ACTE I — SCÈNE IV i6i
moi avons affaire ensemble ? Qu'est-ce que c'est que vous ? Que me voulez-vous ? Où allons-nous ?
TRI VELIN
Je suis un honnête homme, à présent votre domestique ; je ne veux que vous servir, et nous n'allons pas plus loin.
ARLEQUIN
Honnête homme ou fripon, je n'ai que faire de vous, je vous donne votre congé, et je m'en retourne.
TRI VELIN
Doucement !
ARLEQUIN
Parlez donc, eh ! vous êtes bien impertinent d'arrêter votre maître !
TRIVELIN
C'est un plus grand maître que vous qui vous a fait le mien.
Qui est donc cet original-là, qui me donne des valets malgré moi ?
TRIVELIN
Quand vous le connaîtrez, vous parlerez autrement. Expliquons-nous à présent.
ARLEQUIN
Est-ce que nous avons quelque chose à nous dire ?
TRIVELIN
Oui, sur Silvia.
ARLEQUIN
Ah ! Silvia ! hélas ! je vous demande pardon ; voyez ce que c'est ! je ne savais pas que j'avais à vous parler.
^ TRIVELIN
Vous l'avez perdue depuis deux jours ?
i62 LA DOUBLE INCONSTANCE
ARLEQUIN
Oui, des voleurs me l'ont dérobée.
TRI VELIN
Ce ne sont pas des voleurs.
ARLEQUIN
Enfin, si ce ne sont pas des voleurs, ce sont toujours des fripons.
TRI VELIN
Je sais où elle est.
ARLEQUIN
Vous savez où elle est, mon ami, mon valet, mon maître, mon tout ce qu'il vous plaira ? Que je suis fâché de n'être pas riche ! Je vous donnerais tous mes revenus pour gages. Dites, l'honnête homme, de quel côté faut-il tourner ? Est-ce à droite, à gauche, ou tout devant moi ?
TRI VELIN
Vous la verrez ici.
ARLEQUIN
Mais quand j'y songe, il faut que vous soyez bien bon, bien obligeant pour m 'amener ici comme vous faites ! O Silvia ! chère enfant de mon âme ! ma mie ! je pleure de joie !
TRIVELIN, à part.
De la façon dont ce drôle-là prélude, il ne nous promet rien de bon. (A Arlequin.) Écoutez, j'ai bien autre chose à vous dire.
ARLEQUIN
Allons d'abord ^-oir Silvia ; prenez pitié de mon impatience.
TRIVELIN
Je vous dis que vous la verrez ; mais il faut que je vous entretienne auparavant. Vous souvenez-