‹ Théâtre (premìere série) (volume 2)Chapitre 8 sur 17 · CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

CLYTEMNESTRE

Pour la Joie, — selon qu'elle a son nom, Que l'Aurore à présent sorte de la Nuit-mère! Mais pour l'espérance, tu entendras quelque chose

de meilleur!

Car les Argiens ont pris la ville de Priam.

LE CHŒUR. — Que dis-tu? Cette parole m'échappe, tellement on n'y peut croire!

CLYTEMNESTRE. — Troie est aux nôtres. Estce clair?

LE CHŒUR. — La joie m'a surpris, faisant monter mes larmes.

CLYTEMNESTRE. - Tes yeux trahissent ton bon cœur.

LE CHŒUR. — Et quelle est la preuve? où est l'indice que tu as?

CLYTEMNESTRE. - Certes, j'en ai un; à moins qu'un dieu ne me trompe.

LE CHŒUR. — Ou si c'est des songes en qui tu mets foi?

CLYTEMNESTRE. ~ Ce n'est point la croyance de l'esprit eng-ourdi.

LE CHŒUR. — Ou si quelque parole en l'air t'a éblouie?

^LYTEMNESTRE. — Finiras-tu de me gourmander comme une petite fille?

^E CHŒUR. — Mais quand est-ce que la ville est tombée ?

pLYTEMNESTRE. - Cette nuit même, dis-je, d'où ce jour-ci est issu.

.E CHŒUR. — Et quel messager a pu venir si vite?

CLYTEMNESTRE. — Hephestos. De l'Ida envoyant le clair signal,

La torche a dépêché la torche jusqu'ici, le feu courrier !

Or l'Ida reg^arde l'Hermée

DeLeninos;etde cetteîle recevant la grandelueur, le troisième

Athos, cime de Zeus, l'a fait paraître.

Et par-dessus, enjambant le dos de la mer,

La force du lointain flambeau à coeur-joie

A fondu, éclat d'or, soleil, dénonçant aux guelteurs du Makistos une splendeur!

Celui-ci sans tarder et oublieusement

Ne cédant point au sommeil a transmis sa part du message.

Et là-bas le feu de la torche jusqu'au courant de l'Euripe

A signalé aux veilleurs du Messape la nouvelle.

Et eux aussi firent leur lumière et la publièrent au loin,

Mettant un grand tas de vieilles bruyères en feu !

Et voici que reprenant vigueur la torche sans s'arrêter.

Sautant par-dessus la plaine, comme

La pleine Lune, au roc du Cithéron

A éveillé un autre relai du feu qui court.

— i-îg —

Et la garde ne se refusa point

A la lumière lointaine, faisantplus que sa consigne.

Par-dessus le marais Gorgôpis la lumière fit un

bond, Et touchant au mont Aegiplanktos, Elle excite la loi du feu à ne point se faire prier. Et ils l'ont renvoyée, incendiant comme une barbe La colère immortelle de la flamme, assez, Pour du Golfe Saronique dépasser le rivage visible, au loin Flamboyante ! Et elle a d'un trait atteint Le sommet de l'Araclinée et son poste voisin de la

tille.

Et de là elle est partie jusqu'au toit des Atrides: Et c'est la lumière qui du feu de Troie lient son

lignage. Telle j'avais réglé cette course de flambeaux Que l'un reçoit de l'autre à porter, Le premier coureur a vaincu et le dernier, Et voilà ma preuve et le signe que je te donne De l'époux qui de Troie me donne avertissement.

LE CHŒUR. — Tout à l'heure, ô femme, je rendrai grâces aux dieux.

Mais parle ! répète tout ! que j'entende et que j'admire

Cette parole que tu as dite de nouveau.

CLYÏEMNESTRE. — Les Grecs sont aujourd'hui

dans Troie.

