XXII. Je sais que, depuis ce temps, et même
EN FRANCE, depuis la révolution de 1688, on a tenté d’abolir, en Angleterre, la liberté dont jouissait le théâtre. Je sais que Walpole est parvenu à consommer cette iniquité ministérielle. Depuis cet Anglais lâche et vil, le théâtre est soumis dans son pays à des formes arbitraires. Par une suite nécessaire des mœurs anglaises, ces formes sont beaucoup moins vexatoires, beaucoup moins infâmes qu’en France ; miis elles sont toujours arbitraires, et par conséquent tyranniques. Si l’on ne savait combien les ministres anglais ont de moyens de corrompre les membres du parlement, si l’on ne savait combien il leur est facile de déterminer, en leur faveur, la pluralité des voix, il serait impossible d’imaginer qu’une nation, qui se croit 1 ibre et qui se vante de penser, jouisse de la liberté de la presse, sans jouir en même temps de la liberté du théâtre. Comment 11e pas voir, -en effet , que l’une et 1 autre sont également fondées sur le droit qu’ont tous les hommes de publier leur pensée? Depuis cet avilissement du théâtre, nul homme d’un véritable génie 11’est entré dans la carrière. Les tragédies des anglais sont devenues froides, sans cesser d’être monstrueuses. C'est un non-sens perpétuel , aussi bien que leurs comédies, dont rien n’égale la licence, grâce à la censure des chanceliers qui ne craignent que la raison.