‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 34 sur 203 · COSTUMES · texte numérisé non relu

COSTUMES

Ulysse, à sa première apparition, doit être vêtu d'un bâillon troué et décbiré; mais encore faut-il que ce bâillon ait une forme. Le plus simple est qu'il consiste, comme le vêtement grec ordinaire, dans une tunique et dans un manteau qui la recouvre presque entièrement.

La tunique laisse le cou assez dégagé ; elle a des mancbes courtes (jusqu'aux biceps); elle est serrée à la taille par une ceinture et tombe un peu plus bas que les genoux. Le manteau est un carré long d'étoffe, attacbé sur l'épaule droite par une broche. On rejette habituellement sur l'épaule gauche le pan qui tombe par devant.

Il faut qu'Ulysse, à sa première entrée, ait le corps bien pris dans son manteau, formant une sorte de fourreau étroit. Une statue grecque de So|)hocb', admirablement drapée, peut servir d'indication. Le moulage eu est très répandu.

Tunique et manteau doivent avoir été d'un vert bleu. Ils sont maintenant tout à fait passés et décolorés. On y pratiquera de savantes déchirures.

Sandales aux pieds.

Le maillot des jambes ne doit pas être rose, mais brun comme une peau hàlée. Les bras doivent être « faits » avec soin. Ce sont ceux d'un homme recuit par le soleil, le vent et la mer.

Lorsqu'Ulysse fait sa dernière entrée, il a une tunique blanche et un manteau de pourpre. Il n'a pas besoin, cette fois, d'être étroitement serré dans son manteau. 11 porte ses vêtements avec aisance et avec grâce.

Parlons maintenant du costume féminin!.

Il consiste dans la tunique et dans le péplos.

Il y avait deux sortes de tuniques. L'une est assez semblable

1. C'est grâce à l'extrême obligeance de M. Georges Rochegrosse que je peux donner avec quelque précision les détails que l'on trouvera ici. — Le vêtement décrit est celui de l'époque classique, non de l'époque homérique. Celui de cette dernière époque est moins bien connu ; il serait plus compliqué et répondrait moins bien à l'idée générale que les monuments, les statues, les vases, nous ont donnée du vêtement erec.

à une 1res longue blouse, avec îles manches longues (jus(iu'aux poignets) on courtes (jusqu'aux bicep?). La manche, courte ou longue, peut être ou bien très juste et fermée, ou bien ouverte sur l'extérieur du bras elbnuloiiuée, de ra(;on à laisser de petites ouvertures.

L'autre sorte de tunique, plus usitée, a la forme d'un sac ouvert par le haut et ])ar le bas, et tombant jusqu'à terre.

Suivant la largeur de l'étoffe, les bras restent complètement nus ou sont plus ou moins couverts. Si la largeur de l'étolTe ne va (]ue d'une épaule à l'autre, une agrafe sur chaque éjiaule suflit pour la fixer. Si l'étolfe est plus large, l'espace compris entre le cou et l'avant-bras peut être cousu ou boutonné. On peut aussi réunir par une agrafe, sur le haut de l'épaule, les plis formés par réloiïe entre le cou et l'avnnl-bras, ce (jui donne au vêtement un aspect particulier. Je ne crois pas devoir entrer dans de fastidieux détails sur tout cela, la tunique étant un vêtement de dessous ', que l'on disposera de la façon la plus commode.

Passons au péplos. C'est un morceau d'étoffe rectangulaire, d'environ 1 m. 70 à 2 mètres de haut sqr 2 m. 20 de large. (Dimensions variables selon la taille; j'indi(|uc une belle taille de femme : 1 m. 05 "-.)

Le rectangle étant tenu droit par deux personnes — je suppose — et développé dans toute son ampleur, on prend une partie de sa hauteur un peu plus grande que celle qui va du sommet de la tête aux épaules, et on rabat en dehors cette partie de l'étoffe. Le rectangle, toujours aussi large, monterait à présent jusqu'aux épaules seulement de la personne qu'il s'agit d'habiller.

