‹ Théâtre pour les écolesChapitre 27 sur 85 · Scène III LA FOURMI, LA MOUCHE · texte numérisé non relu

Scène III LA FOURMI, LA MOUCHE

LA FOURMI, au public.

Quelle danse!

(Aussitôt, la Mouche recommence son manège, mais, . cette fois, en bourdonnant.)

(1) La voix reste donc suspendue.

(2) Sa gauche à elle,

Ce res

LA MOUCHE, tout en évoluant.

Meumm, meumm... Beumm, beumm... Bzz, [bzz... Meumm, meumm...

(De nouveau la Mouche s'arrête, face au public, sur le devant de la scène.)

LA FOURMI, au public.

Quelle chanson!

(La Mouche, qui est face au public, fait sans interruption quatre petits mouvements brusques en tournant sur ses talons, de façon à regarder successivement l'entrée de droite, le public, l'entrée de gauche, le public. En se tournant vers l'entrée de gauche, elle jette un petit regard sur la Fourmi, comme pour juger de l'effet quelle produit. La Fourmi reste impassible. Courte pause après les quatre petits mouvements. Puis la Mouche, restant face au public, tousse comme pour appeler l'attention.)

LA MOUCHE Heum!

LA FOURMI L.. Comment?

LA MOUCHE Heum!

(Court silence. La Mouche reprend, toujours face au public, et comme se parlant à elle-même :)

Faut-il que je me taise ou cause?

LA FOURMI Oh! pourvu que je me repose... (x).

LA MOUCHE, comme si elle n'avait rien entendu.

Dois-je offrir le charmant régal De mes discours à cette espèce (2)?

Oui, car dans sa cervelle épaisse

(x) Sous-entendu : Le reste m'est bien égal.

(2) Petit mouvement du bras droit, dans la direction de la Fourmi. Intonation très dédaigneuse.

Il sera bon de faire entrer L’habitude de m’admirer.

(Elle regarde la Fourmi par-dessus son épaule droite et lui adresse la parole (x:).)

Eh bien! que fais-tu là, rustaude?

Cette après-midi te fut chaude,

À toi qui rampes sur le sol, Tandis que moi, livrant mon vol Au souffle embaumé de la brise, Je goûtais une joie exquise.

LA FOURMI, froidement.

Pendant que tu flânais dans l’air, J'ai fait ma besogne.

LA MOUCHE, avec une pitié dédaigneuse.

C’est clair :

Je ne fais rien, et tu t’éreintes.

Aussi je comprends bien tes plaintes.

LA FOURMI, se levant, et avec vivacité.

Moi, me plaindre? Parle pour toil C’est toi qui me fais pitié.

LA MOUCHE, furieuse.

Quoi!

Sotte.campagnarde, ma vie ; Ne te fait pas crever d'envie?

LA FOURMI, reprenant son calme.

Je t'en demande bien pardon, Mais je ne crève pas.

(Elle se rassoit sur son sac.) LA MOUCHE, emphatique et méprisante.

Or donc, Je t’apprendrai, pécore vile, Qu'en tous lieux, aux champs, à la ville,

(1). En ayant soin de se tourner le plus souvent possible vers Île public. Ainsi, les trois premiers vers seront dits à la Fourmi, parce qu'ils contiennent des « tu » et des « toi », mais les trois suivants seront dits au public. — Il y a un peu d’emphase dans les

discours de la Mouche; elle est gonflée d'elle-même.

Je coule des jours radieux, Dont se réjouiraient les dieux.

À moi l'infini de l’espace!

Partout, libre et fière, je passe.

J'entre parfois dans un palais, Où des légions de valets S’empressent autour d’un monarque Et de personnages de marque.

On apporte la soupe; et moi, Avant la reine, avant le roi, Qu'on va servir en grande pompe, Si je veux, je plonge ma trompe Dans le bouillon!

LA : FOURMI

Je ne dis pas;

Mais aussitôt tout le repas Perd son charme pour l'assistance.

La plus misérable pitance

Où tu n'as pas fourré ton nez

Vaut les plats lés mieux cuisinés Que frôle seulement ton aile.

LA MOUCHE, avec dédain.

Grossière engeance!

LA FOURMI, tranquillement.

Péronnelle!

LA MOUCHE

Je poursuis. On me voit souvent Sur le crâne d’un vieux savant; Je caresse la tendre joue D'une fillette, et je me joue Sur le nez fleuri d’un buveur.

LA FOURMI, d'abord avec une déférence ironique.

C'est leur faire grande faveur; Mais tu n’es pas plus tôt en place Que le plus patient te chasse.

LA MOUCHE, avec aigreur.

Peut-être on t'accueillerait mieux?

LA FOURMI, sèchement.

Belles dames et beaux messieurs Ne reçoivent pas ma visite.

(Elle se lève et fait, en parlant, un pas ou deux vers la Mouche. Elle parle avec une rudesse croissante.)

Toi, l’intruse et [a parasite, Tu vas t'empiffrer chez autrui.

C’est bien; fais bombance aujourd’huil Demain tu vivras dans l’ordure:; Et, quand sévira la froidure, Gare à toi qui viens me railler Au lieu d'apprendre à travailler!

LA MOUCHE, furieuse.

Ah! çà, misérable ouvrière, Vas-tu te taire, enfin?

LA FOURMI, avec force, en avançant d’un pas.

Arrière!

LA MOUCHE, effrayée, en reculant.

Eh bien! Eh bien! Quoi donc? Quoi donc?

LA FOURMI “Si tu veux un coup de torchon, Viens!

LA MOUCHE, au public.

Diable!

LA FOURMI, s’avançant encore d’un pas.

As-tu vu mes mâchoires?

LA MOUCHE, essayant de cacher sa frayeur.

Je suis lasse de tes histoires.

Adieu. Je retourne là-haut (1) Voir des personnes comme il faut!

(Elle sort vivement par la droite.) LA FOURMI, à la Mouche qui se sauve.

Froussarde, val |

(1) Avec sa main gauche elle désigne vaguement l’espace.

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