ACTE I, SCÈNE II
Ses lettres m’annonçaient un plus doux avenir.
Près des plaisirs d’un trône , aux champs de la Phocide , Aurait-il oublié cette cour homicide ,
Du grand Agamemnon les mânes en courroux, Électre dans les fers, sans amis, sans époux,
Seule, et sous les lambeaux de l’obscure misère Mangeant le pain sanglant des bourreaux de son père?
LE CHOEUR
Non ; de votre destin ne désespérez pas ;
Non; Strophius admit Oreste en ses états.
Aux remparts de Crissa ce roi sage et fidelle Se garde pour Électre, et veille encor sur elle.
Jupiter à vos maux ne ferme point ses yeux.
* ÉLECTRE
Tu vois, tu règles tout, roi du monde et des cieux : Rends Oreste à mes pleurs, Oreste à ma tendresse. L’assassin règne encor ; que le vengeur paraisse :
Il est temps de frapper. Cet astre , qui nous luit ,
Pour la troisième fois a dissipé la nuit,
Depuis que du tyran la présence abhorrée Ne souille point Mycène un moment délivrée.
Mais les fêtes du crime appellent son retour :
Il revient célébrer cet çxécrable jour
Où le sang le plus puf scellait des nœuds impies ,
Où les flambeaux d’hymen étaient ceux des furies.
Ah ! c’était peu de voir Agamemnon périr,
Sans pouvoir le défendre , et sans pouvoir mourir :
O honte! ô désespoir d’Électre consternée!
Malheureuse! il me faut contempler chaque année
208 ÉLECTRE
Ces jeux du parricide et de la trahison ,
Qu’Égiste ose appeler festins d’Agamemnon.
Huit ans l’usurpateur défia son supplice;
Ma mère... est-ce bien là le nom de sa compilée? Bravant d'un peuple ému les yeux accusateurs,
Ma mère sacrifie aux dieux libérateurs ;
Elle offre , au lieu d’encens , le souvenir du crime , Dans le fond du tombeau ressaisit sa victime,
Courbe un front parricide au pied des immortels,
Et d’un vœu sacrilège insulte à leurs autel$.
Et je pourrais subir un joug aussi funeste !
Écouter l'oppresseur jurant la mort d’Oreste ! Entendre d’un air calme , en étouffant mes cris , •]\Ia mère m’accuser d’avoir sauvé son fils!
Si devant les forfaits la vertu doit se taire *
Honorer l’assassin, respecter l’adultère,
Des mânes paternels méconnaître la voix ,
Désormais la nature a donc perdu ses droits !
On verra s’éclipser la pudeur immortelle,
Et les temples des dieux périront avec elle.