ACTE I — SCÈNE VII
LE CHEVALIER
Que cette amitié-là me serait d'un grand secours, s'il vivait encore !
LA MARQUISE, pleurant.
Sur ce pied-là, nous l'avons donc perdu tous deux.
LE CHEVALIER
Je crois que je ne lui sur\àvrai pas longtemps.
Non, chevalier, vivez pour me donner la satisfaction de voir son ami le regretter avec moi ; à la place de son amitié, je vous donne la mienne.
LE CHEVALIER
Je vous la demande de tout mon cœur, elle sera ma ressource ; je prendrai la liberté de vous écrire, vous voudrez bien me répondre, et c'est une espérance consolante que j'emporte en partant.
LA MARQUISE
En vérité, chevalier, je souhaiterais que vous restassiez ; il n'y a qu'avec vous que ma douleur se verrait libre.
LE CHEVALIER
Si je restais, je romprais avec tout le monde, et ne voudrais voir que vous.
LA MARQUISE
Mais, effectivement, faites- vous bien de partir ? Consultez-vous : il me semble qu'il vous sera plus doux d'être moins éloigné d'Angélique.
LE CHEVALIER
Il est vrai que je pourrais vous en parler quelquefois.
LA MARQUISE
Oui ; je vous plaindrais, du moins, et vous me
plaindriez aussi, ceJa rend la douleur plus supportable.
En vérité, je crois que vous avez raison.
LA MARQUISE
Nous sommes voisins.
LE CHEVALIER
Nous demeurons comme dans la même maison, puisque le même jardin nous est commun.
LA MARQUISE
Nous sommes affligés, nous pensons de même.
LE CHEVALIER
L'amitié nous sera d'un grand secours.
LA MARQUISE
Nous n'avons que cette ressource-là dans les afflictions, vous en conviendrez. Aimez-vous la lecture ?
LE CHEVALIER
Beaucoup.
LA MARQUISE
Cela vient encore fort bien ; j'ai pris depuis quinze jours un homme à qui j'ai donné le soin de ma bibliothèque. Je n'ai pas la vanité de devenir savante, mais je suis bien aise de m'occuper. Il me lit tous les jours quelque chose. Nos lectures sont sérieuses, raisonnables ; il y met un ordre qui m'instruit en m'amusant : voulez-vous être de la partie ?
LE CHEVALIER
Voilà qui est fini, madame, vous me déterminez ; c'est un bonheur pour moi que de vous avoir vue ; je me sens déjà plus tranquille. Allons, je ne par-