On plie ensuite l'étoile en deux parties égai(>s dans le sens de la hauteur, comme un livre. La personne se place au milieu, entre les deux pans, ayant sous son bras gauche le pli vertical qui divise l'étolîe en deux. Puis elle fait rejoindre sur son épaule gaucho deux points de l'étolfe, pris symétri(iuement en haut du rectangle, à droite et à gauche du pli de milieu, et elle attache ces deux points par une broche, sur son épaule gauche. Elle fixe sur son épaule droite, par une autre broche, deux autres points symétriques pris également sur le haut du rectangle. Ainsi le pé|)los est fixé sur les deux épaules sans qu'il y ait un point de coulure. Le cùté droit reste ouvert. Quant à la partie prise sur la hauteur et qui a été pliéc et rejetée en dehors, elle

1. Du moins, lorsqu'on avait do quoi s'en oïlVir un autre à meitro par-dessus.

2. Il fatit tenir compte aussi do la souplesse plus ou moins grande do l'étoffe. J'avais indiipiô, d'abord, 1 m. 70 de hauteur; mais c'était un pou court. On fera bien do prendre '2 mètres, (|uitto à raccourcir ensuite.

n'ioiiibi! sur la puilriiu! ot sur le dos un ])i-u plus bns que la fointiiro, l<>s coins pendant sur In cûté droit.

Lo jx'plos ('lait porté sur une lonf;ue tuni((ue ou robe, prenant le haut du riups et tombant jus([u'aux piinls.

La tunique ot h; péplos peuvent ôtre portés sans ceinture ou bien avec une ou deux ceintures : l'une placée sous les seins, et cachée par la partie <lii péplos qui a été repliée; l'autre aux hanches, et (|uelr|uo peu couverte par les plis que fait l'étofTe en retouib.int dessus.

Quand il n'y a qu'une ceinture, on la place indifféremment de l'une des deux façons indi((uées; mais la ceinture des hanches était, je crois, plus fré(|uente pour les jeunes (illes grecques.

Le péplos pourrait être remplacé par un petit manteau mis sur la tunique et d'une autre couleur que ce vêtement •. Le manteau, agrafé sur l'épaule gauche, passerait sous le bras droit et tomberait jusqu'à la ceinture, avec un pan flottant à gauche le long du corps. Ce vêtement est de goût asiatique.

J'espère que mes explications ne sembleront pas trop confuses ou maladroites à mes lectrices; j'espère surtout qu'elles leur seront inutiles, le vêtement grec n'ayant, je le suppose, aucun mystère pour les maîtresses et les élèves de nos grandes écoles.

On pourra entremêler, en habillant les neuf jeunes filles, les diverses formes de vêtements indiqués, pour obtenir une variété plus grande.

Il reste quelque chose à dire des étoffes et des couleurs.

La laine est ce qui conviendrait lo mieux, en principe; mais, pour faire de beaux plis, il faudrait qu'elle fût très line, et par suite très chère. Donc nous n'en parlerons pas. Je conseille des calicots très minces, que l'on peut teindre soi-même avec des boules de teinture; il y en a do tous les tons, chez les droguistes et les marchands de couleurs. On peut essayer aussi les satinettes, dont il existe de grandes variétés de tons dans les magasins de nouveautés ; mais alors il faut les faire tremper dans de l'eau pour enlever l'apprêt et adoucir les tons souvent un peu crus. Il ne faut pas repasser l'étoffe; il faut la tordre dans la longueur et la laisser sécher tordue, ce qui produira de petits plis ondulés, assez semblables à ceux que l'on voit indiqués sur les vases grecs.

Dans les ourlets du bas, il faut mettre de petits plombs pour faire « tomber » l'étoffe.

Quant aux couleurs, je m'en rapporte au goût de mes lectrices. 11 importe surtout que les nuances des divers costumes soient tendres et délicates, et s'harmonisent bien ensemble 2.

1. Le péplos peut être de même couleur que la tunique, ou d'une couleur différente, les deux nuances étant bien assorties.

2. A plus forte raison faut-il harmoniser les diverses parties de

Le rose, le bleu, le jaune, peuvent et doivent être utilisés; mais rien de cru. Les bordures, au bas de la robe et de la partie repliée du péplos, doivent être plus vives.

