‹ Théâtre (premìere série)Chapitre 5 sur 13 · PASME · texte numérisé non relu

PASME

LE MÉCANICIEN. — Attends. Il ne faut pas aller trop vite.

SUEUR. — Il faut attendre Avare.

QUELQU'UN, dans la foule, à un autre. — Comprends-tu ce qu'ils ont dit ?

L'AUTRE. — Ho ho ! hum ! diahie !

LE PREMIER. —Eh bien!

LE SECOND. — Tout tourne. 11 me semble que je suis soûl. Cependant...

LE PREMIER. — Quoi?

LE PREMIER. —Je vois quelque chose ! Voulez que je vous dise? Il ne faut pas se lancer làdedans comme ça !

UN AUTRE. — Je vous l'ai dit, moi !

UNE FEMME. — Y en aura de plus riches, toujours.

UN AUTRE. — Faut pas y couper ! Ce bougre de Lerouge ! Et l'autre, Julot !

Les délégués parient entre eux.

Mouvement. Grand bruit de paroles.

GOUILLAUD. — Que décidez-vous ?

LE MÉCANICIEN. — Attendez. Laissez-nous nous concerter.

Les deux groupes se retirent, chacun sur un côté de la scène.

GOUILLAUD. — Eh bien !

PARPAILLE. — J'ai parlé fièrement, et en effet je me soucierais

Peu de cette populace. Mais je

Me défie... Personne ne commande ou n'obéit. Si, avant ce soir...

GOUILLAUD. — Personne ne travaille plus. Tous dans la rue

Attendent et restent là, comme des maçons qui veulent se faire embaucher.

POULET. — Oui est cet Avare dont il parle ?

POMARON. — C'est un homme dangereux. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je le connais. Sur les plus violents il exerce une sorte d'empire.

Il ne parle pas en public comme celui-là,

Pasme.

Mais il va de l'un à l'autre,

Et, pendant qu'il lui parle, il fixe les yeux sur lui, comme le paysan

Regarde le marchand qui regarde sa vache.

Entre un homme précipitamment qui s'entrct.ent avec le MÉCANICIEN elles autres.

LE MÉCANICIEN. - C'est là votre bonne foi ? I codant que vous nous lanternez ici, vous faites charger les camarades là -bas ?

PARPAILLE. — Des menaces ?

Eh bien ! je menace à mon tour! Je vous en avertis : rentrez chez vous, pendant qu'il en est temps.

Entre un autre homme qui parle vivement au MECANICIEN, en montrant un point de I horizon, puis l'autre.

Emotion dans la foule. Beaucoup s'en vont.

LE MÉCANICIEN, à mi-voix.- ]]s lâchent pied partout, bonté !

LEROUGF, - Il fait trop chaud> Et puis> a est l'heure de manger.

PETIT-MOREL. -Allone,! dites quoi que soit! Nous ferez-vous attendre long-temps ?

LEROUGE, s'avançant violemment vers lai. — ■

Vois-tu, toi, coquin !

Ph ! si je te tenais dans mes mains, Gueux !... Est-ce ainsi que tu te moques de

nous ? ^

Ho !... Cela ne durera pas comme cela. pIT-MOREL.- QUe dites-vous?

PASME, s avançant vers lui. — Ecoute ! Tu fais bien le fier !

Mais quand même vous nous prouveriez

Que nous ne sommes que de pauvres idiols ! cette révolte-ci,

Quand vous nous la sécheriez encore ! à la fin ce sera pour de vrai,

A la fin ! Mais celte fois-ci le moment est venu.

En effet, voyons s'il y a autre chose de possible ! Nous ne voulons plus ! El plutôt que de vivre

ainsi

Nous préférons ne {.lus vivre. Et vous, ô vous l Endurerez-vous que l'hiver vienne ! Renlrerezv >us à l'atelier comme cela ?

LEROUGE. — Oui ! oui !

Enavanl! en avant ! est-ce que nous allonsnous suiver au premier mot, comme des cluens,

Dès qu'on fait le geste de ramasser une pierre?

PETIT-MOREL. — Enfin, est-ce votre dernière parole ?

LE MÉCANICIEN. — Pas encore. 11 faut attendre Avare.

SUEUR. — Le voici.

Entre AVARE, suivi d'un homme qui porte un fardeau.

