XX DE LA LIBERTÉ DU THÉÂTRE
le théâtre la mémoire de ce monstre à l’exécration
publique.
XV. N’est-il pas indécent de représenter des prêtres chrétiens sur le théâtre? N’est-ce pas un moyen sûr de nuire à la religion, surtout si l’on fait parler ceux qui ont mérité la haine publique? Telle est la seconde objection. C’est à peu près celle que les dévots faisaient autrefois contre la comédie- du Tartuffe. Ainsi les charlatans, qui trompent les peuples, font toujours semblant de confondre la cause des hommes et la cause de Dieu. Mais leur fausse dialectique ne séduit plus personne. Non, sans doute, un ouvrage où le fanatisme est peint des couleurs les plus noires , c’est-â-dire de ses véritables couleurs, non sans doute , un ouvrage où la tolérance est prêchée sans cesse, ne saurait nuire à la religion, à moins que la religion ne soit essentiellement fanatique , et prodigue du sang des hommes. Si cela était, ceux qui voudraient l’abolir seraient les bienfaiteurs de l’humanité. Mais cela n’est pas. Les jours sont venus où la religion s’épure et s’identifie, pour ainsi dire, avec la morale. On sait qu’il ne faut point accuser Dieu des fautes de ses ministres; et l’on sait qu’un ministre de Dieu peut être coupable. Le prêtre convaincu d’un crime est puni comme un autre homme , et les privilèges de l’Église doivent être anéantis au théâtre comme
EN FRANCE. xxt
ailleurs , par la raison , maintenant connue , qu’un privilège est une chose absurde.
XVI. On m’a fait une troisième objection qui me serait bien plus sensible si elle n’était parfaitement ridicule, et peut-être indigne de la réponse sérieuse que je vais y faire. « Vous voulez compo- » ser des tragédies nationales ; et pour coup d’essai » vous choisissez dans l’Histoire de France un fait » qui est l’opprobre de la nation; vous voulez re- » tracer à vos concitoyens une époque flétrissante » pour eux , et qui devrait être à jamais effacée du » souvenir des hommes ». Courtisans patriotes, vous croyez donc que le massacre de la Saint-Barthélemi est l’opprobre de la nation ! J’admets pour un moment cette proposition que je vais bientôt vous nier. Vous ne pensez pas du moins qu’un crime exécuté en 1672 puisse flétrir la nation française en 1789. Quand les Danois, assemblés par représentans en 1 660 , déférèrent à leur roi l’autorité la plus illimitée, certainement ils se couvrirent d’opprobre aux yeux de tous les peuples qui avaient alors quelque idée du droit politique; mais si les Danois aujourd’hui se rappelaient qu’ils sont des hommes, et qu’il ne convient' pas à des hommes d’obéir au caprice d’un seul, vous ne pensez pas que l’ignominie de leurs ancêtres pèserait encore sur eux. L’opprobre n’est pas plus héréditaire que