‹ Théâtre pour les écolesChapitre 28 sur 85 · Scène IV LA FOURMI, seule · texte numérisé non relu

Scène IV LA FOURMI, seule

LA FOURMI, riant, face au public.

Laissez-moi rire!

(Elle va jusqu’à l'endroit où est son sac, et de: nouveau s'assoit dessus: Après un court silence, elle reprend, avec un mélange de gaîté et d’âpreté :)

« Comme il faut »! Ah! tu peux le dire!

Seulement, pour être à ton goût, Ce qu'il faut, c'est des rien du tout!

(Musique (1). La Fourmi dresse l'oreille; elle parle quand la musique s’est tue.) :

Allons, bon! Voilà les cigales!

De-l’aube au soir ça se régale

De grand soleil et de chansons, Quand nous faisons, nous, la moisson!

(Musique (2). La Fourmi écoute, immobile, d’un air maussäade.)

CHOEUR DE CIGALES Falalilla, lidella, falanlire, Falalilla, lidella, falanla !

Au clair soleil quand la faux étincelle, Nous témoignons notre joie en chantant.

Falalilla, lidella, falanlire, Falalilla, lidella, falanla !

Et, quand frémit notre folle crécelle, Le moissonneur qui l'écoute est content.

Falalilla, lidella, falanlire, Falalilla, lidella, falanla !

LA FOURMI, se levant, quand le chant est fini (3). Vous trouvez la chanson jolie?

Je veux bien. Mais quelle folie

(1) N°r de la partition. Toute la musique, instrumentale ou vocale, de la pièce est exécutée dans la coulisse de gauche. |

(3) Bien entendu, si l’on applaudit le chœur, la Fourmi attendra, pour parler, que le silence soit rétabli.

De chanter toujours et toujours!

(Elle prend le sac à deux mains et le jette avec effort sur son épaule gauche ; puis elle continue: )

Oh! que ces grains de blé sont lourds!

(Elle ne tient plus le sac que de la main gauche.)

Allons, il faut que je les range

Bien soigneusement dans ma grange, Tandis que le buisson est vert.

Fourmi, fourmi, pense à l'hiver!

(Elle reprend le sac à deux mains et, courbée sous son fardeau, se dirige vers la droite et sort. La scène reste vide un instant. S'il y a une toile de fond, il faudra la changer à ce moment, c’est-à-dire qu'on déroulera une autre toile de fond, qui couvrira la première. Cette deuxième toile représentera le mur de fond dans l'habitation de la Fourmi. Dans tous les cas, on introduira sur la scène, au fond et à droite, un escabeau sur lequel sera déposé un ouvrage de tricot à peine commencé. Dès que ces apprêts — l’un facultatif, l’autre obligatoire — seront achevés (et ils devront l'être presque instan-

tanément), La Fable entrera par le fond à droite et s’avancera vers le milieu du bord de la scène.)

‘Scène V

LA FABLE, seule,

LA FABLE

Bien vite, nous allons faire glisser l’aiguille . Sur le cadran bleu des saisons.

« Pourquoi cela? » demande une petite fille, Ma mignonne, j'ai mes raisons.

Donc, la moisson est faite; on passe à la vendange; La feuille du bouleau jaunit; S'ils ne sont point parlis, rouge-gorge et mésange 4 S'enfoncent, frileux, dans leur nid.

La campagne s'endort; le jour qui diminue Ressemble au départ d’un ami;

Enfin, voici le temps où la bise est venue, Et nous sommes chez la Fourmi.

(Elle salue et sort par le fond à droite. La scène reste vide un instant. Buis, ayant une grande cape noire par-dessus ses vêtements, la Fourmi entre par la gauche. Une fois entrée, elle fait tomber sur son dos la. partie de la cape qui lui couvrait la tête. Elle s’avance vers le milieu de la scène et se met à parler au public.)

Page 1