LE MÉ( ANICIEN. — Avare, salut !

Les voilà ! Quelle réponse faut-il que nous fassions ?

AVARE. —Celle-ci.

Je l'apporte derrière.

POULET. -Ah !ah!

Qu'est-ce là qu'il porte, comme une pièce de bœuf,

Enveloppé d'un lin ce taché de san«- 9

Mouvement d'horreur dans la foule.

AVARE. — Messieurs, approchez-vous.

PARPAILLE, avec hésitation. — Eh bien ? Nous n'attendrons pas davantage.

AVARE à l'homme qui est derrière lui. — Par terre. Dépose-le.

L'homme dépose le corps.

PETIT-MOREL. - Eh bien ?

AVARE. — C'est fini.

Il n'y aura pas de paix entre nous, mais qu'une querelle divise l'homme de l'homme, comme les chiens des loups.

Et il faudra que vous m'étrangliez, ou je vous dévorerai le ventre !

Malheur à vous, riches ! Malédiction sur vous I (Montrant le corps.) Savez-vous qu'est-ce que

cela ?

( cela,

POULET. — Je ne sais. Mais si tu as fai

Mon cœur se soulève de voir ce san°- '

AVARE. - En effet ce n'est pas la rencontre d une femme l'été.

-9«- POMARON. ~ Dis ! qui as-tu tué ? assassin ! assassin !

AVARE. — Arrachez le voile.

On enlève le linge.

POULET. — Ho !

AVARE. — Approchez. Quelqu'un de vous le reconnaît-il?

POMARON. ■■ — Ce sont des vêtements d'ouvrier. Cependant

Je ne me trompe pas. Je reconnais

Bavon de Besme.

AVARE. — Comprenez-vous

Que notre haine est irréparable comme la faiblesse de cet homme tué ?

Que toute ressemblance soit reniée entre vous et nous !

Entends-tu ? Qu'avez-vous fait de nous ? En quoi nous avez-vous servi ? A quoi vous avonsnous servi?

Pour lui, le voici couché mort au milieu de deux

races.

Ce pantin cassé

Dont la tête comme celle d'un lapin dans un marché roule par terre était l'un de vous.

Ets'élant dépouillé de tous ses biens, venant vers nous, il se vantait de ne vouloir différer en rien des autres hommes, l'insensé !

C'est ainsi que nous l'avons reçu. Reprenez-le L

Et retirez-vous. Et maintenant nous combattrons contre votre vie.

Car tant qu'existeront deux hommes etune seule chose

Propre à y jeter les mains, il n'y aura point de paix entre eux.

Ayant la force, nous nous en servirons.

PARPAILLE. — Assez. C'est bien.

PASME. — Cependant, écoutez. 0 frères ! ô ennemis !

Laissez-nous vous regarder avant que nous ne nous séparions.

Certes nous sommes nés de même. Et jusqu'au moment d'être sevrés, nous ne nous sommes pas haïs.

PARPAILLE. — Ah ! ah !

Et vous aussi, écoutez-nous, afin que vous ne vous figuriez pas

Que nous tournions contre vous des armes admiratives, racaille !

Ne pensez pas que nous soyons vos dupes, gloutons !

Vous êtes plus ignobles que nous.

C'est ici la fédération que vous méditez : une union à la manière de la sodomie, une fraternité à la manière de l'inceste.

Adieu ! vous éprouverez...

Ils sortent.

AVARE. — En avant ! en avant !

QUELQU'UN, —Que va-t-il arriver ? Cela va nous mener loin.

LE MÉCANICIEN. — Bah ! tout ira bien !

LEROUGE. — Tant pis ! Nous verrons après ! En avant !

LE PREMIER. — Je ne me sens pas de cœur à me faire tuer. Car une fois que. nous aurons rempli nos poches de leur argent...

UN AUTRE. — Eh bien ?

Chic alors ! nous ferons la fête à notre tour !

PASME. — Que dites-vous là, idiots ?

N'avez-vous pas entendu ? Qu'en aurez-vous de plus, une fois vomi ?

Mais vivant ensemble, nous voulons vivre unanimement.

Il ne faut plus de riches, c'est là le mal !

Il ne faut plus d'argent, et nous le jetterons au vent comme de la sciure de bois.

