‹ Théâtre pour les écolesChapitre 29 sur 85 · Scène VI LA FOURMI, seule · texte numérisé non relu

Scène VI LA FOURMI, seule

LA FOURMI C'est vraiment l'hiver, alors!

Ce que ça pince, dehors!

Ah! cetle petite chambre À du bon, quand vient décembre, Moi, je pensé à l'avenir :

s Aussi, j'ai de quoi garnir Copieusement ma table, Et ce logis confortable Me met à l’abri du vent.

(Une courte pause; puis, avec vivacité :) . Mais ce n'est pas en rêvant Qu'on arrondit sa pelote. EE + Il faut que je me tricote

Une paire de bas.

(Elle se dirige vers le fond à droite, défait sa cape, l'accroche à un clou, prend d’une main l'ouvrage de tricot, l’escabeau de l’autre, et S'avance vers le devant de Ja scène. Elle pose l’escabeau un peu en arrière des entrées de droite et de gauche, et dans la moitié droite de la scène. Puis elle s’assoit sur l'escabeau et se met à travailler, Tout cela a été fait sans perte de tenips, mais.sans rien de hâtif. Après avoir travaillé en silence pendant une douzaine de secondes, elle reprend, sans quitter des yeux son

ouvrage :) Oui,

Lorsque les beaux jours ont fui (1h

(1) La phrase est brusquement interrompue.

(On entend un bruit comme de quelqu'un frappant trois coups à la porte : c’est-à-dire qu’à l'entrée de

gauche on frappe trois coups, de façon perceptible, bien que discrète, soit sur le sol, soit sur une boiserie quelconque (1). La Fourmi dresse la tête et parle.)

Tiens! quelqu'un frappe à ma porte.

«Après avoir écouté trois ou quatre secondes, clle se remet à travailler tout en parlant. Une fois ou deux, elle lève les yeux de dessus son ouvrage pour regarder le publie.)

Que le vent d'hiver m’emporte, Si je devine qui c’est!

Un voleur? Est-ce qu’on sait!

(On frappe encore trois coups, mais plus faiblement que tout à l'heure. La Fourmi relève la tête, cesse de travailler, et parle.)

De quelle facon discrète On a frappé!

(Elle se remet au travail et parle en regardant son ouvrage, et le public une fois ou deux.)

Je regrette De n'avoir pas fait un trou, Un petit judas, par où Je verrais ce qui se passe Devant ma porte.

LA VOIX DE LA CIGALE, suppliante (2).

De grâce, Ouvrez-moi, dame Fourmi!

LA FOURMI, levant la tête et cessant de travailler.

Heum! cette voix à gémi :

C’est, pour sûr, un pauvre hère, Que veut-il? Pleurer misère, Oh! je connais la chanson; Mais une bonne leçon Lui fera du bien, sans doute.

(x} Je rappelle qu'il ne doit pas y avoir de coulisses peintes ni de véritables portes, afin que l'on puisse passer presque instantanément du premier décor au second, soit par un simple change- ,ment de toile de fond, le déroulement de la seconde cachant la première, soit par la seule déclaration de La Fable au:public.

(2) Cette voix vient de la gauche.

(Ces derniers mots ont été dits avec dureté : on sent que la Fourmi se soucie peu de « faire du bien » à l'hôte importun. Après une courte pause, elle dit d'une voix très haute, comme pour se faire entendre un peu loin :)

Entrez!

(La Cigale pénètre craintivement dans la pièce, fait un pas vers la Fourmi, la salue humblement, fait encore deux ou trois pas vers elle, et parle. La Fourmi ne la quitte pas des yeux.)

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