‹ Théâtre (premìere série)Chapitre 7 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

PALFER. — Eh bien?

CŒURDOURS. — Eli bien, tout est fini.

LONGUOREÏLLE. — Vrai !

CŒURDOURS. — Avare

N'a pas menti. Tout ce qu'il a promis, il le lient.

Qu'allons- nous faire maintenant ?

GRAILLARD. — Faisons une race d'hommes, et que tous les autres soient nos esclaves.

CŒURDOURS. — Pal fer, j'ai à vous parler.

Ils s'éloignent causant entre eux. — Mouvement parmi les prisonniers.

GRAILLARD. — Silence !

Les prisonniers poussent des cris.

LONGUOREÏLLE. — Silence ! — Frappe-les,

soldat !

El s'ils ne se taisent pas, n'aie pas peur, tire sur eux !

Rou ! bou ! Vrai, ils crient comme des chiens ! — Silence, bon sens !

LE SOLDAT. — Silence !

Il les frappe à coups de crosse.

CŒURDOURS revenant et s'avançaiit vers IVORS, qui se tient à l'écart.

IVORS. — 0 Cœurdours !

CŒURDOURS. — Eh bien?

IVORS. — Sommes-nous encore vivants ?

CŒURDOURS. -Olvors !

G II A ILLARD. — C'est vrai ! Avons-nous traversé tout cela ! Beaucoup d'entre nous sont morts.

1VORS. — Donne-moi la main, et toi. Ho !

Ils se serrent les mains.

GRAILLARD. — Ha ! mon vieux ! quelles années !

PALFER. — Certes ! L'horreur... je ne dis pas cela; la précaution comme quelqu'un qui marche sur un mur.

Dix ans ! nous avons vécu à la distance de la langue tendue avec

Les lèvres gelées de la mort !

CŒURDOURS. — Appelons cela la crainte.

Mais ce monde a trouvé le moyen de se diffamer. L'homme a inventé...

Il nous faut être les plus forts.

IVORS. — 0 amis !

Ainsi, nous subsistons ! Je me rappelle tout depuis le commencement !

La misère s'est à elle-même déplu.

CŒURDOURS.— Qui a eu du sens sinon nous? Hourra, Avare !

L'homme a vaincu au nom de l'homme et la tyrannie s'est retirée de dessus nous.

IYORS. — En ces jours l'humanité a fait un cri :

Vous avez vu 1 comme si, le frein de l'alphabet

étant ôté, de labouche incohérente sortait la forme d'un vœu.

Clameur, exiguë à l'oreille des dieux, comme l'enfant qui ne sachant plus fait : e e.

Et dès lors, ce fut la tempête et le mélange, comme les eaux.

Quand le long des côtes sous le vent infatigable, le soleil de fer

Eclaire les havres et les hippodromes !

Et la force fit les factions. Et pour nous bientôt nous nous établîmes sous Avare.

C'est là que l'univers cherchait,

Et ne trouvait plus la paix que dans son cœur, et un ordre que dans sa tribu.

Et lui, il flottait dessus, comme l'alcyon sur son nid.

PALFER. — Chef du peuple, berger de la guerre !

IVORS. — Guerre sur guerre ! La fureur invoque la fureur, et voici

Que tandis qu'ils se déchiraient, ils entendirent

Comme des gémissements des glaçons ou le cri des pierres à chaux dans la fournaise,

Un craquement dans les régions barbares, un bruit vers les forêts, vers la terre plate qu'arrose le nonchalant Borysthène.

A cause de la faim

La débâcle chez les peuples, et voici que chez nous entre l'invasion d'hommes !

Nous fûmes plus forts ! Trois fois s'éleva cet enfant panique de l'Est,

Et trois fois, comme un taureau, mélangés à son mugissement, nous le rejetâmes de l'autre côté?

Malgré le Taunus bleu et l'ordre du Hariz, maître de la Forge.

— Mais pour ce qu'ils firent chez eux,

Les fous !

Le cœur caille et la langue désespérée refuse de la raconter.

Notre dernière entreprise fut un combat contre un homme fou !

Violence, dépopulation 1 comme si la nue sur un lieu habité

Avait bruiné des lions ! ou que le mot VJE

Eût été lu, inscrit au milieu de la Lune ! sujet de comédies pour le truculent Enfer !

Et enfin nous avons mis le genou sur le spasme, lui cueillant la langue au milieu de ses mâchoires écumantes,

Et le cœur frénétique est au milieu de nos doigts.

