‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 59 sur 286 · SÉNATEURS, LICTEURS, GUERRIERS · texte numérisé non relu

SÉNATEURS, LICTEURS, GUERRIERS

SÉJAN

I je poignard que Pison s’est plongé dans le sein.

AGRIPPINE

Pison! par quel motif?

SÉJAN

Vous le savez sans doute.

TIBÈRE

Parle au sénat qui juge , à César qui t’écoute.

SÉJAN

Je vois ici Cnéius ; et vous aurez appris Qu’une foule homicide exaltait dans ses cris Le vainqueur des Germains , sa veuve magnanime; Qu’au nom de leurs vertus on réclamait un crime. Mais les prétoriens me prêtaient leur appui,

Ils appelaient Pison; j’arrivais jusqu’à lui,

Quand déjà, croyant voir la troupe forcenée, Pison, d’un coup trop sûr, tranchait sa destinée. Dès qu’il entend parler de César et des lois ,

D’une ame ferme encor, mais d’une faible voix:

* « C’en est fait, me dit-il; la trahison m’assiège;

» Tu sais quels ennemis m’ont préparé le piège-:

TIBÈRE

» On les nomme, on les vante ; et, certain de périr,

» Je leur prouve du moins qu’un Romain sait mourir. » Il faut , sans leur parler de crime ou d’innocence ,

» Annoncer que Pison succombe à leur puissance ,

» Leur présenter ce fer, ainsi qu’à mes amis,

» Le porter au sénat, le donner à mon fils. »

CNÉIUS

Donne.

SÉJÀN.

« Et si l’on croyait mou trépas légitime,

»> Que Pison condamné soit la seule victime.

» Fier, orgueilleux peut-être en ma calamité,

» Je n’ai point de Tibère imploré la bonté ;

» Mais qu’à mon dernier vœu Tibère soit propice :

» Pour un fils innocent j’implore sa jutice. »

Il expire à ces mots. Soit pitié, soit remord,

Tout frémit dans la place en apprenant sa mort;

Des plus séditieux j’ai vu tomber la rage,

Pareille aux flots mourans à la fin d’un orage :

Tout ce bruyant amas, par la haine assemblé.

Morne et silencieux s’est en foule écoulé;

Et les mêmes Romains qui demandaient vengeance, Qui de Pison vivant prononçaient la sentence ,

1 De leur succès honteux semblent déjà confus,

Et .vont donner des pleurs à Pison qui n’est plus.

AGRIPPINE

César , et vous , sénat , vous venez de l’entendre :

On attaque Pison ; Séjan court le défendre ;

Mais Séjan n’a porté que d’impuissans secours;

Pison n’est plus, lui-même il a tranché 6es jours;

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