‹ Théâtre (premìere série) (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · ÉPODE · texte numérisé non relu

ÉPODE

« C'est que cette belle déesse qui aime

« La portée farouche des lions énormes, douce

« Aux petits qui tètent de tous les animaux des

champs « Veut donner force aux présages, le signe « A main droite et funeste pourtant des aigles. « Mais j'invoque le nom qu'on hurle de Pœan. « Pour quelle ne ménage pas aux Grecs des vents

contraires et la longueur de l'empêchement, « Car elle se réserve son sacrifice « A elle, sans rite, sans repas, « Artisan domestique des haines et qui ne craint pas

l'homme.

« Car demeure,

« Terrible, la colère qui regarde en arrière, « La maîtresse perfide de la maison, rancune,

mémoire de l'enfant. »

Tel Calchas avec de grands biens proclamait

Le destin aux demeures royales selon les oiseaux,

sur le camp.

Et d'une même voix, Las, hélas I Dis hélas! mais que le bien l'emporte!

Zeus^ quel qu'il soit, s'il est quelqu'un

Qui agrée cette invocation, Je l'en veux interpelle .

Je n'ai rien, tout mis en balance.

Que Je considère, sinon Zeus,

S'il Jaut rejeter une fois pour toutes

De la pensée la charge qui est vaine.

Celui qui Jadis fut grand

Bravant tout dans la Jleur de sa force

Ne peut tant faire que de prouver qu'il fut.

Et celui qui vient ensuite suc -

Combe devant le troisième.

Mais celai qui d'un cœur prudent rend gloire

A Zeas en qui est la victoire

Verra son attente Justifiée.

Lui qui conduit les hommes dans la voie de la prudence

Pour que par la soujfrance ils aient la connaissance magistrale,

Car goutte à goutte^ jusque dans le sommeil, sur le

cœur Continue la peine avec le souvenir, Et la sagesse nous vient malgré nous.

Et peut-être que c'est une grâce des génies Qui puissamment sont assis au banc Vénérable entre les rangées.

ANTISTROPHE a

Pour lors l'aîné, le chef des vaisseaux Achéens,

Sans rien reprocher au devin, mais cédant à la circonstance,

— Comme le peuple Achéen dans le retard qui vide les sacs se tenait accablé,

Et il occupait l'endroit qui est en face de Chalcis, là où les eaux d'Aulis refluent,

Et les vents qui venaient du Strymon

Apportant le retard et la famine,

Intenables, égarement des hommes,

Incléments aux câbles comme aux nefs, doublant la longueur du temps,

Cardaient la fleur des Argiens ;

Après que le devin de l'amère tempête

Eut proposé, proférant Artémis, un autre remède

Plus lourd, en sorte qu'enfonçant leurs bâtons dans la terre, les Atrides ne purent se tenir de pleurer, —

Pour lors Vaine, le chef, parla, ouvrant là bouche, ainsi :

« Il est grave de ne pas obéir,

« Et grave que j'égorge l'enfant, joyau de la demeure,

« Et que je souille dans ce sang virginal mes mains

« Paternelles, me tenant à Vautel.

« Quel mal est le pire ?

((. Déserterai-je ?

« Serai-je traître à mes compagnons d'armes ?

« C'est justice que de désirer le sacrifice qui fait cesser le vent,

« Et le sang de la vierge ; à fureur, fureur plus haute ! — qu'il en aille bien ! »

C'est ainsi que, cédant à la courroie, par un changement impie.

Il prit un esprit élioaté, injurieux, un cœur à oser tout ;

Car la folie menteuse

Rassure les hommes pour leur mal, conseil de honte et le premier entre les maux. Et il put

Se faire Vexéculeur de sa fille, et tel fut le moyen

De cette guerre entreprise pour une femme et cette dédicace des navires !

Le.i prières et le père appelé par son nom El son âge de jeune fille, les Juges

Avides de guerre n'y regardèrent point ; Et le père, après l'invocation, dit aux assistants De la porter, telle quune chèvre, sur l'autel, Enroulée dans ses vêtements et serrant de toutes ses

forces le menton, Et de l'enlever en l'air, lui mettant la main sur la

bouche et sur sa belle figure pour empêcher La voix qui maudirait les demeures Par la force et la brutalité muette du bâillon.

Mais toute baignée de son sang vermeil qui coule à

terre, Elle Jrappait chaque sacrificateur du trait pitoyable

de ses yeux.

Telle que les peintures quand elles veulent parler ; Elle, qui souvent chantait à la table de son père,

chez les hommes.

Quand toute pure, de sa voix virginale, Elle saluait aimablement la tierce libation, honorant Le père avec l'hymne heureux.

Ce qui suit, je ne l'ai pas vu et ne puis le dire.

Mais l'art de Calchas n'était pas vain.

C'est une loi

Qu'il Jaille sentir pour savoir.

L'avenir !

Puisque toujours il vient, écouter ? A d'autres

C'est comme pleurer d'avance,' voici

lO

Que la chose se manifeste avec le point du Jour. Ores nous soit la fortune gracieuse, comme le veut

de la terre d'Api a.

Gardant tout seul sa veille, ce plus étroit rempart!

Me voici, vénérant, Clytemnestre, ton pouvoir. Car il est juste qu'on honore du chef L'épouse, quand le trône mâle est vide. Mais soit que tu saches rien de bon, ou que, ne

sachant rien, Tu sacrifies aux espérances De joie, je voudrais t'entendre : que si tu te tais,

j'y consens.

Page 1