Ces bordures doivent toujours être placées à quelques centimètres du bord de réloiïe et non ])as inimédiatenient au bord. Elles peuvent avoir des formes diverses : petits carrés alternant, de deux couleurs ' et sur deux lignes, les couleurs alternant comme sur un damier; dents de scie, la pointe en haut; grecques; lignes droites et lignes courbes; feuillages rappelant celui du laurier ou de l'olivier, etc.

Je désirerais que Nausicaa fût vêtue de blanc, avec une ceinture d'or. La ceinture étant peu visible (même i)lacée aux hanches), on ajouterait au vêtement des bordures d'or. On peut les faire avec de la « dorure hollandaise •> (ripolin).

L'Odyssée doit être en vert bleu, comme Ulysse à sa première entrée; mais son costume est frais. On peut la draper dans un manteau. (Consultez à cet égard l'Odyssée d'Ingres dans son Apothéose cVHomère, ou les statuettes de Tanagra.) Elle portera avec une gentille crânerie le bonnet de marin, dont le célèbre tableau d'Ingres fournit le modèle. Ce bonn(;t sera ou paraîtra être en feutre; il sera vert, et il aura la forme d'une calotte terminée en pointe 2.

Un mot sur les coiffures et les chaussures.

Je ne me datte pas de pouvoir décrire les coiffures désirables. Les cheveux dessinant bien la tête, formant un chignon très sorti et placé au-dessus de la nuque, peuvent être serrés par une bandelette, blanche ou d'une autre couleur, allant du sommet du front au bas du chignon. La bandelette peut aussi partir du sommet do la tête et aboutir au-dessus de la nuque, où elle croise une autre pièce, soutenant le bas de la tête, de la nuque au chignon. Il peut y avoir une double bandelette, laissant voir les cheveux sur le sommet de la tête. La bandelette jjcut former une sorte de bonnet serrant la tête, et ne laissant voir les cheveux que sur le front et au chignon. Il peut y avoir des cheveux ondulés tombant sur la joue jusqu'au bas de l'oreille. En ce qui concerne Nausicaa, la bandelette d'étoffe i)eut affecter une forme de diadème ou se transformer en diadème d'or, large au-

chaque costume, la tunique étant plus ou moins visible, aux manches, courtes ou longues, s'il y en a, et dans tous les cas à Touverture que le péplos présente à droite.

\. Celle du péplos, et une autre couleur. Pour Nausicaa, dont la robe, doit être blanche, ces petits carrés seraient, par exemple, blanc et or.

2. Si l'Odyssée tient un rôle dans la pièce, il n'y aura qu'à la dépouiller de son bonnet, do son manteau et de sa rame.

Dans la première édition de Nausicaa, j'avais conseillé le bonnet do marin pour Ulysse comme pour l'Od^-ssée. Mais il vaut mieux que le naufragé apparaisse avec la tête nue.

dessus du Iront et sous le chignon, mince au-dessus de l'oreille; ou bien mince au-dessus «!u Iront et s'élargissant jusiiu'au chignon, que soutiendrait le diadème. 11 sera bon d'apporter quehiue variété dans les coilTures, en s'inspirantde modèles grecs.

La chaussure grecque, portée par les hommes et les femmes, consistait en une semelle épaisse, aux bords de laquelle était fixée une pièce de cuir étroite qui ne couvrait que le coté du pied, et qui avait en haut un certain nombre d'œillets. On y passait une courroie plate qui l'attachait au pied. D'autres lois, des brides seulement étaient fixées aux bords de la semelle; on passait la courroie par ces brides et on l'entrelagait sur le coude-pied jusiju'à la cheville et souvent au-dessus, en formant des dessins de fantaisie.

Nos jeunes filles ne sont pas brunes et hâlées comme Ulysse; mais, si elles ont les bras nus, ce n'est point pour aller au bal; c'est d'une façon habituelle. Les bras ne doivent donc pas être de ce blanc excessif que leur conserve Thabitudc des manches. 11 sera bon de les brunir légèrement.

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