‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 75 sur 286 · ACTE II , SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE IL

A leur voix, avec eux, on verra les furies,

Unissant contre vous leurs mains de sang flétries,

Vous chasser, vous vomir du trône et de ces lieux. Misérable, et privé de la clarté des deux.

Où ne parviendront pas vos sanglots lamentables? Quel Cithéron bientôt, dans ses bois redoutables.

Ne prolongera point les cris d’un malheureux Qui , se liant jadis par un hymen affreux,

Sur le trône thébain fut jeté par l’orage.

Et dont l’éclat trompeur n’est qu’un brillant naufrage? Voyez-vous des enfers tous les maux amassés,

Sur vous, sur vos enfans, tomber à flots pressés?

Dites qu’avec Créorr je suis d’intelb'gence ;

Préparez, consommez une injuste vengeance :

Avant vous nul mortel, exemple de douleur,

N’aura porté si loin le crime et le malheur.

OEDIPE

Tu ments au nom du Ciel, et le ciel te déteste :

Mais pourquoi , dans ces lieux , ta présence funeste Outrage-t-elle encore un peuple désolé?

TIHÉSIAS.

Je ne vous cherchais point , vous m’avez appelé.

ŒDIPJE.

Insensé! pouvait-on prévoir un tel outrage?

TI RÉS I AS

Je vous semble insensé : vos parens m’ont cru sage.

Qui? Polvbe! réponds.

OEDIPE-ROL

TIRÉSl AS.

Tout se dévoilera v

Ce jour vous fera naître, et ce jour vous perdra.

ŒDIPE

Des mots mystérieux !

TIRÉSIÀS.

OEdipe les devine.

Ce qui fit vos grandeurs fera votre ruine.

ŒDIPE

Ali ! quand tu dirais vrai, je bénis mes destins :

Mon sang est trop payé : j’ai sauvé les Thébains.

TIRÉS [^S

Enfant, reconduis-moi. La vérité vons blesse : Sachez-la tout entière avant que je vous laisse.

C’est en face du peuple, ici , qu’est l’assassin,

Cru long-temps étranger, mais cependant Thébain; Bientôt privé du jour qui maintenant l’éclaire ,

Sur un trône aujourd’hui , demain dans la misère ,

Il ne lui restera qu’un horrible avenir,

Et d’un bonheur passé le cuisant souvenir.

Il se verra le fils et l'époux d’une mère,

L’héritier de la couche et l’assassin d’un père;

11 sera de ses fils frère et père à la fois :

J’ai tout dit. Jouissez, régnez enfant des rois; Revoyez ce palais où Thèbes vous implore :

Quand du sein de la nuit , qui les recèle encore , Apparaîtront au jour ces funestes secrets,

Vous saurez si les dieux m’ont dicté leurs décrets.

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