ACTE I
Le milieu du jardin.
MARA. — Qu'a-t-elle dit?
LA MEI\tl. — J'amenais cela tout en allant.
Et d'ahord ellr m'écoulait les yeux baissés,
El ji' lui parlai de toi,
Et elle devint sérieuse, et elle nie re;;;ardait en ÏACA\ iniitant avec ses lèvres la forme de ses paroles.
Et avant ([lie je n'eusse rien dit encore,
Elle ilevinl pâle comme la boue, et je vis qu'elle avait compris.
IMAUA. — Kl» bien ! (piedit-clle?
LA MKIŒ. — Oh !
Elle ferma les yeux comme qneltin'im «jui a rcru un couj) dans le ventre!
\'.\ Midi, je me mis à pleurer et je disais: « .\uu! non !
\ iolaine, indii enl.nil !
Ne fais pas attenlioa ! Ecoute, je ne te demande rien! »
Et à la fin elle rouvrit les yeux et elle re^^ardait avec une expression de douleur et de reproche,
La bouche ouverte, avec un fil de salive entre les lèvres, comme un petit enfant qui fait attention !
Et puis elle se détourna et elle se mit à gémir.
Je désirais encore lui parler, mais avec la main elle me fit signe qu'elle voulait être seule,
Et depuis, elle ne m'a plus dit un mot.
MARA. — Chut I
LA MÈRE. — Qu'y a-t-il ?
— J'ai regret de ce que j 'ai fait !
MARA. — Bien ! — La vois-tu au fond du clos? Elle marche derrière les arbres. On ne la voit plus.
LA MÈRE. — Je crois que Jacques îlury doit venir, ce malin?
MARA. — Oui. Eloignons-nous.
Elles sorlent.
JACQUES HURY. — Je ne la vois pas. Cependant elle m'avait dit
Qu'elle voulait me voir ce malin
MA HA. — Jacques, vous cherchez quelqu'un? JACQUES HUKY. — Je cherche Violaine.
MAllA. — Violaine ? depuis hier c'est je ne sa^s quoi qui arrive î
On ne peut plus mettre la main sur elle ! Vous savez qu'elle va se marier? Vous avez entendu ce (|ue le père a dit au moment qu'il allait partir ?
JACQUES IIUKY. — J'ai entendu .piil lui parlait d'un mari.
iMAllA. — Juste. Et est-ce que vous savez qui c'est ?
JACQUES HUKY. — Je croîs que je le sais.
MAKA. — Vous aussi ! Dites-moi, cvnnmeiil vous en «"^les-vous aperçu ! Vous le savez !
Il est tellement plus ilt^é qu'elle î C'est vrai que c'est un honnne riche et il a de la connaissnucc aussi.
J.\CQUES IIUUY. — Tellement plus à-i qu'elle ?
ISIAUA. — Vint;;! ans au moins. Il a fait tant de voyntçes 1
Il nous a raconté tout cela l'aulre soir.
J'aurais voulu que vous la voyiez, la Sucrée l Rouge, rouge comme le feu !
Et si on avait le mallieur de rinterrompre, quels regards !
C'est égal ! ça n'a pas duré longtemps ! une semaine qu'il est resté.
Enfin ! sans doute qu'elle a parlé au père? et pourquoi est-ce qu'elle pleurait si fort ? et pourquoi est-ce que le père s'en va ?
— Vous voulez savoir comment je m'en suis aperçue ? Hier même qu'il ne faisait pas encore jour! Après tout, on peut bien le dire maintenant.
JACQUES HURY.— Parlez.
MARA. — C'est inutile de le répéter.
JACQUES HURY. — Parlez.
Pause. — MARA îe regarde,
MARA. — Il était de très bonne heure. Je dors mal depuis longtemps. II me semblait que j'entendais du bruit dans la maison comme de gens qui marchent furtivement.
Donc je descends. C'était le tout petit jour. J'entre sans faire de bruit.
J'entre dans la cuisine, et qu'est-ce que je vois? Non ! je ne devrais pas vous le dire.
