SCÈNE PREMIÈRE
TIBÈRE, SÉJAN
SÉ J AN
Les ordres sont donnés; tout marche, tout s’agite; Mes soins ont eu recours à des amis d’élite :
Bientôt les sénateurs vont se rendre en ces lieux ;
Et , docile au ressort qui se cache à ses yeux ,
Déjà , dans la nuit sombre, une foule amassée Est par un art tranquille au tumulte poussée.
Mais il faut tout prévoir. Forcé dans son palais ,
Pison peut à Cnéius dévoiler ses secrets.
Quelques gens éprouvés dont le zèle est habile ,
Du moment que l’émeute aura troublé la ville ,
Loin du toit paternel entraîneront Cnéius.
C’est au nom d’Agrippine et de Geruianicus
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Qu’aux publiques fureurs la victime est livrée.
La perte d’Agrippine est de loin préparée :
Par les mêmes moyens nous pourrons voir un jour Les amis de Pison la frapper à son tour.
TIBÈRE
Séjan , ne donnons point d’exemple redoutable : Que le peuple en fureur intimide un coupable ; Qu’il n’exerce jamais le droit de l’immoler.
SÉJAN
Vous avez le sénat -, mais Pison veut parler. Ordonnez.
Que Pison près de l’heure suprême, Sans même se défendre ou s’accuser lui-même , Pour un fils innocent implore mes faveurs,
Et de Germanicus désigne les vengeurs.
Qu’attend-il? Son arrêt? Oh! quelle nuit propice, Si Pison de sa main prévenait son supplice !
Si je ne craignais plus ses insolens discours!
SÉJAN
Je vous entends, César.
TIBÈRE
Porte lui des secours.
Que tes prétoriens s’enflamment de ton zèle ; Prodigue mes trésors : va , ministre fidèle -,
Rends la paix à César, à Rome, à tout l’état ,
Et reviens sans délai rassurer le sénat.