‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 48 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE III. 5j · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. 5j

Que l’exil, que la mort, que rien ne m’en sépare.

Pour vous qui , sous l’empire , exigez des Romains L’antique austérité des camps républicains ,

Savez-vous quels ressorts divisaient en Syrie Les soldats de Tibère et non de la patrie?

Pison dirigeait-il ses propres étendards?

Un héros , cher au peuple, et du sang des Césars , Germanicus aimait la liberté romaine :

Jugez si de Tibère il méritait la haine.

Ah! des dissentions que l’on vit éclater Le vrai motif un jour peut se manifester.

Jp forme des soupçons qui vont trop loin peut-être ; Mais , quand tout se dira , craignez de reconnaître Que mon père , en luttant contre Germanicus ,

A rempli de César les ordres absolus.

AGRIPPINE

Je le crois. Aujourd’hui l’insensible Tibère Aux yeux des sénateurs cachait mal ce mystère. l)’une bouche hypocrite il regrettait son fils;

Mais son cœur s’indignait de les voir attendris.

Du héros avec peine il célébrait la vie;

Jusqu’en l’urne funèbre il lui portait envie;

Et, d’un front abattu, démentant les douleurs,

Sa parricide joie éclatait dans ses pleurs.

CNÊICS.

Et vous balanceriez ! il peut tout pour le crime ;

Vous pouvez plus que lui : qu’un pardon magnanime Termine par vous seule un scandaleux débat;

N 5 occupez point de vous Tibère et son sénat.

58 TIBÈRE

Que Séjan se repose; et que sa créature D’un homicide appui vous épargne l’injure :

Ne brisez point vous-même, à la voix du courroux, La barrière qui reste entre Tibère et vous.

N’exposez point vos fils à des haines durables :

Ah ! de l’amour du peuple ils sont déjà coupables ; Plus coupables bientôt, ils auront des vertus; »

Ils sont fils d’Agrippine et de Germanicus.

Seront-ils sans danger si près d’un rang suprême?

AGRIPPINE

Non ; mais répondez-moi , j’en appelle à vous même. Tous vos traits ont porté dans ce cœur maternel ;

Que lui demandez-vous? un pardon criminel.

Si j’étais l’oflensée, écoutant l’indulgence,

J’abdiquerais pour vous le droit de la vengeance : • Mais quand j’aurai trahi mon époux au cercueil,

De quel front le nommer? comment porter son deuil? Dans sa tombe après lui comment oser descendre?

A Rome où je n’ai pu rapporter que sa cendre,

Si les dieux protecteurs nous l’avaient ramené,

Qu’eut fait Germanicus?

cnéius. .

Il eût tout pardonné.

Vous sauriez , dites- vous, oublier votre injure!

Vos âmes s’entendaient : lui-même il vous conjure,

H vous presse avec moi, du fond de son tombeau,

De ne point lui ravir ce triomphe nouveau, D’accueillir la douleur, d’exaucer la prière D’un fils désespéré qui -vous demande un père ,

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