Violaine, la sucrée ! De mes yeux! de mes yeux, je vous dis, je l'ai vue I
JACQUES IIL'IIV. — Kh bien ?
MARA. — Ma Violaine avec ce Pierre de Craon...
JACQUES HURY. - Eh bien?
MARA. — ... qui l'embrassait, et qu'elle se laissait fort bien faire, comme si ra ne lui faisait pas cJe la peine, fraîche comme une rose !
Ici, près de la bouche ! Ah ! l'amitié n'a pas été louijue à venir entre eux deux !
JACQUES HnW. — Ce n'est pas vrai!
MARA. — « e n c-^t [)as vrai? Je vous dis (pie je l'ai vu !
Mais qu'est-ce que vous avez? On dirait que vous avez (jnchpie chose.
JACQUES HURY. —Non !
MAR.\. — Mauvais Cfcur ! Le bonheur des autres, cela vous fait de la peine ?
JACQUES IIURV. — Vous savez. Vous vous moipiez de moi.
M Al\ A. — Me rni)(pier, Jacques. Si d'antres se mocpient devons, ce n'est pas moi. J" \oii< Mm.» bien.
Pnnr(pi(>i pensez-N'>ii^ toujours à cell«» reniine'? Il y en a d'antres.
Eh bien î nous alhuis nvoii la n->ro-
JACQUES HURY. — Naturellement cen'cst pas vrai. Pourquoi me dit-elle cela ? Je n'ai rien entendu.
Jevais demander à Violaine ce qu'il en est.
Il y a une allée parallèle à celle où il se trouye et srparée délie par des arbres et par des espaliers. VIOLAINE paraît à l'extrémité de celte allée et la descend à pas lents.
La voici, et j'ai tout oublié ! Elle est nette comme l'or. J'ai bien vu qu'elle m'aimait.
C'est elle 1 Je suis honteux de moi-même, je ris et j'ai envie de pleurer. Elle va être là ; comment faire !
Ah ! je suis tellement content de la voir que je voudrais être tout seul pendant un jour ou deux
A penser à cela à mon aise. Et, pleine d'inquiétude, elle viendrait me trouver.
Et elle me parlerait, cherchant une par une
Toutes les raisons que j'aurais de ne pas l'aimer et à chacune, plein de bonheur, je comprendrais que celle-là encore n'est pas bonne,
Et je la laisserais parler jusqu'à la fin.
Arrivée en face de lui, VIOLAINE s'arrête
et J 011 rnc le visasse de sou côté. lisse regardent à travers les branches.
JACQUES in 'H Y. — Je vois ma tiaiicée à travers les feuilles et les Heurs
Oui me la montrent à (Jemi "et la cachent. Celte licure est bonne et je n'en connaîtrai point de meilleure !
Quelle est celle-ci qui se tient debout eu face de iMoi, plus douce que le souflle du vent, telle que la lune à travers les jeunes feuillai^es ?
Sa taille est comme de celle qui a achevé de grandir, toute droite dans sa noblesse int^énue,
Non point la rii-^idité de l'arbre, mais une souple roideurde rd)res, la ti'^e de la ileur neuve, de ce lys qui est le premier-né !
Elle est mienne ! et sa vue est comme ce trait
De riialeine avec lequel on se réveille.
La voici comme l'abeille nouvelle (pii déploie ses ailes encore fraîches, comme une g-rande biche, comme une llfMirqui ne sait pas ellc-nu^ine ipi'tdle est belle !
Son visage est comme recueilli
Dans la joie qu'elle i;,^oAte,C't je vois ses cheveux (pii sont comme l'or et l'arj^^ent!
Eauves avec des reflets d'ary^ent comme la menthe, comme le dessous de la feuille !
(> personne intacte ! n jeunesse de ma fianri'c à travers les branclu's en Ih ut, salut !
VIOl.AINK cui tiliiir kod • hrminrtr'^monle
|>nr r.illcr oti sr I ■ \ ■■ ■ IIUHY.
Elle b'MirClc à qi< lui.
— Co —
JACQUES IIURY, tout haut. —Ce n'est plus comme quand je vous rencontrais auparavant.
