LA PLUIE, LE SOLEIL, LE CHOEUR
LE SOLEIL, en marchant.
Quel bonheur de vous voir, gentille et fraîche Pluie!
LA PLUIE, de même.
Cher Soleil, votre aspect m'a toule réjouie; Pourtant, éloignez-vous, s’il vous plaît, — quelque peu.
LE SOLEIL, s’écartant à peine, et en marchant. Pourquoi cette rigueur?
LA PLUIE, en marchant Votre souffle de feu, N’en doutez pas, m'aurait bientôt vaporisée; Tel est, chaque matin, le sort de la rosée.
(Tous deux s'arrêtent près de la rampe. Ils sont à trois ou quatre pas l’un de l’autre, elle à droite, lui à gauche de l’autel.)
LE SOLEIL, après un silence, et sur place.
Quel malheur! J'aurais tant voulu vous épouser!
LA PLUIE Hélas! en effleurant mes cheveux d’un baiser, Vous me verriez mourir; tout au moins, disparaître. Donc, soyons bons amis, mais de loin.
LE SOLEIL, résigné.
Soit.
LA PLUIE Peut-être Verrons-nous plus longtemps durer notre amitié Que si j'avais été votre tendre moitié.
LE SOLEIL, philosophe.
C'est bien possible.
LA PLUIE La rencontre a tant de charmes, Lorsqu'on se voit si peu!
LE SOLEIL, enthousiaste.
Comme, à travers vos larmes, I m'est doux de briller, quand mes rayons joyeux D'un splendide arc-en-ciel ravissent tous les yeux!
LA PLUIE Tout à l'heure, par un adorable mystère, Cette vue, à Soleil, éblouira la terre.
LE SOLEIL, bien au public.
Divin spectacle! Unique et merveilleux HO Où chaque goutte d’eau luit comme un diamant!
LE CORYPHÉE, goguenard.
C'est A bouible mais plus d’un farceur s’écrie En vous voyant ensemble : « Oh! le Diable marie Sa fille et bat sa femmel » |
(Lorsqu'il a commencé à parler, la Pluie et le Soleil l'ont regardé, sans surprise ni émotion. Dès qu'il 3 fini, les choristes se détournent de lui avec confusion, sauf la Coryphée, qui l’apostrophe (1).)
LA CORYPHÉE, effrayée.
Insolent! Tais-toi donc!
LA PLUIE, gracieusement, à la Coryphée.
Ne crains rien: mon plus grand plaisir, c’est le pardon.
(x) Elle ie peut, étant, comme lui, tout près de la rampe, tandis que les choristes s’en éloignent davantage, ainsi que la Pluie et le Soleil.
LE SOLEIL S'il fallait châtier toutes les insolences, On n'en finirait plus.
LA PLUIE Non, pas de violences!
J'aime ces malheureux humains, et je voudrais Les voir contents de nous.
LE SOLEIL | C'est difficile.
LA PLUIE Après Avoir bien écouté leur fervente prière, Ne pourrions-nous..
LE SOLEIL, interrompant, les yeux tournés vers le fond à droite. Tenez : je vois une fermière Qui, pour prier Jupin, s’avance vers ce lieu. (Le groupe masculin regarde dans la même direction.) LE LA PLUIE, sans se retourner.
Bon! mais de quoi va-t-elle entretenir le dieu?
LE SOLEIL, se tournant vers la Pluie (x). Le temps qu'il fait, je gage, occupe sa pensée. Si sa requête est juste et-peut être exaucée, Nous y ferons droit.
LA PLUIE Bien.
LE SOLEIL, après avoir regardé vers le fond à droite La voici : cachons-nous
(Le Soleil, passant devant le demi-chœur masculin. va se placer à l'extrémité de ce groupe et passe derrière le Coryphée; la Pluie, passant devant le demi-chœur féminin, se place à droite, symétriquement au Soleil, derrière la Coryphée. Pluie et So-
5 leil restent plus ou moins visibles au spectateur.
(:) Le groupe masculin se retourne .vers le Soleil.
Par le fond à droite entre la Fermière, qui s’avance vers l'autel, à droite duquel elle se place. Elle parle face au public, en s'adressant à un Jupiter imaginaire, situé dans l’espace devant elle. Elle ne fait aucune attention au Chœur.)