‹ Théâtre (premìere série)Chapitre 2 sur 13 · BAVON. — O · texte numérisé non relu

BAVON. — O

THALIE. — Oui vient de direO... ? {Elle met la main au-dessus de ses yeux.) — A Dauon : Est-ce vous?

BAVON. — Pourquoi, moi?

THALIE. — Ah ! ah! vous êtes ici, Bavon!

BAVON. — Je ne parle pas. Je ne dis rien.

THALIE. — Bavon!

BAVON. — Que dit- Elle?

QUELQU'UN. — Elle vous appelle par votre nom.

BAVON. — Va-t'en !

Va-t'en ! Pourquoi es-tu venue ici? Pourquoi

Te montres-tu ainsi à tous, à tous?

THALIE. — O Ami!

BAVON. — Va, menteuse !

Pourquoi me forces-tu à parler? Il y a trop de gens ici.

Eh bien !

Et moi aussi je n'aurai pas honte !

Et je gémirai comme dans la compagnie de mes mains, et je m'ouvrirai devant ceux-ci !

THALIE. — Bavon!

BAVON. — N'as-tu pas d'autre mot à dire?

Je ne tournerai pas la tète vers toi, je ne te regarderai pas ! 0

Plus soyeuse que la peau de la rose! 0

Chevelure!

THALIE. — Est-ce ainsi que tu ne peux me supporter?

BAVON. — Malheur à moi !

(A Audivine.) Comment,ô jeune fille, t'appellestu?

AUD1VINE. — Je suis Audivine.

BAVON. — Sois heureuse !

Mais donne-moi, Audivine, cette liberté Oue je prenne tes mains, et toi, saisis les miennes fortement et ne me laisse pus aller.

11 s'assied devant elle. — A THALIE.

Pour toi, sache que je l'aime THALIE, gémissant. — Ha!

RUSTIQUE. - Elle pleure.

BAVETTE. — Qu'y a-t-il ?

RUSTIQUE. — Elle pleure.

BAVON. — Hélas ! hélas ! ô moi!

Cette attachedu poignetet cette mainpar laquelle elle s'empare!

THALIE. — Une,

Une peine est sur moi, plus noire que l'aveuglement, plus dure que l'interdiction de pleurer !

Faudra-t-il donc céder et me coucher, comme sur le lit de mort?

C'est l'œuvre de la création de l'homme maudit, par laquelle, me prenant d'une main à la gorge, il entasse sur moi de l'autre les plis funèbres !

Vraiment, veux-tu ainsi que je te cède ?

Que dis-tu? Bavon, dis-tu que tu m'aimes ?

BAVON. — 0 Gardienne, ne me laisse pas!

THALIE. —Hélas! hélas !

BAVON. — Que je sois privé de toi !

« Oublie tout et viens ! »

THALIE. — Dis-tu...

BAVON. — Tais-loi ! O Audivine qui me donnes les mains, ne la crois pas en ce qu'elle va dire ! — Mais jeparle à cette autre Thalie.

Pause-

THALIE. — Que les étoiles se cachent, que loulç voix fasse silence !Oue le soleil se couvre d'un sac !

Pour que de l'homme et de la femme prospère l'union honnie !

« Approche ta bouche plus excellente que la jonquille, ton haleine plus douce que la fleur des fèves ! »

— Non seulement celle-là ! Mais tu

Connaîtras la force de mes liens quand je dirai :

« Il faut que tu prennes mon cœur comme une pomme.

« Tourne ton visage vers moi que je voie mon époux.

« Il est temps, et tu ne me connais pas

« Non plus, encore. »

BAVON, se levant. — Que dites- vous ?

AUDE. — Laisse-moi.

Elle s'éloigne.

THALIE. — Pas plus longtemps je ne vous appartiendrai pas.

Ils gardent le silence.

THALIE. — Pas plus longtemps...

Elle fait le mouvement de s'avancer.

BAVON.— Arrêtez.

THALIE. — Comment ?

