ACTE III, SCÈNE II
Du sein de leur bassesse ils osent m’outrager :
C’est en me succédant qu’il pourra me venger. Ecrasés par le fils, ils maudiront le père,
Et, sous Caligula, regretteront Tibère.
SÉJ AN.
Ah! sans daigner savoir si le peuple est ingrat, Régnez, régnez long-temps pour l’honneur de l’état. Quelques noms trop chéris vous sont-ils redoutables? Occupez le sénat : faites-lui des coupables.
Vous avez deux soutiens : les dignités et l’or.
En condamnant Pison , ses juges vont encor,
Tout prêts à secourir la puissance suprême, Condamner, s’il le faut, Agrippine elle-même.
Je viens vous l’annoncer. De zélés orateurs ,
De tous vos ennemis futurs accusateurs,
Natta, Balbus, Afer, se vouant avec joie,
Attendent que César ait désigné leur proie.
• . TIBÈRE
Agrippine me craint : moi , sans la redouter,
Je prépare les coups que je veux lui porter.
Que de Germanicus la veuve criminelle Dans sa chute bientôt précipite avec elle Silius, Sabinus, à me nuire attachés,
Ses partisans publics, mes ennemis cachés.
Crémétius, de Rome écrit, dit-on, l’histoire :
D veut à l’avenir dénoncer ma mémoire.
Scaurus peint des tyrans les tragiques destins :
C’est moi que sur la scène il désigne aux Romains. Ils méprisent tous deux cette foule empressée
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Dont je puis chaque jour acheter la pensée ;
Mais tout prince absolu, s’il ne veut s’affaiblir. Doit punir les talens qu’il ne peut avilir.
Consommons toutefois un premier sacrifice.
L’intérêt de l’état veut qu’un homme périsse : C’est Pison. Le voici : tiens-toi près de ces lieux. Et, dès qu’il sortira, reparais à mes yeux.