‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 128 sur 133 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

IPHIGÉNIE, ^GINE

IPHIGÉNIE Cesse de m'arrêter. Va, retourne à ma mère, jEgine : il faut des Dieux apaiser la colère. Pour ce sang malheureux qu'on veut leur dérober Regarde quel orage est tout prêt à tomber. Considère l'état où la Reine est réduite ; Vois comme tout le camp s'oppose à notre fuite ; Avec quelle insolence ils ont de toutes parts Fait briller à nos yeux la pointe de leurs dards. Nos gardes repoussés, la Reine évanouie... Ah ! c'est trop l'exposer : souffre que je la fuie ; Et sans attendre ici ses secours impuissants, Laisse-moi profiter du trouble de ses sens. Mon père même, hélas ! puisqu'il faut te le dire, Mon père, en me sauvant, ordonne que j'expire (1).

^GINE

Lui, Madame ? Quoi donc? qu'est-ce qui s'est passé ?

IPHIGÉNIE Achille trop ardent l'a peut-être offensé ; Mais le Roi, qui le hait, veut que je le haïsse : Il ordonne à mon cœur cet affreux sacrifice, Il m'a fait par Arcas expliquer ses souhaits : ^gine, il me défend de lui parler jamais.

^GINE

Ah ! Madame,

IPHIGÉNIE

Ah, sentence ! ah, rigueur inouïe !

Dieux plus doux, vous n'avez demandé que ma vie. Mourons, obéissons. Mais qu'est-ce que je voi (2)? Dieux ! Achille ?

(i) On voit par la suite que le sens est : « Mon père, en me sauvant, m'oblige à renoncer à l'amour d'Achille, ce qui est pire que la mort. » C'est une antithèse quelque peu précieuse. Il y en a quelques exemples chez Racine qui n'a pas su toujours résister au goût invincible des contemporains.

(2) Voi est l'orthographe étymologique qui se rencontre au xvir» siècle mSme en prose.

IPHIGÉNIE

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