‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 47 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Dont je n’accepte pas le brillant déshonneur.

Le tyran mV flatté ; mais je suis libre encore :

Il m’invite à vous craindre , et c’est vous que j’hnplorc. v

AGRIPPINE

Moi-même, en implorant la justice et les lois,

Vous le -savez, Cnéius, j’ai respecté vos droits.

J’accuse un criminel que vous devez défendre :

Vous étiez au sénat; vous avez pu m’entendre :

Là , j’ai plaint les vertus d'un Romain généreux Digne d’un autre père, et de temps plus heureux.

Mais quand je sollicite un arrêt légitime, Qu’oseriez-vous prétendre , excepté mon estime ?

CNÉIUS

Rien pour le défenseur, mais tout pour l’accusé.

Songez au tribunal qui nous est imposé.

Un ami de Séjan va dénoncer mon père :

Et qui nous jugera? le sénat de Tibère.

A la cour du tyran vous parlez de nos droits !

Vous invoquez sous lui la justice et les lois!

Les lois! mais en est-il? est-il une justice,

Inflexible au coupable, à l’innocent propice,

Qui sache, en la blâmant, pardonner à l’erreur,

Qui sache lire un crime au front de l’empereur?

Tibère corrompt tout par son fatal génie :

Ce qu’on nomme équité n’est que sa tyrannie.

En vain dans ses discours de pompe revêtus,

De ses vices masqués il se fait des vertus;

Nous pouvons aisément, malgré tant d’artifices,

Dans ses fausses vertus démasquer tous ses vices.

' 56 TIBÈRE

Il récuse le peuple , et commande au sénat :

Vous l’avouez enfin, lui seul est tout l’état*

Sa vengeance proscrit, sa faveur déshonore;

Plus il est odieux, plus il faut qu’on l’adore;

Et, tremblant devant lui, le pâle genre humain . Le maudit à ses pieds, l’encensoir à la main.

AGHIPPITIE.

Vous dites vrai, Cnéius, mais de la servitude,

Même en la détestant, Rome a pris l’habitude.

De peur que le sénat ne décide entre nous ,

Faut-il vous .immoler l’honneur de mon époux?

Dans cet humble sénat César tient la balance ,

Je le sais ; toutefois dois-je attendre en silence Que d’un vain tribunal les Romains détrompés Revendiquent leurs droits si long-temps usurpés ?

Je tente avec douleur une sévère épreuve;

Mais de Germa nicus ne suis-je point la veuve?

Ainsi que mes enfans n’ai-je pas tout perdu ? Germanicus enfin nous sera-t-il rendu?

Ne prétendait-on pas, en divisant l’armée,

Du chef qui la guidait flétrir la renommée ?

Il n’est plus ; et Pison fut son persécuteur.

Un ami de Séjan se rend accusateur ;

J’en ai rougi : n’importe; une main ennemie D’un pareil défenseur me gardait l’infamie :

Je ne puis que gémir des abus du pouvoir,

Vous séparer d’un père, et remplir mon devoir.

CWÉIUS.

D’un père ! àh ! quel que soit le sort qu’on lui prépare ,

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