MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS
MITHRIDATE
Venez, mon fils, venez, votre père est trahi. Un fils audacieux insulte à ma ruine, Traverse (3) mes desseins, m'outrage, m'assassine, Aime la Reine enfin, lui plaît, et me ravit
(j) Nous avons signalé plus haut ce sens d'entendre ■» comprendre, (a) Le mot audace au xvii< siècle, comme le mot latin audaci, avait généra* lement un sens défavorable.
(3) Traverser = contrarier, s'opposer à est fréquent au xvii» siècle.
RACINE
Un cœur que son devoir à moi seul asservit (1).
Heureux pourtant, heureux que dans cette disgrâce
Je ne puisse accuser que la main de Pharnace ;
Qu'une mère infidèle, un frère audacieux
Vous présentent en vain leur exemple odieux !
Oui, mon fils, c'est vous seul sur qui je me repose,
Vous seul qu'aux (2) grands desseins que mon cœur se pro-
J'ai choisi dès longtemps pour digne compagnon, [pose
L'héritier de mon sceptre, et surtout de mon nom.
Pharnace, en ce moment, et ma flamme offensée
Ne peuvent pas tout seuls (3) occuper ma pensée.
D'un voyage important les soins et les apprêts,
Mes vaisseaux qu'à partir il faut tenir tout prêts,
Mes soldats dont je veux tenter la complaisance.
Dans ce même moment demandent ma présence.
Vous cependant ici veillez pour mon repos;
D'un rival insolent arrêtez les complots.
Ne quittez point la Reine ; et s'il se peut, vous-même
Rendez-la moins contraire aux vœux d'un roi qui l'aime.
Détournez-la, mon fils, d'un choix injurieiix.
Juge sans intérêt, vous la convaincrez mieux.
En un mot, c'est assez éprouver (4) ma faiblesse :
Qu'elle ne pousse point cette même tendresse,
Que sais-je ? à des fureurs dont mon cœur outragé
Ne se repentiroit qu'après s'être vengé (5).