Je ne vous laisserai point passer. Maintenant je me tiens à l'encontre.
Ilril (pensant) :
Que cela est bête de rire! Je vous vois, couleur de la rose !
Et cela me paraît si innocent et si doux que je ne puis m'em pêcher de rire.
y lOhAl^E, gardant la tête baissée. — Jacques Hury ! Ce désir de mon père
A été que je vous épouse. Car est-ce qu'une femme vit seule ? Il est parti.
Mais, le père n'étant plus là, il faut qu'elle choisisse
Quelqu'un pour se confier à lui ; quelqu'un pour se confier en lui.
JACQUES HURY. — Votre père est parti et qui sait quand il reviendra ?
Il faudra que vous vous habituiez à moi. Je ne suis point comme le père qui existait avant vous, mais nous sommes nés
Avec l'intervalle juste entre nos deux âmes, moi le plus ancien,
Pour que désormais nous puissions vivre ensemble l'un pour l'autre. Voici l'ami coiuplcl,
- Gi —
Voici l'époux dont l'aiiiuur est plus que celui dr. père ou de la mère.
\10LA\}^E, très bas:
Elle garde toujours la lOle baissée.
Ilcnreiise
(lelle qui ayant reconduit un ami, s'apercevanl qu'elle est toujours sur le seuil,
S:)urit et ferme doucement la porte,
Tandis qu'il y a encore avant qu'ils ne soient mariés
Deux jours, trois jours.
Pause.
JACQUES IIUUY. — Pourcpioi parlez-vous in dessous? (pie rej^ardez-vous à terre ?
Violaine, c'est lemoujenl <pie nous ikmis r';;ardions en face; plus tard | oui* nous voir
Nous aurons à tourner la trU* de cAlé.
Lève la tète, njon doux lilas, et reu^rtlf-nuM, afin (jne ji* voie t<'s veux !
Tournez vei.s moi Vdlrc» clair visiii^e !
VIOL.VINK. — IMiU au ciel (pie je fusse déjà morte !
.I.\(3QrES IirUV. — Violaine, (pi'esl-ce (pic Vt>ns dites !
VIOLAINK. — Hier ...(..iv,
l'eut-èlre (]ue vous en ani ie/ eu de la peitic.
JACQUES HURY. — Hier?
VIOLAINE. — Partlonnez-moi Pour le mal que je vais vous faire.
Paasc.
JACQUES HURY. — Violaine !
Pause. — (Il pense :)
Ce n'est pas la peine; il vaudrait mieux partir sur-le-champ, n'être plus là,
Ne plus la voir, ne rien attendre, ne rien entendre.
(Tout haut :)
Je comprends que vous ne voulez plus m'épouser.
VIOLAINE. — C'est cela, — non, je ne vous épouserai pas.
Pause .
JACQUES HURY, répétant lentement ce qu'elle a dit. — C'est cela, non, je- ne vous épouserai pas.
Pause.
Môme en rêve, ce seraient des paroles trop tristes!
L;i présence de celle que nous aimons, enfin gagnée. Elle est là, après tant de souflrances ! La voix de celle que nous aimons ; elle parle ;
Elle nous parle, et peu à peu nous distinguons le sens des paroles :
(( Ami, tant d'amour a touche mon cœur ! me voici. Voyez que je suis infiniment [)lus belle,
Plus douce que vous ne le pensiez. Approcliezvous, recevez votre récompense;
IMus près encore. — Saclœz que je ne vuus épouserai pas.
Peut-êlrcpensiez-vous que je vous aimais? Mais non .
— Je vous le répète : nullement.
Ne croyez pas que je sois sans amour î II est doux d'en aimer un autre que vous. »
Comme une petite fille qui tire le roi enfantin de la ronde,
C'est ainsi que vous m'avez été chercher par la main
Et me menant devant vous tous, vous avez dit :
« Parents, ami, vous tous, voyez! Vuici celui que j'ai choisi ;
Voici celui <pio j'ai clioisi pour ne point I .»inier el pour nr point être mon époux ! »
\lOLAINK ):^émil «o»rilcrn«'nl.
