ACTE III, SCÈNE III. 3g
On n’est poin^ délateur alors qu’on vous accuse.
Ce droit de dénoncer qui vous semble odieux,
Fut, dans les plus beaux temps, utile à nos aïeux.
Je ne veux point choisir un exemple vulgaire ;
Cet orateur fameux , plébéien consulaire ,
Cicéron , qui toujours soutint avec éclat Le sénat près du peuple et le peuple au sénat,
N’a-t-il pas accablé de foudres équitables Verrès que protégeaient ses richesses coupables?
N’a-t-il point accusé l’orgueilleux Lentulus,
L’ardent Catilina, l’effréné Céthégus;
Et, des rois abolis craignant peu l’influence,
Armé çontre un Pison sa sévère éloquence?
PISOH.
Que font ces traits amers avec choix rassemblés ?
Notre âge est-il pareil aux temps dont vous parlez?
La liberté régnait sur les rives du Tibre :
César y règne seul , et seul y reste libre.
Chaque mot du sénat par César est dicté.
Oui, vous approuvez tout; mon arrêt est porté:
Avec l’art de Séjan ces trames sont conduites.
César en a, je pense, examiné les suites,
Il a vu quels seraient les droits de l’accusé.
TIBÈRE
Il n’a vu qu’un devoir à César imposé,
Et dont il faut subir les lois inexorables.
PISOH.
César, faut-il aussi punir tous les coupables?
TIBÈRE
4o TIBERE.
TIBÈRE
Sur des preuves? 'ans doute. Ainsi le veut la loi.
César sera puni.
TIBÈRE
Qui l’accuserait?
PISON
Ses ordres à la main. Je les ai.
Moi.
TIBERE
Téméraire!
Vous les avez gardés?
PISON
Je connaissais Tibère.
TIBÈRE
Et des audacieux connaissez-vous le sort ?
PISON
Vous ne pouvez, César, commander que ma mort. On verra si Pison brave les destinées ,
Ou s’il a dans les camps perdu quaraute années.
TIBÈRE
J’espère en sa fierté; je crains peu son courroux. Pison, votre péril m’attache encore à vous.
Le sénat frémirait de voir un consulaire Divulguant sans pudeur, aux yeux de Rome entière, Un ordre faux peut-être , ou mal interprété ;
Et du chef de l’état , bravant la majesté :