BAVON. — Jusqu'à ce que ce noir nuag-e qui l'atteint ait découvert le soleil de la nuit. Et il déjà décline.

Ils demeurent en silence.

THALIE, s approchant de Cœuvre. — Et toi, le souffriras-tu ?

CŒUVRE. — Thalie!

THAL1E. — C'est mon nom !

OEUVRE. — Voyez- vous

Sur cetle pelouse comme la part d'ombre diminue ?

THALIE. — Non !

Je ne sais pas, Gœuvre ! je ne puis pas ! Ne le

souiî'i e pas, Gœuvre !

CŒUVRE. — Femme, que me voulez-vous ?

THALIE. — Pas

« Vous » !

Qu'est-ce que jesais? Mais ne me laisse pas aller avec celui-ci, car cela est mauvais. Pour toi, prendsmoi situ le veux. Pourquoi me méprises-tu?

Elle s'étend par terre.

CŒUVRE. — La voilà donc. Certes je te regarde sans joie, chose étendue par lerre!

Ils ont dit que ton embrassement était comme le vin, tel qu'une bêche frappée par le soleil,

0 toi qui es comme le poison, comme l'application de la hache!

Opendant il faut que je me charge de ce corps accablant.

Ecoule, être chevelu !

THALIE. — Que me feras-tu ?

CŒUVRE. — Je te donnerai une robe d'épouse, je passerai mon anneau à ton doigt.

Je mettrai mes mains sur ta tête etje partagerai tes cheveux.

Dans le lit de mon amour

Je romprai les genoux de ton orgueil et tu ne te vanteras plus de la force et de ta beauté.

Je te porterai par le chemin Apre ; ne te débats point, de peur que tu ne me tues.

Tu seras comme mon honneur, et mon âme sera ton partage !

Afin que nous célébrions

Une union d'or, un mariage d'huile !

TÎÏALIE. — Oui, je le veux.

CŒUVRE. — Relève-toi.

Elle se relève.

CŒUVRE, la soulevant de terre. — O corps Pesant ! Certes il est plus lourd qu'un rouvre! — Royaume pacifique de l'Univers, je dédie! Ni le combat de tous les jours, Ni le faix, ni le piège du hasard n'empêcheront que j'emporte cette dépouille !

Il la lève un moment au-dessus de lui.

Voyez cela,

Cieux ! ô étoiles qui vous êtes allumées dans l'air blanc,

Comme quelqu'un qui couche dans une ferme entend le matin au-dessus de lui que le peuple des colombes s'est réveillé !

Et toi, Face d'or, Torche errante, avant que lu ne replonges

Dans l'eau qui sert au Jugement !

Et toi aussi ne te tiendrai-je pas comme un (lambeau? Et je marche, et c'est par toi que je suis vu. Voici

Il la lève de nouveau au-dessus de lui.

Ma chair !

C'est moi! Vous cieux, je ne vous ai pas dérobés !

Nymphes perpétuelles, Hélice, Cynosura,

Je ne me suis pas saisi d'un de ces piliers éclatants qui fixent devant les yeux en vie vos vastes corps !

Je ne montre pas rien d'autre que moi-même!

Voyez-moi en ce lieu bas !

CÉRÉAL. — Que ce lieu soit appelé Etonne ment parce que nous avons trouvé;

Médiation parce qu'elle a été établie entre l'homme et l'homme.

NICAISE. — Accorde, Cœuvre, une faveur. Ici, ravis

Par la rencontre de la face humaine, nous avons

A la vie située derrière, juré

La puissance de l'adieu. 0 très récent hier !

Plus d'un de nous s'écrie encore : 0 les roses d'harsoir !

Accorde

Que de vous, rois, nous rehaussions

La réunion de la double rangée de nos âmes.

Vous, de ce côté. Et vous, femmes., recevez avec vous

La femme illustre dans la magnificence de nos

noces.

LAURE, ci Thalle. — Viens donc.

Elles la couvrent d'un voile.