LEROUGE. — Hourra I

PASME. — Voilà, voilà

Le jour

Que notre servitude est finie, et nous vivrons tous comme des frères.

0 peuple ! ô multitude de frères ! voyez comme aux jours de spectacle public, ainsi que les hirondelles,

Ils garnissent les murs et les toits, et les arbres, et les cheminées !

S'il donne le contentement, ce n'est pas l'argent tout sec ! mais parce qu'il procure

Le service de l'homme. Combien ne vaudra pas mieux son service libre ?

Rien n'est plus doux ! et c'est comme du vin sur la tête.

C'est pourquoi chassons les fainéants d'ici ! enlevons les riches pervers !

Voix dans la foule :

C'est cela î oui !

PASME. — Car qu'y a-t-il de meilleur que l'homme ? Il n'y a point dî Dieu qui le vaille !

C'est pourquoi fondons une ville pour l'homme, Et qu'elle soit appelée Action, Justice.

Bruit au loin. Ils prêtent l'oreille, cessant d'écouter.

Car l'homme vit sur ce qu'il voit, et celui des champs de la terre.

Mais Paris, assis

Sous le ciel et le combat du soleil et de la nuée,

Comme un ouvrier en tirera la forme de son mouvement. Nous ne voyons que le ciel éternel.

Nouveau bruit.

QUELQU'UN. — C'est du côté de Grenelle.

Silence. — Rumeur vers le Nord.

SUEUR. — Entendez-vous?

QUELQU'UN. —C'est du côté des boulevards.

LEROUGE. — Hourra ! bravo ! ça commence ! Par là ! hardi ! Eu avant ! en avant ! Venez ! venez !

Ils se précipitent au dehors.

Pause.

PASME, continuant. — 11 est là !

Soit que dans une chambre plusieurs personnes qui parlaient

Se taisent, près d'une fenêtre ouverte.

Soit que, marmottant des mois de peu de sens et jetant autour d'eux des regards rapides, ils s'élancent par de mornes jardins, sous l'air.

Il sort lentement.

Entrentun PASSANTet la Femme deBAVON avec une servante.

LE PASSANT. — Par ici ! c'est de ce côté que je l'ai vu emporter.

LA S ERVANÎE, criant. — Madame, je le vois \

Ils s'apt-rochent du corps.

LE PASSANT. — C'est lui ! aidez-moi à le retourner.

LA SERVANTE. — Je n'ose pas !

LA FEMME. — Prenez-le par l'épaule.

Ils le mettent sur le dos.

LE PASSANT.— Est-ce ça ? eh bien, le reconnaissez-vous ?

LA FEMME. — Vraiment,

Je ne sais. Voyons cela, voyons !

Elle lui soulève la tète en le prenant par le nez.

— io3 —

Lui-même. C'est ainsi que je le tiens par le nez ! Khii-i !

Elle rit.

LA SERVANTE, avec un cri aigu. — Lâchez cela ! Madame ! Madame ! lâchez cela !

LE PASSANT, tàtant le corps. — Il est encore chaud, et le sang- frais lui coule par les deux narines. Je n'aurais pas cru qu'il en restât.

LA FEMME, montrant du doigt lecôté. — C'est ici qu'il a été frappé ?

LE PASSANT. — Sur le cœur même. Avec un coup terrible! Tout le sang- a sauté.

LA FEMME. — Comment cela s'est-il passé?

Pause-

LE PASSANT. — Avare... Il y a une place près d'ici, non loin de l'abattoir.

LA FEMME. — Eh bien.

LE PASSANT. — ... Où se concentrent les marchands de, loques. Et les mendiants y apportent leurs orgues à soigner.

C'est le quartier des coupeurs de poils auxdents bleues, et le mercure leur sort par la plante des pieds. Là les vieillards, comme des chats perdus, se nourrissent de fruits pourris et de boyaux.

— Ne restez pas trop longtemps ici ; il n'y fait pas bon pour vous. —

C'est ainsi qu'Avare

— io4 —

Ayant voire mari à sa gauche parlait, les yeux baissés, et étendant à peine la main.

Je ne dirai rien de lui, je ne puis pas le juger.

Il ne parle pas pour convaincre,

Mais c'est comme s'il commandait, et son discours imposant ouvre l'obstacle comme une proue.