AiuhiioiiL cela ctait faux! Il faut le croire! Ainsi ainsi tout cela était faux!
Lev«'z donc le visav;e maintenant! Parlez, n'ayez point honte ! levez le visage et dites qtn» vous ne m'avez jamais ainu'.
Pierre de (Taon en a eu ce vkusci p(>ui il; i^»'.
S'l''ncr. ViOLAINl^ garde b i^Xt batMC« et ne n |>onil rien.
C'était trop tôt.
Vous avez cédé trop vite, vous l'avez laissé partir trop tôt.
Vous pouvez l'attendre, maintenant! La bête S'est servie de vous sans y penser.
— Il est vrai que moi, j'étais là. Maisle remède a été trouvé mauvais à prendre.
— Comme une servante qui a trop chaud, comme une fille dans la paille î
VIOLAINE g^émit et ne répond rien.
Hé? Quoi? ne répondras-tu pas un mot!
Par le diable! lève la tête et rei^arde-moi ! (// frappe du pied.) Lève la tête, par le diable! Oh, cela me rend enragé î
Il la saisit par les cheveux et lui tire la tête en arrirre. — Elle ferme les yeux pour ne point le voir.
VIOLAINE. — Votre première caresse. Certes voici plus que l'amour du père et de la mère.
Il la lâche. Les cheveux tombent dénoués,
JACQUES HURY.— {Tout haut): Elle pleural 6 Violaine, pourquoi as-tu fait cela ?
Et vois comme je soulFre, moi aussi! Pourquoi avez-vous fait cela?
C'est là notre rencontre, c'est là notre connaissance!
O perle irréparable !
(// pense en nie me temps) : Ces cheveux de
femme, comme cela est drôle, comme cela est doux entre les doigts.
Elle ne veut pas me regarder. — Comme je la tenais à merci!
Ouelle gravité et quelle douleur sur ce visage fermé!
Il y a quelque chose que je ne comprends point.
Et elle serrait les dents, mais je voyais les lèvres s'ouvrir peu à peu.
Comme l'enfant qui va se décider à pleurer I Cela est affreux !
Pause.
Pardonnez-moi. J'agis trop brutalement.
Pause.
Je pensais (jiic vous seriez l'honneur de ma vie, pure, incorruptible, la source cachée de l'innocence et de la loi,
Telle (pi'une odeur (pii prend force à mesure que la tleiir s'éteint, telle cpie l'herbe (jui éloigne la corru[)tion !
Et maintenant voici au lieu de l'amour
L'injure, et dims ma (lancée la connaissance de celles (pii sont mères.
Comme \\ s'est joué de vous, se servant de vous une heure et vous abandonnant !
Si vous le \onle/..je vous épouserai.
Si humilié ({uc soit l'amour,
C'est encore l'amour, et mon cœur est assez grand pour que vous vous y puissiez cacher.
VIOLAINE, d demi voix. — Patience, un petit peu de temps encore.
Profond silence. Voix d'enfant au loin.
Compère Loriot!
Oui mange les cesses et qui laisse le noj/au!
VIOLAINE (elle penseuses lèvres s'agitant sans proférer aucun bruit). — Au bois, il y a trois fontaines.
— En juin chante le coucou; l'enfant se met en route pour le trouver;
11 n'y a personne; il y a un charme sur la route ; il s'arrête, le cœur gonflé de douleur.
Comme tout est tranquille ! Comme il fait beau temps !
J'entends toujours là-bas l'oiseau...
Elle lève le doigt, comme pour faire signe d'écouler.
JACQUES IIURY, tout haut, — Quel oiseau? VIOLAINE, tout haut. — La tourterelle.
(Elle pense:)
On l'entend au temps de la moisson, à quatre heures, quand tout le monde est à goiUer;
Les filles qui sont placées loin de chez elles pleurent ;
La laveuse qui lave son linge toute seule à l'entrée du bois
S'arrête quand elle l'cilend, le haltoir en l'air. el se retourne pour voir qui est-ce qui est là.
Heureux ceux qui vivent ensemble, tandis (jiiils regardent bien tranquillement deux pigeons audessus d'eux.
