I.NO
Ils ont, en outre, avec la science des flots, Les pieds les plus légers de la teri-e; et la danse, Les chants, les fins tissus, les bains frais, l'abondance, Voilà ce qui leur plaît.
THÉANO
Quant à nous, c'est Pallas Qui nous apprit, dit-on, l'art de l'aiguille.
ULYSSE
Hélas !
Les plus douces parmi les terres étrangères, Malgré tous les plaisirs, ne nous sont pas si chères
NALSICAA 31
(Jue la nôtre, en dépit des plus rudes travaux.
Mon sol natal plait mieux aux chèvres qu'aux chevaux;
Il est âpre; mais c'est le sol de ma pairie,
Et je n'eu connais pas un seul qui me sourie
Autant que celui-là, jeune fille.
TIIEANO, insiàtant avec ti.Tiidité, et la parole hésitante.
Pourtant, Si la terre aux beaux fruits, le grand ciel éclatant, La joie et les chansons, les festins et la lyre. N'obtiennent pas de toi, voyageur, un sourire, Peut-être des amis... un foyer... des liens Doux et forts... te feraient apprécier nos biens...
(Toutes rixent leurs yeux sur Ulysse.) ULYSSE, avec un accent douloureux et une sorte d'impétuosité.
Ah! c'est mon plus profond chagrin que tu réveilles!
Dans son île riante et féconde en merveilles,
La nymphe Calypso voulut me retenir:
Longtemps elle m'offrit l'immortel avenir,
La jeunesse et l'amour, plus forts que les années,
Si je voulais unir enfln nos destinées:
Mais moi, devant la mer aux innombrables flots.
Je déchirais mon cœur de cris et de sanglots,
Car j'ai laissé bien loin, vois-tu, de clières âmes,
Une épouse au grand cœur, la plus noble des femmes,
Notre fils, et mon père aux pas déjà tremblants.
Dont j'aurais tant voulu baiser les cheveux blancs!
(Il porto la main à son front comme pour cacher son émotion, en se tournant vers la gauche. Moment de silence. Nausicaa baisse la tête avec un peu de confusion ; Thcano l'observe atfectueusement.)
INO, après un silence, et avec une tristesse ingénue.
Alors, Nausicaa, plus de noces lleuries.
Puisqu'il doit nous quitter pour ces âmes chéries...
NAUSICAA, vivement, avec dépit.
Que dis-tu?
(Nouveau silence. Toutes les jeunes tilles semblent confuses; celles du groupe de gauche s'étonnent sans comprendre. Ulysse, dabord surpris, regarde celles du groupe de droite, puis il fixe les yeux sur Nausicaa s^ule. avec une grave douceur. Elle le regarde aussi et peu à peu redevient calme.)
INÛ, la tête basse, après un long silence '.
J'ai parlé trop vite.
TIIEANO, bas, à Ino, avec colère.
En vérité, Je t'admire...
NAUSICAA, apaisant Tliéano.
C'est bien.
(Un silence ; puis IS'ausicaa, faisant un ou deux jias vers Ulysse - :'.
Ne sois pas irrité D'avoir surpris de vains propos de jeunes filles. Vois : le vent les emporte!
(Elle fait un geste large et lent, comme pour livrer au vent une cliose légère, en la suivant des yeux. Court silence.)
ULYSSE, avec une affectueuse émotion.
O chère enfant, qui brilles Comme la terre en Heur aux clartés du matin, Tandis que l'étranger vers son pays Jointain S'en ira, s'il le peut, songeant à ceux qu'il aime. Un jeune époux, fier, noble et beau comme toi-même T'emmènera parmi les cris de fête, aux sons De la flûte, qui sait les divines chansons; Et j'aurai par avance, ô vierge fortunée, Salué ton splendide et joyeux hyménée!
NAUSICAA, émue et souriante.
Ton discours sait mêler la grâce à la raison.
Puisses-tu voir bientôt ton heureuse maison.
Ta noble épouse, ton cher fils et ton vieux père!
Jamais un voyageur jeté sur notre terre
N'a soupiré longtemps, implorant son retour^.
Sache que nos marins atteindraient en un jour,
Fût-ce malgré la brume ou la mer en furie,
Le rivage le plus éloigné de Schérie;
Car ils n'ont pas besoin de pilote, et leurs nefs
Vont comme la pensée où l'ordonnent les chefs.
1. Pendant lequel son attitude, ses regards jetés d'un personnage à un autre, ont lait comprendre son embarras et son regret. C'est ici le nœud do la pièce. Dans tous les passages importants la mimique a plus de valeur ([uo les paroles,
■2. En passant devant Tliéano et Ico.
o. Peu à peu elle reprend tout son calme.
Mais, pour mieux assurer ton retour, c'est ma mère, Étranger, que tu dois su[)plier la première. Tous, mon père et le peuple, écoutent son conseil. Le soir, elle est assise auprès du feu vermeil, Surveillant tout, et file, au milieu des servantes, Une admirable laine aux couleurs éclatantes.
ULYSSE
Certes, j'irai d'abord lïmplorer à genoux.
Écoute, maintenant. Tu pourras avec nous (L'attelage gardant une allure tranquille) Suivre sans te hâter le chemin de la ville Jusqu'au bois d'oliviers qu'on trouve en approchant. Mais, afin d'éviter quelque propos méchant. Quand nous aurons franchi ce bois, reste en arrière. Puis tu demanderas la maison de mon père; Le plus petit enfant saura te la montrer.
(Aiiiiope, TjTo et Polydarana, outrées par le fond à droite, s'avancent à ce moment ; Antiopc, précédant les deux autres, s'approche de Xausicaa.)