Sans doute qu'un cri disparate va par la ville. Verse du vinaigre avec de l'huile en un vase, Ils se séparent, et tu ne peux dire qu'ils soient

amis.

Ainsi des vainqueurs et des vaincus on entend Les deux voix selon leur double fortune. Car les uns se couchant sur les corps De leurs frères et de leurs parents, Les enfants sur les vieillards, du cri maintenant

de l'esclave, A g-rande voix pleurent la mort de ceux qu'ils

aiment.

Les autres, selon que le labeur du combat par la

nuit les a conduits, Affamés cherchent ce qu'ils pourront bien trouver

par la ville.

Et, sans billets de logement, mais selon que cela se

trouve.

Par les demeures conquises de Troie, Ils s'installent déjà, affranchis Du givre et de la rosée du bivouac, comme des

gueux Oui dormiront sans garde toute la nuit. Et s'ils respectent les dieux de la ville,

Ceux de la terre prise et la demeure des dieux, ils feront bien :

De peur que ces vainqueurs ne trouvent leur tour.

Et, d'abord, que le soldat ne s'échappe point à piller

Et ne cède pas à la convoitise des choses défendues.

Car il faut encore, pour être en sûreté chez soi,

Refaire l'enjambée en arrière.

Et si même l'armée s'en revient irréprochable devant les dieux.

Le grief des morts veille.

Le danger, s'il n'est pas immédiat, est là.

Voilà ce que je dis, moi femme. Que le bon làdedans

L'emporte et se laisse considérer par en face :

Afin que de ce bonheur je prenne plus qu'une part.

LE CHŒUR. — 0 femme, tu parles heureusement, et comme un homme sage.

Pour moi, ayant entendu ton témoignage.

Je me tournerai pieusement vers les dieux, Car voici qui de nos peines n'est pas un salaire médiocre.

0 Zeus, et toi, gracieuse Nuit

En qui sont les choses grandes et belles,

C'est foi qui sur les tours de Troie as Jeté

L'inextricable rets,

Tel que pas un seul, petit ou grand, n'a échappé

A la servitude et au râteau qui ramasse tout.

J'invoque le grand Zeus hospitalier !

Il a fait cela, et c'est lui qui contre Paris

A tendu l'arc patient, pour que le trait ne parte

pas Ni trop tôt, ni trop haut, Vers les astres en vain.

A ce coup il faut confesser Zeus,

Et c'est ici qu'il se découvre,

C'est lui qui a fait et parfait ; quelqu'un a dit

Que les dieux ne daignent pas se soucier des hommes

Qui foulent aux pieds l'honneur des choses sacrées. C'est un impie.

L'insolence

Montrera de quoi elle est grosse, de ceux qui respirent la violence,

Moins justes qu'ils ne sont hardis, et de la maison regorgeante.

La sécurité ! et que ce

Me soit de ma conscience assez !

Car il ne trouvera point là sa défense, riche.

Quand il le serait jusqu'au dégoût, celui

Qui donne du pied contre la grande base De la Justice, comme si on ne la voyait pas.

ANTISTROPHE i

Car la persuasion de malheur contraint

Le conseil^ enjant insurmontable d'Até !

Et tout remède est vain. Elle n'est point cachée !

voici Ou éclate, lumière horrible qui luit, lajautef Et comme pour le mauvais fer Intervient avec là main qui gratte et racle Le Jugement noir et dur, quand L'enfant qui poursuit l'oiseau qui vole A attaché l'inejfaçable proscription à la ville, Et les dieux sont sourds aux prières.

Celui qui tourne son cœur vers l'injustice. Ils enjont place nette.

Tel Paris étant entré Dans la maison des Atrides A profané la table hospitalière par le vol de la

femme.

Laissant un remuement par les villes

De boucliers et de lances, et les vaisseaux qu'on

arme.

Et apportant à Ilion pour sa dot la mort. Elle entre rapidement par la porte, passant ce pas! Et partout par la demeure On entendait ces lamentations : « O o,

« Maison, maison, maîtres!