Et l'un couvre l'autre de son aile tandis (pi'elle lui briquette le tour des paupières, [jareilies aux pellicules d'un grain de blé.
SiltQce.
JACQUES HUUY. — Omc difes-vous?
VIOLAINE. — Non, je m- vous (jm. userai pas. JACQUES IIUUY. — Violaiii.'!
Kllc hccojc faiblement In (i^te.
JACQUES IIURY (sourdementjHussantla tête). — Ayez pitié de moi, car je vous aime.
VIOLAINE, ri voix busse. — Non, ic wo nous épouserai pas.
JACQUES IIUUY. — Ne dites plus un mol. Ne me poussez point A bout.
Ne pouvez-vons me p:n Irr om crtemml ? Mais cela est assez clair.
Hein! cela est vrai? Vous étiez 1;\, ce nuiiiii, au moment où celfe homme, Pinre de (!raon, est parti.
N<* dites pas non, on vons a vus
An momrni (pi'il vous embrassait.
— G8 — VIOLAINE. — Oui m'a vue ?
JACQUES IIURY. — On vous a vus. Mara, votre sœur, vous a vus.
VIOLAINE. — Cela est vrai.
Pause
JACQUES HURY. — C'est bleu. Finissons-en tout de suite. Allons trouver votre mère.
Ils sortenf.
La pièce du premier acte.
LA ]\I1'][1E. — Le temps est toujours au beau ; j\'iil(;ii(ls les cloches d'Arcy.
On ne cesse pas d'entendre la tourterelle.
Pause. — Elle soupire.
MARA, entrant, vivement. — Ils viennent ici. Je pense que le maria*je est rompu, m'entends-tu ? Tais-toi !
Tais-toi, et ne va pas rien dire !
LA MÈRE. — Comment ?
0 méchante! vilaine! Tu as obtenu ce que tu voulais !
MARA. — Laisse faire. Ce n'est qu'un moment. D'aucune façon
(\a ne se serait fait. Puisque c'est moi
Qu'il doit épouser, et non pas elle. Cela sera mieux pour elle aussi. Il faut que cela soit ainsi ! — Entends-tu ?
Tais-toi I
Entrant JArOL'ES IIIKY et VIOLAINE.
Pause
LA yiEREj fa ib/rment. — Ou'esl-ce qu'il y a, Jacques? Qu'est-ce qu'il y a, \ iolaine ?
JATIQUES HL'UV. — Mère, nous avons causé tout-à-l'heure, Violaine et moi,
Et nous avons trouvé qu'il était mieux que le mariaije ne se fasse pas.
LA MKUE. — Comment, qu'il ne se fasse pas? Est-ce que tu ne veux plus l'épouser ?
JACQl'KS IirilV.— Elle dit (ju'elle ne m'aiine point.
LA MEI\E. — Quoi! est-ce que tu lui as ilil cela, Violaine?
VIOLAINE. — Dites tout, Jacques.
JACQl'ES lirUV. —J'ai dit (ont ce que j'avais à dire. Le reste ne me retjarde pas.
\ouB m'avez entendu, niailame Vercors ? Eh bien ! c'est fini, .le m'en vais.
VIOLALNE. — M^re! comment est-ce (jud pourrait m'épowser.
Alors (|uc .Mara nous a vus tous les «Iciiv. IMm»-
de Craon et moi, à la fenêtre de Cette pièce, hier. Car j'étais descendue pour lui dire adieu.
JACQUES HURY. — Parlez, Violaine! l'occasion est bonne pour faire le mariage. Profitez-en.
Car autant vaut mieux qu'il se fasse le plutôt possible.
Il rit.
LA MERE. — Pourquoi riez-vous, méchant homme !
Cela n'est pas vrai 1 Cela n'est pas vrai ! — Va, Violaine,
Après tout, il vaut mieux que tu ne l'épouses pas. — Cela n'est pas vrai!
JACQUES HURY. — Ne me poussez point à bout. Ne me faites point faire des sottises. El vous, Violaine, trouvez-vous que vous ne m'avez pas fait assez de mal encore?
