Scène VIII LA FOURMI, squle
LA FOURMI
Après tout, est-ce de ma faute?
Voudrait-elle pas que je m'ôte Le pain de la bouche? Pourquoi Vient-elle s'adresser à moi?
(Avec moins d'irritation, mais le sourcil toujours
froncé :)
Eh! bien sûr, ça fait de la peine; Mais.
(Elle s'arrête; courte pause; puis, brusquement :)
Achevons ce bas de laine. :
(Musique (1). La Fourmi se remet à son ouvrage,
qu'elle n’a pas cessé de tenir à la main. Elle essaie de s’absorber dans sa besogne pour se dissimuler l'émotion qu'elle éprouve en entendant le prélude du chant, puis la voix même de la Cigale; mais son trouble n’en est pas moins visible. Après ces mots chantés par la Cigale : « Que j'ai froid! Que j'ai faiml » le travail de la Fourmi se ralentit; après . ceux-ci : « D’autres que moi vous verront l'an prochain », il cesse tout à fait. À partir de ce mo-
ment, tenant son ouvrage sur ses genoux, elle réflé-
chit, les yeux fixes, avec une expression de visage qui trahit une lutte intérieure.)
LA VOIX DE LA CIGALE, chantant.
Point de pitié; ma détresse est profonde.
Quel âpre hiver ! Que j’ai froid ! Que j'ai faim ! O cher Soleil, Ô moisson drue et blonde, D'autres que moi vous verront l’an prochain.
(Aussitôt après la fin du chant, tandis que la musique
seule se fait entendre, la Fable, entrant par le fond
à droite, s'approche tout doucement de la Fourmi et se place derrière elle. La Fable commence à parler quand la musique s’est tue. Pas un instant la Fourmi ne paraît se douter que quelqu'un lui parle; il semble qu'elle écoute la voix de sa propre : . pensée.)