici qni enlreu Monsieur^ je suis votre servante»

PASQUIN. ''' «s^ ' • , ^ ■

Et moi votre valet, madame, (niant.) Ah! ah! ahl

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