La face rouge, la dent impérieuse! l'œil terrible du chien de garde.

Et cependant alors même que, furieux, il le fixe sur vous,

Il montre je ne sais quoi de paisible.

— Mais je ne dirai rien de lui.

C'est ainsi qu'il parlait au milieu de ces gens.

LA FEMME, montrant le corps du menton. — Et lui...

LE PASSANT. — «Que dit-il ? »

Rien. Je le voyais car j'étais près de lui. Et il se tenait sans rien dire au milieu de la foule déplorable.

Et ils l'injuriaient dans leur langage.

Et quand Avare eut fini de parler, tournant la face contre le mur, comme s'il était joyeux, il se mit à rire,

Tel que l'acacia en fleurs,

Oui bien que la cognée attaque son pied cependant murmure dans le matin.

Mais on le saisit, et lui tirant la tête en arrière, on lui arracha sa chemise.

— io5 —

Et alors un gueux trapu, comme à Bercy le tonnelier

Choisit le point juste sur la futaille, se dressant sur les pieds.

Frappa, et la poitrine craqua sous le poing-, et le sang jaillit en haut.

LA FEMME. —Enlevons-le d'ici.

Ils sortent, emportant le corps.

Entre BESML' comme un homme accable de vieillesse ; puis LIGIER le suivant à quelque distance.

LIGIER. — Où me mène-t-il ? (Besme s'asseoit sur un banc.) Il s'assied.

Silence.

Que regarde-t-il ? Le ciel est gris; la poussière tournoie.

Il va s'asseoir près de lui. — Pause.

LIGIER, touchant son frère du doigt. — Hé !

Long silence.

Besme !

BESME. — Ah ! ah I Oq...

LIGIER. — Il parle.

BESME.— Oq...

LIGIER. — Achève.

(// va se mettre devant lui.) Mais ses veux sont creux.

(// se rasseoit.) Mes paroles mugissent dans son oreille comme du veut.

Frère ! frère ! — M'entends-tu...

BESME. — Ff..

LIGIER. — Frère.

BESME le regarde en agitant les lèvres.

Frère.

Eh bien ? Maintenant me reconnais- tu ?

BESME, levant le visage. — Ah !

LIGIER. — Reviens avec moi ! reviens! entendstu ?

BESME. — Ah !

LIGIER. — Entends-tu ? Besme ! Besme !

BESME. — Ah !

LIGIER. — Ah ! ah ! hélas 1

BESME. — Ciel !

LIGIER. — Que dis-tu ? ciel ? — Je me rappelle qu'enfant, par ces journées couvertes,

Montant sur un pommier, du jardin je voyais la campagne avec ses laboureurs.

— Besme, regarde-moi ! Que regardes-tu ? Par là, c'est triste.

Des hangars de mégissiers, des maisons blanches,

une route déserte.

Silence.

BESME, à voix basse. — Ciel !

- io7 —

LIGIER. regardant du même côté. — Encore ? quoi ?

BESME meurt.

Xe regarde point le ciel livide ! Reviens avec moi, et sois un homme vivant.

11 reporte les yeux sur BESME.

Hé?

Il le touche.

Besme !

BESME tombe sur le côté.

Besme ! Besme ! Holà ! holà ! au secours !

Entre GOUILLAUD.

LIGIER. — Ho ! ho ! venez !

GOUILLAUD. — Quoi ? qu'y a-t-il ?

— Licier ! vous voilà ? que voulez-vous ?

LIGIER, montrant Besme. — Il est mort.

GOUILLAUD. — Mort ? qui ? Ah ! qui est-ce ?

LIGIER. — Besme. Isidore de Besme, mon frère.

GOUILLAUD. — Oui ? lui? Quoi ? comment ? que s'esl-il passé?

Silence.

Le corps tombe par tewe.

LIGIER. — Je l'ai cherché et trouvé. Mais au moment oùj'allais lui parler, je me suis tu.

Que le parricide ne vante plus son insomnie ! et que le poitrinaire ne me fasse pas rire

En me parlant de sa nausée à l'heure lugubre des étoiles !

J'ai vu l'homme qui s'est approché jusqu'à ce point

Où la borne humaine de l'anti-espoir porte ce mot : C'est h.

Vivant, il subsistait devant le néant, plantant en lui des jeux de fer.