LAURENT, à Laure. — Laure, qui amènestu ?

RHEA. — Des liens ! La puissance delà jalousie.

Nous t'amenons,

Cœuvre, notre don ! Et le voile qui l'enferme défend

Que tu meurtrisses ton épouse avec un regard curieux.

PALESXE. — Nous t'agréons, présent !

RHÉA. — Voici ! nous la livrons entre vos mains.

Ils se retirent de côté, laissant CŒU- VRE et THALIE l'un devant l'autre.

Il s'approche d'elle et, lui mettant les mains sur les épaules, il touche avec la joue sa joue voilée.

CŒUVRE. — Ne tremble point, ma femme.

Elle relève son voile.

O Eloile du soir, est-ce vous ? êtes-vous donc si belle ?

THALIE, à voix basse. — O Cœuvre, salut !

CŒUVRE, la saisissant sous les bras. — Maintenant je possède une assurance

Il fixe les yeux sur elle.

Qu'Orion ne vante plus l'Oeil du chien qui le suit,

Et que l'Inde ne s'enorgueillisse plus de ses

fa ni s !

O l'autre, elle respire !

0 mérite de l'étreinte, t'ai-je acquis ?

TUA LIE, secouant la tête. — Qu'un lierre libéral environne mes tempes,

Mêlant la fleur de l'oranger à ses grappes sauvages !

Parce que tu m'as choisie entre toutes les femmes !

Parce que, vagabonde, sans nom, tu m'as rendu mon droit.

Mais Cœuvre est un couple, l'un mon époux, l'autre une femme.

CŒUVRE, — Oui raconte que l'homme meurt ? Ce n'est pas vrai !

Je te tiendrai dans mes bras comme un cheval, comme la véhémence du feu, comme la force du fer !

Oui raconte que l'homme meurt ? mais il — Thalie !

Etre, danseuse ! — persévère

Dans la vive jeunesse, nouveau

Par le cri, nouveau par l'œuvre !

— Etouffe le flambeau, et toi ! Où prospère la nuit, le temps est devenu de se taire.

BAVON. s\wançant. — Laisse la torche levée !

— Toi, souiïre-le — Adieu !

Il la baise sur l'épaule, puis se tourne vers les assistants.

Ici un coin de front, là une barbe.

La torche éclaire un vêtement, ou des cheveux, ou des yeux qui sont attentifs !

0 vous !

Et moi me voici comme un naufragé

Harassé, qni se lient en ruisselant sur la grève sous la pluie de nuit.

Je survis.

0 contenance de l'homme ! Ainsi quel serment, en murmurant les dieux,

Fondateurs de cette ville, un pêcheur, un laboureur,

Jurèrent-ils en se regardant, quand ils ont croisé les mains sur la pierre-mère ?

Mais écoutez-moi,xô gens !

A cause de cela, je te renie, ô joie! je me sépare de vous, heureux !

Que toute joie soit quatre fois maudite et tout homme qui crie sur elle : Je triomphe ! qu'il soit haï !

Mais, ô faim !

O fétidité, tu seras mon très-cher amour !

Acceptez-moi, ô vous qui êtes assis dans la plus basse demeure !

O désolation, je te baiserai au milieu de ton visage terreux !

PALESNE. — Il est temps de partir, de remarcher vers le lieu de l'épreuve.

La masse de la nuit s'éclaire. Sans doute qu'un autre jour revient.

Jusqu'à ce que le soleil couleur de foie

Aille sous la terre à l'heure qui est aimée du cheval aux trente-quatre côtes.

LAURENT. — Porteuse de torche, mène-nous. O (.œuvre, viens-tu ?

CŒUVRE. — Nous partirons seuls. Adieu. LÉON. — Adieu !

NIGAISE. - Adieu !

Ils sortent tous. - Longue pause.

QUELQU'UN, au loin. ~ Par ici, de ce côté. CŒUVRE, à Thalle. - Toi, viens. ^

Ils sortent par le côté opposé.

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