‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 74 sur 286 · tome iii · texte numérisé non relu

tome iii

y8 ŒDIPE-ROI.

Ne leur demande point raison de leur silence.

Ils vous ont à plaisir prodigué leurs faveurs Pour vous précipiter du sommet des grandeurs.

ŒDIPE

Je n’ai rien fait aux dieux, et ma vietoire est pure ; J’employai le courage et non pas l’imposture ;

Je n’interrogeai point un mortel inspiré ,

Ni le chant des oiseaux , ni le trépied sacré :

Si le Ciel me frappait où serait sa justice ?

Fuis auprès de Créon, va trouver ton complice;

Va , mais n’espérez pas de rester impunis ;

Vous vouliez me bannir, et vous serez bannis :

Dans les secrets des dieux voilà ce qu’il faut lire;.

Et si je n’épargnais ta vieillesse en délire,

Celte main, le payant par un juste trépas,

D’un vil agent du crime eût purgé mes états.

TIRÉSIÀS.

V'os menaces n’ont rien qui doive me confondre. Vous régnez ; cependant j’ai droit de vous répondre. Avoué par le Ciel, et sujet d’Apollon,

Quel besoin puis-je avoir de l’appui de Créon? Reprochez-moi la nuit qui couvre ma paupière;

Si vos veux sont encore ouverts à la lumière,

Ils sont fermés déjà sur vos calamités.

Savez-vous bien quels lieux par vous sont habités? Quelle épouse avec vous partage la puissance? Savez-vous seulement qui vous donna naissance? Non, tout vous est caché. Fléau de vos païens,

De ceux qui ne sont plus, de ceux qui sont vivans,

Page 1