VIOLAINE. — Je vous demande pardon.
JACQUES HURY. — Je ne puis vous pardonner.
LA MÈRE. — Et c'est elle, c'est elle-même qui a dit qu'elle ne voulait plus vous épouser ?
JACQUES HURY. — Elle-même. (A Violaine.) Est-ce vraiV — Ce sont les seules paroles que j'aie pu tirer d'elle. — Regardez si elle dit un mot 1
Voilà comme elle est dep'iis ce matin. Elle penche la tête vers la terre.
LA MÈF\i:. — Oh !
JACQUES mjIlY. — Vous la voyez ?
LA MEFIE. — Maintenant, je conipronds ! Violaine, mon enfant ! Tu n'as pas compris ce que je voulais dire !
JACQUES HURY. - Hé?
LA MÈIIE. — Violaine, pauvre enfant ! Mais je ne laisserai pas faire cela !
iMAHA s'approrhr d'cUc comme pour lui parler et lui monl l'urfillc. KHc pousse un cri,
JACQUES IirnV. Ouy a-t-il ?
M ARA. — More, (ju 'avez- vous ?
LA MKI\I' re<5te imm ' ' it con-
vulsivement des yeux. (■
JACQUES HUKV. — nu'avcz-vouv; .Tf ^ .. .Ane Idisserni pas fm'i'n rrla ' »
MAl\A. — Mère ! — .le [)L*nse qu'elle n'est pas bien. Elle n*est pas hien depuis que le Père est parti...
Mère, veufz I
Elle dorl, emmenant «nm^re. — VIOLAINB cl JACgtIES restent sculii ensemble. — PaoM.
M.\RA, rrntntnt. — Jarcjues, maîntenant il vaut luietix (pie vous parliez. Je suis nichée de cela...
Je suis fâchée de vous avoir dit cela ce matin.
JACQUES HURY.— Mara, vous m'avez rendu service.
{Il regarde Violaine de côté.) Votre père avait voulu
Que je le remplace près de vous. Je serai toujours là pour vous aider.
MARA. — Bien, l)ien ! venez ! — Croyez que je suis triste de tout cela.
Il se dirige lentement vers la porte, puis, au moment He sortir, il se retourne encore vers ^'IO!^AINE. MAHA le pousse doucement dciiori».
VIOLAINE, criant. — Maintenant, c'est fini, ô, ô Dieu ! ô Dieu!
MARA. — C'est très absurde. Pourquoi lui avoir laissé croire
Gela ? Sans doute que ce n'est pas vrai. Que vat-il penser de nous ?
VIOLAINE. — 0 Dieu ! ô Dieu ! o Dieu !
MARA. — Ce n'est pas moi qui t'ai dit de le faire.
Et puisqu'il savait comment Pierre de Craon et toi, hier matin,
Vous étiez là à vous embrasser, je ne puis pas dire que ce ne soit pas vrai.
VIOLAINE. — Petite sœur, ne parle pas de Craon. La chose qu'il y a entre nous,
Tu ne {)eux laconnoîlre. Je ne le reverrai plus.
MAKA. — Alors tu ne veux phis rr{)ouser ?
VIOLAINE. — Mara, est-ce la peine d'être si méchante avec moi ?
MAKA. — Eh bien î tu sais tout cela nneux qtie moi ! Comme tu dis, tu as plus dM^e (jue moi !
— Ah>rs qui est-ce (jui pourrait se marier avec toi ?
Un autre ? Je pense (juc tu ne penses plus te marier.
Tout le monde déjà
Savait (juc tu devais l'épouser.
VIOLA INI']. — Non, Mara, je ne me marierai pas.
MAUA. — Eh bien !
Klle regarde m sœur (o rcflccliissaoC.
Eh bien, j'ai préparé ra à tout hasard ; sans doute que lu ne refuseras pas do sii^'uer. ('.a serait trop méchant de ta paît. Tu es majeun*.
Elle lire uu (Mpier J« kou corMgt«
Ou'en as-tu besoin puisque tu ne te maries pas?
