‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 184 sur 286 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

NATHAN-

Le juge ! il leur dit : « Écoutez ;

Ici, devant mes yeux, si vous ne présentez Ce père, seul arbitre, et témoin nécessaire,

Je ne puis débrouiller ce pénible mystère.

Pensez-vous que la bague à l’instant va parler? Mais que dis-je ? un seul fait peut tout me révéler : La bague paternelle est facile à connaître.

Par le sublime don de faire aimer son maître; Vous en convenez tous. Reste donc à savoir, Quelle bague a reçu ce merveilleux pouvoir ;

Quel frère dans vos cœurs obtient la préférence. Vous n’en aimez aucun; j’entends votre silence;

De vos seuls intérêts je vous vois occupés;

Vous êtes donc tous trois et trompeurs et trompés. Par trois bagues en vain vous étonnez ma vue ;

La bague primitive est sans doute perdue :

Alors, voulant cacher la perte à ses enfans.

Le bon père aura fait tailler trois diamans. »

SALÀDIN.

Bien, fort bien, à merveille.

NATHAN

« Ayez plus de prudence Recevez mon avis et non pas ma sentence.

Du sang qui vous unit respectez mieux les droits. Une bague est échue à chacun de vous trois ; Chacun de vous la tient d’un père respectable. Croyez tous trois avoir la bague véritable.

Se peut-il qu’un vieillard qui vous a tous chéris,

,6o • NATHAN LE SAGE.

Ait, en. faveur d’un seul, déshérité deux fils?

D’un brillant exclusif, par un choix sacrilège,

A-t-il voulu fonder l’éternel privilège ?

Imitez envers vous son tendre attachement ;

Aimez-vous comme il fit, tous trois également,

Et prouvez cet amour par votre bienfaisance,

Consolez la douleur, secourez l’indigence,

Dans son asile obscur cherchez l’adversité ,

Et de votre manteau couvrez sa nudité.

Quand des trois diamans la céleste puissance.

Aura de père en fils versé son influence ,

IJn juge plus habile, après mille et mille ans ,

Devant ce tribunal citera vos enfans. »

Ainsi parla le juge équitable et modeste.

SALADIK.

Sage! ils t’ont bien nommé, chaque mot me l’atteste.

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