‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 156 sur 203 · L.V REINE, trouvant la question naïve · texte numérisé non relu

L.V REINE, trouvant la question naïve

Dame !

GALAOR, presque avec véhémence.

En êtes-vous sûre?

L\ REINE

Il n'est pas de richesse, A moins que ce ne soit dans des coffres royaux, Capable de payer le quart de ses joyaux.

GALAOR, se levant, avec une douleur mêlée de colère.

Non, je ne peux vous croire!

LA REINE, se lovant.

Ah çà, tu perds la tète!

Depuis que l'inconnue a paru dans la fête. Tu ne l'as pas quittée un instant : tu n'es pas Aveugle, je suppose! A chacun de ses pas, C'est un scintillement de perles et de pierres Si merveilleux que l'on en baisse les paupières! Même ses souliers ont l'air d'être en diamant! C'est donc une princesse; et comme, heureusement. Elle t'adore, — moi, je pense avec ivresse Qu'un jour tu régneras, mon Galaor!

(Pendant ce discours l'irritation do Galaor est tombée; son visage s'est empreint d'une profonde tristesse.)

GALAOR, d'une voix amère.

Princesse...

(Puis, regardant la reine, et d'une voix douce et triste, qui s'anime peu à peu :)

Non, mère, je n'avais rien vu de tout cela.

« C'est elle! me disait mon cœur. Reconnais-la!

C'est elle! Tu l'avais cherchée en pure perte;

La voici devant toi, ta bien-aimée... » Ah! certes,

Je n'ai rien vu de ses misérables joyaux.

Mère, je l'admirais, mais j)0ur ses yeux si beaux.

Rayonnants de candeur, do bonté, de tendresse;

Pour son sourire aimant, plus doux qu'une caresse, Pour quelque chose de vaillant, de sérieux, De pur, que je ne vis jamais en d'autres yeux... Ah! vos princesses, vos baronnes, vos marquises. Que je suis las de voir leurs personnes exquises! Celte aimable enfant, seule, avait su me charmer. Si vous croyez vraiment qu'elle aurait pu m'aimer, Si ce n'est pas un rôve, une folle chimère...

LA REINE, Vinterrompant avec vivacité.

C'est la vérité même !

GALAOR, avec une douleur profonde.

... Alors, ma bonne mère.

Je suis plus malheureux que je ne l'avais cru; Car mon bonheur s'enfuit, dès qu'il m'est apparu!

LA REINE, bouleversée.

Comment"? Que dis-tu là? Quelle est cette folie?

C;aLA()R, gravement.

J'ai fait aux compagnons un serment qui me lie : Désormais je vivrai parmi les travailleurs; Je gagnerai mon pain; je serai l'un des leurs Par le travail, par l'âpre effort, par la souffrance, Comme par l'invincible et la fîère espérance!

LA REINE, exaspérée.

Non, j'ai beau faire, — vrai, je ne comprends pas!

GALAOR, avec une fierté douloureuse.

Moi, Je puis comprendre, hélas! qu'une fdle de roi. Même ayant le cœur noble et pur que je devine, Même avec ces beaux yeux pleins d'une âme divine, Ne peut unir sa vie à la mienne; et je vois Qu'à mon rêve apparu pour la première fois Il me faut dire adieu, par un dur sacrifice. Je n'aurai pour amour que la sainte justice.

LA REINE, éperdue.

Ah! mon Dieu, quel malheur! Mon pauvre fils est fou !

fAvec véhémence :)

Mais qu'importe un serment prêté je ne sais où, Devant je ne sais qui, que tout le monde ignore, Absurde et criminel!

234 TIIKÀTRE l'OUU LES JEUNES FILLES

OALAOR, avec une douce fermeté.

Mûre, écoutez encore.

Si je n'étais lié par ma imrole, — eh bien, Même alors, ce bonheur ne pourrait être mien. J'ai, par respect pour vous, vécu jusqu'à cette heure Dans un monde égoïste et léger qui m'écœure. Je ne puis sans mensonge y rester plus longtemps, Et je veux m'en aller vers mes frères.

LA RELNE, sèchement.

J'entends, Et je ne dis plus rien.

(A part, avec élan :)

C'est toi, belle princesse.

Qui le sauveras!

(Musique '. Elle sort vivement à gauche.) GALAOR, après un long silçnce.

Seul...

(Il jette un regard vers la gauche ; puis il secoue la tête, et dit enfin :)

Hélas! quelle tristesse!

(Tl sort lentement à droite, al)Sorbo dans sa douleur. La scène reste vide un instant; puis, la musique ayant cessé, on voit, à gauche, entrer la reine et Cendrillon. La reine, qui a passé la première, entraine doucement Cendriilon, et, tout en jiarlant, elle lui prodigue les démonstrations affectueuses.)

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