Donne-nous la part de riiéritage afin qu'il ne loit pas d'un côté et de l'autre. Tu ne peux pas conduire ça toute seule.
Ainsi la ferme restera comme elle est pour nos enfants.
Tu n'as qu'à dire que tu as reçu déjà ta part. J'ai compté ce que ça ferait.
Elle met le papier sur la table. VIOLAINE prend une plume et si<îne.MARA va chercher une poignée de cendre dans le foyer et en saupoudre la signature. Elle relit soigneusement, puis éclate de rire.
Vraiment, ma pauvre fille, tu es trop simple et lâche, ça dégoûte et ça met en colère,
Comme les gens malades ! Elle me donne tout ce qu'elle a,
La reine ! comme si c'était un sou que je lui demande.
Tiens, Cendrillon, prends cela pour toi, sotte I
Elle lui jette la cendre dans les yeux.
VIOLAINE. — Mara, tu m'as fait mal, tu m'as jeté la cendre dans les yeux.
MARA, riant. — Ah ah ! Comme te voilà arrangée 1 Je voudrais qu'il te voie co mme cela. La cendre
Fait voir par où tu as pleuré.
VIOLAINE. — Je ne vois plus clair !
MARA. — Mais tu verras toujours assez pour trouver la porte, barbouillée I
VIOLAINE. — Quoi! est-ce que lu me chasses de la maison ?
MAI\A. — Est-ce que tu auras le cœur de rester ici, fille perdue ? Va t'en retrouver ton ami !
VIOLAINE. — Je n'ai j)oint d'amis.
MARA. — Non ? Alors comment lui as-tu laissé croire cela ?
Il fallait être bien méchante! il fallait que lu ne l'aimes guère. Car, je n'ai jamais vu quehju'un si assolé
Qu'il l'était de toi I — Mais, après tout, tu sais tout cela mieux que personne.
VIOLAINE. — Mara, ma cruelle jeune sœur !
MARA. — Je sais (jue Jac(|ues t'aime.
VIOLAINE çémiU
Eh bien ! après ce qui s'est passé, tu vois bien que tu ne peux rester ici ?
Tu ne penses pas être tout le teni] s-là à table avec nous.
VIOLAINE. —Maisrc-arde, (^ Dieu ! où faul-il que j'aille? où veut-elle que j'aille vivre ?
MARA. — Ce n'est pas moi qui l'ai demandé rien.
Pause .
MAILV, violemment. — Va-l'cu d'ici I
Ecoute ! ne reste pas plus longtemps avec nous, parce que je te hais !
Pourquoi est-ce que tu es née à ma place? mais je saurai prendre la mienne.
Est-ce que lu l'aimes ? Tu ne Tnimes pas !
Tu ne l'aimes pas comme je l'aime ! tu ne l'aimes pas comme il faut qu'une femme aime son mari,
Idiolement, intraitablement !
Et ainsi tu as raison de me le laisser; cela est honnête de ta part.
Mais tu ne tiens pas à rien de ce qui est à toi ! mais que quelqu'un le le demande,
Tu le lui donnes avant qu'il ait fini de parler,
Mais moi, je sais ce qui est à moi et j'y tiens des grilles et des dents et gare à qui y touche !
Ce n'est pas moi qui te chasse ! C'est la maison que tu méprises ! C'est ton patrimoine que tu rejettes !
Va-t'en d'ici !
VIOLAINE. — Où irai-je ?
MARA. — Dieu prendra soin de toi, folle, déshonorée !
Tu as mis la honte sur notre nom. C'est ton bien. Garde-le, emporle-le avec toi !
VIOLAINE. — Tu as raison, Mara, il faut que je m'en aille, adieu!
Je m'en vais, cruellement chassée de la maison!
Elk sort. Oq ia voit qiki s'éloigoe par le fond du jardiu.
MARA, appelant. — Violaine!
Violaine, reviena I
Elle fait qtirlqiifs pas comme pour aller la chercher, puis s'arrèle.
Bah! Elle saura hien revenir.
Elle met la main au-dessus de fes yeux.
Je ne la vois plus.