« Sans doute », disais-je,

« Il mange ce que son pied heurte, et s'il tombe, c'est là qu'il dort. »

II y a un lieu près du fleuve, lupanar,

Ou hôtel ou comptoir où se vend l'eau-de-vie.

GOUILLAUD. — Je le connais. Là vitre parle: Au raisin d'or.

LIGIER. — Les vieilles prostituées s'y rassemblent quand il fait froid.

Et, le malin, des aveugles, l'orgue en bandoulière, descendent l'escalier :

Ou mangeant à la planche commune, avant de partir, ils jettent des os à leurs chiens.

Les meurtriers qu'on traque, les voleurs aux lèvres fines,

Les gens dont le métier est de ne pas manger,

Y jouent aux cartes ou causent d'affaires tout bas.

C'est là que je l'ai rencontré par ce matin ténébreux.

Qu'entendait-il ? que voyait-il ? fixant les yeux sur un avenir

Aussi noir qu'une soutane et tel qu'un trou dans le drap noir. Quel psaume

— iog —

Chanté entre les cloches et la mer à la Toussaint?

Quel concert célébré derrière les ténèbres ? Quel testament discuté sous le crépuscule de Décembre? . Mais quand midi retentit au milieu de la pluie, je le vis sortir,

Tel qu'un homme qui croit que la lune marche derrière son dos.

Et devant moi, avec des g-estes caducs, il remontait la rue ruisselante, telle qu'en cesjours le brouillard submerg-e la ville.

Maintenant ne dis point qu'il est mort de luimême.

Il gît ici, tué comme par des mains.

GOUILLAUD. — Que racontes lu ?

^ LIGIER, regardant le corps. — S'il vit encore, c'est dans une région où les pieds ne servent pas. GOUILLAUD. — Que ferons-nous de lui ?

LIGIER. — Laissez. Qu'est-ce qu'un mort ? qu'il reste par terre sans usage.

J'ause.

LIGIER. — Cependant, que se passe-t-il? eh bien? cette entrevue. — Eh bien ?

GOUILLAUD. — Eh bien ! c'est fini ! La guerre, voilà.

LIGIER. — Oui?

GOUILLAUD. - Ces gens ingénieux

"Veulent être tout seuls à se... sans doute par crainte que nous ne moquions d'eux, à se...

Bruit au loin.

Entendez-vous?

Je ne pense pas que nous ayons le dessus. Un membre de ganache ne nous défend qu'avec un sabre accessoire.

Entre précipitamment RUi-UN.

GOUILLAUD, appelant. — Rufinl ici 1

RUFIN, s' arrêtant. — Eh ? Est-ce vous, Gouillaud ?

GOUILLAUD. — Un mot.

RUFIN. — Laissez-moi. Je n'ai pas le temps. GOUILLAUD. — Au moins me direz-vous si je puis rentrer chez moi.

RUFIN. — Chez vous? Où ça, chez vous? Il n'y a plus de chez soi et de chez vous.

'Mais tout le monde y passe comme dans la rue. Et on arrache les fenêtres : on fout la porte en bas, on jette la table et le lit dans la cour. GOUILLAUD. — Comment ?

RUFIN. — Venez ! venez avec moi ! et vous verrez des gens

Mettre leurs meubles en tas et y ficher le feu ! Chacun plante tout là et il s'en va avec les autres. Il n'y a plus de rues, mais c'est comme un grouillement.

Tous les âges ! toutes les classes ! tous les métiers !

Rumeur au loin.

Entendez-vous ? ça houle ! ça fait m m m ! un bruit comme l'eau qui bout.

Et la force qu'ils nous opposent, les hommes

Entendent la voix humaine et ils sont frappés d'étourdissement.

Paris est un champ de bataille fermé qu'il nous suffit pour gagner de le remplir.

La terre tremble. Violente explosion. Ils sont tous jetés par terre.

Entre en courant LONGl OREILLE.

LONGUOREILLE, à Bufin, qui se relève. — Rufin ! que fais-tu ici? Vite ! va !

RUFIN. — Qu'est-ce qui vient de sauter?

LONGUOREILLE. - Je ne sais pas ! Va ! va !

Sort RUFIN.

GOUILLAUD. — Qu'y a-t-il ?

LONGUOREILLE. — Est-ce vous, Gouillaud?

