ACTE II, SCÈNE I. i
S’élèvent les soupçons , bientôt la perfidie ;
Et l’impiété même, au pied des immortels,
Vient d’un serment parjure effrayer leurs autels. Jusqu’ici nul motif, appelant la vengeance,
De vous et des Thébains ne rompt l’intelligence ;
De resserrer vos noeuds tout semble prendre soin :
Mais un jour, et ce jour peut-être n’est pas loin ,
A l’antique amitié succédera la haine;
Les dieux vengeurs du crime et protecteurs d’Athène, D’une guerre implacable allumant le flambeau,
Verront le sang thébain couler sur mon tombeau.
Si j' en crois Apollon, ma cendre triomphante Parmi vos ennemis jettera l’épouvante;
D’Athènes désormais OEdipe est citoyen ,
Et les débris d’OEdîpe en seront le soutien.
LE CHOETTB.
Sous les regards sacrés des terribles déesses ,
OEdipe, en arrivant, nous a fait ces promesses.
■ THÉSÉE
Il suffit qu’en ce jour la céleste faveur D’accueillir un héros m’ait gardé le boiffieur.
Je ne réclame point une autre récompense.
Sans rejeter les dons que l’Olympe dispense,
Je sens que pour un homme, et surtout pour un roi, Xe respect du malheur est la première loi.
Héritier de Cadmus , votre audace intrépide Avant moi descendit sur les traces d’Alcide.
Alcide, comme vous à l’exil condamné,
De ses propres païens se vit abandonné;
OEDIPE A COLONE
Des destins en courroux la longue jalousie Lui fit payer bien cher l’Olympe et l’ambroisie 5 L’infortune, pour lui commençant au berceau,
Vint aux sommets d’OEta lui creuser un tombeau : Mais il vainquit le sort qui lui faisait la guerre.
Qui poursuit les héros et sourit au vulgaire;
Le bonheur des humains fut sa félicité,
Il recueillit vivant son immortalité.
Comme lui sur le sort remportez la victoire :
La Grèce a consacré ces temps de votre gloire, '
Où, par l’heureux OEdipe, arrachés au trépas,
Les Thébains à ses pieds déposaient des états. Autigone vous reste; oubliez auprès d’elle Les maux dont vous chargea la fortune infidelle :
C’est une longue nuit qui remplace un beau jour : Habitez, protégez, consacrez ce séjour.
Et vous, de ses malheurs compagne aimable et chère. Vous, 6 fille héroïque, et digne d’un tel père.
Vous qui serez un jour, dans la postérité,
L’honneur de votre sexe et de l’humanité,
OEdipe est sous ma garde; et, si Thèbes l’exile,
Au sein de mon empire il a le droit d’asile;
Mes amis désormais sont devenus les siens,
Et tous ses ennemis se déclarent les miens.
Vieillards, je vais me rendre au temple de Neptune; D’OEdipe et de sa fille honorez l’infortune , Remplissez les devoirs d’un peuple généreux,
Et que , toujours présent , mon nom veille sur eux.