‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 54 sur 286 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

TIBÈRE, SÉJAN

SÉ J AN

Les ordres sont donnés; tout marche, tout s’agite; Mes soins ont eu recours à des amis d’élite :

Bientôt les sénateurs vont se rendre en ces lieux ;

Et , docile au ressort qui se cache à ses yeux ,

Déjà , dans la nuit sombre, une foule amassée Est par un art tranquille au tumulte poussée.

Mais il faut tout prévoir. Forcé dans son palais ,

Pison peut à Cnéius dévoiler ses secrets.

Quelques gens éprouvés dont le zèle est habile ,

Du moment que l’émeute aura troublé la ville ,

Loin du toit paternel entraîneront Cnéius.

C’est au nom d’Agrippine et de Geruianicus

68 TIBÈRE

Qu’aux publiques fureurs la victime est livrée.

La perte d’Agrippine est de loin préparée :

Par les mêmes moyens nous pourrons voir un jour Les amis de Pison la frapper à son tour.

TIBÈRE

Séjan , ne donnons point d’exemple redoutable : Que le peuple en fureur intimide un coupable ; Qu’il n’exerce jamais le droit de l’immoler.

SÉJAN

Vous avez le sénat -, mais Pison veut parler. Ordonnez.

Que Pison près de l’heure suprême, Sans même se défendre ou s’accuser lui-même , Pour un fils innocent implore mes faveurs,

Et de Germanicus désigne les vengeurs.

Qu’attend-il? Son arrêt? Oh! quelle nuit propice, Si Pison de sa main prévenait son supplice !

Si je ne craignais plus ses insolens discours!

SÉJAN

Je vous entends, César.

TIBÈRE

Porte lui des secours.

Que tes prétoriens s’enflamment de ton zèle ; Prodigue mes trésors : va , ministre fidèle -,

Rends la paix à César, à Rome, à tout l’état ,

Et reviens sans délai rassurer le sénat.

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