« 0 m, où reste le creux de V homme! »

Lui demeure en silence, désiwnoré, sans injure,

Et il paraît, entre tous ceux quelle a quittés, le plus

doux.

Par le désir de celle qui est au-delà de la mer, C'est comme un fantôme dans la demeure qui commande.

La grâce des belles statues Lui est odieuse. Les yeux Sont absents, et toute beauté ensemble disparaît.

ANTISTROPHE a

Es-rêves des images qui pleurent

Lui apportent de la joie en vain.

Car sitôt qu'il croit voir sa beauté,

La vision entre les mains lui cfiange,

Et sur le champ, d'une aile

Adjointe aux routes du sommeil, elle est partie.

— De telles douleurs sont au foyer des maisons.

De telles douleurs et de plus excessives que celles-ci.

Car, partout, où sur la terre d' Hellas a été fait le

grand ban, Une peine cuisante A dans chaque demeure sa place ; Le cœur est trop de fois touché!

Ceux qui sont partis, On le sait, voici que pour des hommes, Des urnes et de la cendre retournent.

Ares, Vargentier, le changeur de cadavres^

Qui tient dans la bataille sa balance,

Du feu dllion renvoie

Un lourd résidu à pleurer, au lieu d'un homme

Plein un vase de cendre bien pressée.

L'on se raconte en gémissant

Quel soldat celui-ci faisait,

Et celui-là qui, parmi les tués, est tombé avec honneur,

A cause d'une femme étrangère.

C'est un grondement, tout bas.

Et le courroux de la douleur, sous main,

Se répand contre les Atrides, champions de la cause.

Eux, là-bas, sous les murs,

Dans la terre d'Ilias, à bons termes se sont procuré

Des sépulcres, et l'ennemie

En possède les possesseurs.

Il faut craindre ce que dit le peuple en colère :

Cela vaut une sentence publique.

J'ai peur de moi et d'entendre

Quelque chose qui dans la nuit est pensé.

Car les dieux ne perdent point de vue

Les grands tueurs. Et les noires

Erinyes savent retrouver

Celui qui est fortuné sans la justice, et par un renversement

Elles le jettent dans le lieu aveugle; chez le peuple nul il n'y a point de secours.

Je crains

Trop de gloire; car la foudre de Zeus

Frappe aux yeux,

Je veux un bonheur sans envie.

Que Je ne sois pas un preneur de villes,

Et qu'étant pris moi-même, non plus

Je ne me voie pas l'esclave des autres.

La nouvelle du Jeu déjà

A envahi la ville. Véritable,

Qui le sait? C'est certes merveilleux, si ce n'est faux.

Qui sera si enfant, ou tellement hors de son sens

Pour prendre feu à ces nouveaux signaux que voilà,

pour Qu'il se désole par ensuite?

C'est V extrémité des femmes. Il faut Avant que rien soit sûr rendre grâces.

L'esprit docile de la femme va d'abord Jusqu'au bout. Mais la gloire meurt vite Qui a une femme pour héraut.

CLYTEMNESTRE. — Et bien! nous allons savoir Si les torches et le feu et la rangée de lumières Ont dit vrai, ou si, comme dans les songes, Celte belle lumière qui nous est parvenue nous a

trompés.

Je vois un héraut qui arrive du rivage tout ombragé De rameaux d'olivier. Jeu atteste celte sœur

De la boue, sa voisine altérée, la poussière !

Celui-là porte une nouvelle que tu entendras, et ce ne sera pas du feu

Ni la fumée qu'il fait sur la montagne!

Mais, ou bien ses paroles nous annoncent plus de joie, —

Je ne puis pas dire autre chose.

Que la suite réponde, comme il faut, au commencement.

LE CHOEUR. — Celui qui souhaite autre chose à

la patrie Ou'il recueille les fruits de sa méchanceté.

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