SCÈNE VI
LBJETTE, PASQUIN.
PASQUm.
Enfin, ma reine, je vous vois, et je ne vous quitte plus : car j'ai trop pâti d avoir manqué de votre présence, et J'aî cru que vous esquiviez la mienne.
LISETTE
Il faut VOUS avouer, monsieur, qu'il en était qifélque chose.
PASQUIN
Gomment donc, md ehèro Ame, élixlp de mon oœur, avez * vous entrepris la fin de m» vie ?
UWTTK.
Non, mon cher ; la durée m'en est trop précieuse. ^
PASQUIN
Ail l <tue Q#a pavole^ lae fortifient l
LISETTE
Et vous ne devez point douter de ma tendresse.
Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots^lè, et les cueillir sur voire bouche avec la mienne.
LISETTE
Mais vous me pressiez sur notre mariasse, et mon père ne m'avait pas encore permis de vous répondre. Je viens de lui parler, et j'ai son aveu pour vous dire que vous pouvez lui demander ma main quand vous voudrez.
PASQUIN
Avant quejela demande à lui, souffirez que je la demande à vous ; je veux lui rendre mes grâces de la charité qu'elle aura de vouloir bien entrer dans la mienne, qui en est véritablement indigne.
LISETTE
Je ne refuse pas de vous la prêter un moment, h condidition que vous la prendre! pour toujours.
PASQUIN
Chère petite main rondelette et potelée, je vous prends sans marchander : je ne suis pas en peine de l'honneur que vous me ferea; il n'y a que celui que je vous rendrai qui m'inquiète.
usErrak
Vous m'en rendrez plus qu'il na m'en faut
Ah ! qife nenni; vous ne save? paa cette arithmétique^lè au&si bien que moi.
LISETTE
Je regarde pourtant votre amour comme un présent du oiei*
PASQUIN
Le présent qu'il vous a fait ne le ruinera pas; il est bien mesquin.
LISETTE
Je ne le trouve que trop magnifique.
PASQUIN
C'est que vous ne le voyez pas au grand jour.
LISBTTE.
Vous ne sauriez croire combien votre modestie m'embarrasse.
PASQUIN
Ne faites point dépense d'embarras ; je serais bien effronté si je n'étais pas modeste.
LISETTE
Enfin, monsieur, faut-il vous dire que c'est moi que votre tendresse honore ?
Y Aie I aïe I je ne sais plus où me mettre^
LISETTE
Encore une fois^ monsieur, je me connais.
PASQUIN
Eh ! je me connais bien aussi, et je n'ai pas là une fameuse connaissance, ni vous. non plus, quand vous l'aurez failcj mais c'est là le diable que de me connaître; vous ne vous attendez pas au fond du sac.
LISETTE, à part.
Tant d-abaissement n'est pas naturel. (Haut.) D'où vient me dites-vous cela ?
PASQUIN
Et voilà où gît le lièvre.
lilSETTE.
Mais encore? Vous m'inquiétez : est-ce que vous n'êtes pas...?
PASQUIN
Aïe 1 aïe I vous m'ôtez ma couverture.
LISETTE
Sachons de quoi il s'agit.
PASQUIN, & part.
Préparons un peu cette affaire-là. (Hant.) Madame votre amour est-il d'une constitution bien robuste? soutiendra*t-il bien la fatigue que ie vais lui'donner? un mauvais gîte lui fait-il peur? Je vais le loger petitement.
Ah! tirez-moi d'inquiétude: en un mot, quiéles-vous?
PASQUIN
Je suis... N'avez-vous jamais vu de fausse monnaie ?savez- Tous ce que c'est qu'un louis d'or faux? Eh bien Je ressemble assez à cela»
LISETTE
Achevez donc ; quel est votre nom?
PASQUIN
Mon nom? (Apart.) Lui dirai-jeque je m'appelle Pasquin ? Non; cela rime trop avec coquin.
LISETTE
Eh bien?
Ah ! dame^ il y a un peu à ffl^S^ Haïssez-VDUs la qualité ^ de soldat ?
LISETTE
Qu'appeiez*vous un solda t ?
PASQUIN
Oui; par exemple, un soldat d'antichambre.
LISETTE
Un soldat d'antichambre I Ce n'est donc point Dorante ti qui je parle enfm?
C'est lui qui est mon capitaine.
LISETTE
Faquin I
PASQUIN, à part.
ie n'ai pu éviter la rime.
LISETTE
Hais voyez ce magot 1 tenez!
PASQUIN, à part.
La jolie culbute que je fais là I
LISETTE
Dy a une heure que je lui demande çrâce, et que je m'épuise en humilités pour cet animal-làï
PASQUIN
Hélas ! madame, si vous préfériez l'amour à la gloire, je TOUS ferais bien autant de profit qu'un monsieur.
LISETTE, riant.
Ah 1 ah I ah ! Je ne saurais pourtant m'empéeher d'en rire, avec sa gloire; et il n'y a plus que ce parti-là à prendre. Va, va, ma gloire te pardonne, elle est de bonne corn- >j position.
nS THÉÂTRE DE MARIVAUX.
PASQVIN.
Tout de bon» cbaritable dame? Ahl que mon ammir Vous projxiet de reconaaissabce 1
LISETTE
Touche là, Pasquin; je suis prise pour dupe : le soldat d'antichambre dé monsieur yaut bi^n la eoiSSsoB» de madame.
PÀSQura.
La coiffeuse de madame?
C'est mon capitaine^ ou Féquivaient.
y PASQVIN.
/ Masqve *^ , >
\ LISETTE
Prends ta revanche.
PASQUIN
Mais voyez cette magotte, avec qui^ depuis une heure, V j'entre en cofi^f\i8ion de ma misère I
•W-x. % «■' U<'^'* LISETTE .
Venons au faîl ; m'aimes-tu ?
PASQUIN
Pardi! oui. En changeant de nom^ tu n'as pas changé de visage, et tu sais bien que nous nous sommes promis naélité en dépit de toutes les fautes d'orkhographe.
LISETTE
Va, le mal n'est pas grand; eonsolons-nous, ne faisons semblant de rien, et n'apprêtons pQint à rire. Il v a e^^parence que ton maître est encore dans l'erreur à regard de ma maîtresse : ne l'avertis de rien, laissons les choses comme elles sont. Je crois que le voici qni enlreu Monsieur^ je suis votre servante»
PASQUIN. ''' «s^ ' • , ^ ■
Et moi votre valet, madame, (niant.) Ah! ah! ahl