ACTE V, SCÈNE VI
Séjan seul est témoin de cette mort si prompte,
Des discours de Pison, Séjan vient rendre compte; Pison, nous dit Séjan, parle de trahison,
Et Séjan tient le fer qui poignarda Pison.
TIBÈRE
Aux leçons du malheur Agrippine indocile, Commence à fatiguer ma bonté trop facile,
Et détourne avec art des soupçons odieux,
Quand le sénat sur elle ouvre déjà les yeux.
Séjan m’est nécessaire ; et qu’aucun ne l’ignore : J’honore un tel ministre, et prétends qu’on l’honore. Quant au vœu de Pison, sans peine j’y souscris; Cnéius a des vertus dont je connais le prix:
Que d’un malheureux père il garde la fortune;
Plus d’orageux débats, de recherche importune.
Pison long-temps encor aurait servi l’état,
S’il avait mieux connu l’équité du sénat.
D’un crime, je le sais, Pison fut incapable.
CK ÉIUS.
Vous yous trompez, César; mon père était coupable.
AGRIPPINE
Cnéius , après sa mort osez-vous l’outrager ?
CNÉIUS
Écoutez, Agrippine, avant de me juger.
SÉJAN
Ah! s’il eût des secrets, pouviez-vous les connaître?
TIBERE
CNÉIUS
Aussi bien que Séjan connaît ceux de son maître.
TIBÈRE
jSeriez-vous un ingrat ? M’insultez-vous , Cnéius ?
cnéius.
Mon père était coupable, et Tibère encor plus.
Gel!
Moi!
César !
AGRIPPINE
TIBÈRE
SÉJAN
César. Oui, Tibère, vous-même.
Hélas! j’accuse un père : ou verra si je l’aime. , Agrippine à mes pleurs l’avait enfin rendu;
Mon père, en l’apprenant, égaré, confondu,
De la mort d’un liéros s’est déclaré complice : Tibère commanda l’horrible sacrifice .
Demain Pison lui-mêine aurait tout révélé :
Tibère le savait, Pison s’est immolé!
Quel abîme !
AGRIPPINE
SÉJAN
Imposteur...
CNÉIUS
Ministre nécessaire ,
Avez-vous supprimé les ordres de Tibère?