Cela va bien ! cela va bien !

GOUILLAUD. — Qu'y a-t-il ?

LONGUOREILLE. — Chut!

Il écoute. Cis faiblement entendus au loin. Lueurs d'incendie vers la gauche.

GOUILLAUD. — Là i Là!

L1GIER. — Regardez !

LONGUOREILLE. - Je sais. (Se frottant les

— na —

mains.) Ça va ! ça va ! A présent voici le vacarme et le pet ! A la longue ils s'ennuyaient de ne rien

faire.

Je vous dis que cette foule, se voyant la plus forte, devient furieuse.

Dites donc ! cela va être amusant ! Pour moi, voilà ce que je crie : Vive moi ! hourra !

Venez-vous avec nous ?

-LIGIER. — Pas avec vous, Ni avec eux.

Qu'ils s'engagent sous les étendards du gibet 1 partout où conduit l'extravagante trompette !

LONGUOREILLE. — Je sais que c'est ici une voix inconnue, j'y entrerai hardiment !

Et si c'est la fin de tout, tant mieux ! Que le Lapon gras, que le magicien hideux,

Tire le sabre qui fascine le soleil, qui fait fondre la lune comme de la crème !

Est-ce que tu ne vois pas des signes ? L'année...

Dirais-je l'année ? elle n'est plus, et les saisons éparses se réclament l'une à l'autre le chemin.

Des mugissements sont entendus sous les places publiques; des hommes dans le ciel forgent au feu

de la Lune.

La nuit change ; et le ciel nouveau se pavoise de signes menaçants.

LIGIER. — Et cependant la prostituée et l'homme qui dit qu'il sait tout

— u3 — Avec un ris impudent bravent l'austère lumière.

Humeur au loin.

GOUILLAUD. — Vraiment est-ce que... ?

LONGUOREILLE. — Toute la masse humaine se soulève 1

Et seule la Mélancolie lève ses armes de l'autre côté.

Mais venez avec moi, Gouillaud. Pourquoi pas ?

GOUILLAUD. — Tiens, c'est vrai ! Puisque je n'ai plus rien, ma foi !

Allons-y. Allons-y, mon vieux ! hourra !

Il jette son chnpeau en l'air^

LONGUOREILLE. — Venez-vous, Ligier ?

LIGIER. — Vraiment,

Non. Je craindrais de manquer d'entrain.

GOUILLAUD. — Pas du tout ! Venez, ce sera

rigolo !

Tocsin au Nord.

LONGUOREILLE. — Voilà le signal ! venez ! venez !

GOUILLAUD. — En avant, mon vieux ! en avant, mon vieux.

Ils sortent. — Silence.

LIGIER, seul. — ... la chose. Voilà

Loi:; silence.

La chose. {Il frissonne.) J'ai froid ! Voilà lèvent qui se lève. Ce ciel est gris !

— La vérité

Existe. —

Comment? quelqu'un se vantera-t-il qu'à partir de celui-ci de ses ongles rongé, elle ait reçu son nom ?

L'appellera-t-on douteuse ? Endure-t-elle naissance ?

— Où ? chez quelles gens vivais-je ?

Quand même, comme un géant, me levant avec quatre corps,

Je tournerais quatre faces contre l'origine des brises, elles ne suffiraient pas à ma stupéfaction !

Car à peine du champ de l'erreur

Juillet est-il enlevé qu'ils y renouvellent le

Us rient, et nommant mystère un trou> ils disent paternelle l'inertie même.

— Au contraire elle est antique. Et le soleil persévère dans sa vertu. Et chaque chose jouit de son sens pour toujours.

Et le grain de blé produit des moissons inépuisables.

— Je crains j'ai peur ! Mon désir est de

mettre la face sur la terre. — Ah !

Il sort lentement. — Bruit rapproché. — Violentes clameurs.

Entrent plusieurs personnes qui se rencontrent comme affolées.

LE PREMIER. — Ah ! ah !

LE SECOND. — Où ? où ?

LE TROISIÈME. — Là ! !à ! par là !

Violentes clameurs. — Ils se précipitent au dehors par divers côtés.

La scène demeure déserte. Les clameurs s'éloignent. Le soleil se couche dans le ciel brouillé. Eclairs de chaleur au-dessus de la montagne de Méuilmomaat.

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