GŒURDOURS. — Nous les tenons et ils ne bougeront pas. Mais ce qui commande maintenant',

Ce sont des hommes vivants, et non plus le cauchemar et l'idée !

LONGUOREILLE. —Quelle convulsion ! quelle dernière bataille dans Paris !

PALFER. — Où est l'Opéra ?

GRAILLARD, montrant un point. — Ici.

PALFER. — Ah bah !

GRAILLARD. — Là-bas, près de cette espèce de château.

LONGUOREILLE. — Ces quartiers dallés de

ventres

Ont été rincés comme par un vent, et l'endroit où il y a eu un théâtre

Sent comme un rat crevé sous un parquet.

Entre AVARE.

IVORS. — Le voici. Ne fixez pas les yeux sur lui. Il n'aime pas qu'on le regarde.

AVARE. — Je vous salue, Messieurs.

IVORS. — Avare, salut !

Pause.

AVARE. — Hum ! quoi de nouveau ?

IVORS, avec hésitation. — Cœurdours...

AVARE. — Est-ce que tout est fini ?

— C'est bon, je le sais. {Montrant Paris.) Ah ! ah !

Voyez I n'est-ce pas un spectacle agréable, Messieurs ?

Telle est cette « étape du progrès ». Voyons !

One reste-t-il à inventer ?

One le savant confondu mâchonne son oreille de baudet !

Que le philosophe songe là-dessus comme une poule qui s'épluche le croupion !

— Idiots, pourquoi me regardez-vous ainsi ?

LONGUOKE1LLE. — Nous ne vous regardons pas.

AVARE. — Certes, je ne m'en cacherai pas, je suis satisfait !

0 ville !

Longtemps, un homme entre les hommes et tel qu'un rien, j'ai heurté les trottoirs d'un lourd soulier !

Et maintenant je suis là ; et toi, telle qu'une chose vieille, tu perds tes pierres.

Ah! ah ! je te baise, ô brise !

Ces murs croulants,

Ces planchers qui pendent, ces poutres tordues, ce sont les loques de mon lien !

Je vois. A cause de cela mon cœur se soulève comme un trône !

Et certes, si j'avais écouté ma passion plus que la justice, j'aurais rendu

Toute réunion d'hommes exeptionnelle, livrant le monde aux pas-d'âne 1

Cela est bien.

Mais maintenant je dis : c'est bien !

— (Montrant les prisonniers.) Oui sont ceux-ci?

GRAILLARD. — Ceux-là ? nous les tuerons. Ce sont ceux qui ne plieraient pas facilement sous la main.

Tout le reste est esclave. Et ils se cachent dans les pierres comme des bêtes.

AVARE, regardant Pasme. — Et qui est celui-ci ?

(// le regarde.) Est-ce toi, Pasme ?

LE SOLDAT. — Réponds !

Il !e frappe. — Tous rient.

GRAILLARD. —Regarde! voilà la ville! voilà le royaume !

— Il ne répondra pas. Il n'entend point ce qu'on dit. Mais tel qu'une bête prise, ou tel qu'un dieu, Protée,

Ou mâle des Sirènes, ramené par l'ancre il reste hagard.

Mais parfois, gonflant les joues, il se tend en bas

Comme pour mugir, et il ne fait rien entendre.

AVARE. — Je le connais. C'était mon compagnon, et il parlait mieux que moi.

Et beaucoup discouraient alors. Mais le soldat Aigle, mangeur d'os,

Méprise le conte du petit oiseau, la parole du piquemouron.

.le l'ai vu ici, quand les parois des rues se tenaient droites, prêcher. Dans les tavernes, sur les trottoirs.

Certes le bouillon prophétique l'emplit,

Comme l'oracle grossier des fontaines ou d'une pierre posée entre quatre sapins,

Et la multitude attendrie, quand il parlait,

Considérait sa bouche comme la porte d'un jardin.

— Maintenant, adjure ! Contre ce décomhre, tourne le sceau de la face.

Ne comprends-tu pas

Qu'une justice parfaite pour chacun, c'est qu'il s'approprie

Tout le reste? Nous l'avons fait.

GRAILLARD. — Entends-tu? Crie un peu afin que nous nous moquions de toi, {Il le frappe au visage.) Pleure !

CŒURDOURS. — Invoque la Justice avare !

GRAILLARD. — Ils ont fini, à cause de la jalousie, par dire :

Il faut que quelqu'un commande dans le ménage.

Quelqu'un s'est assis à celte table de gourmands et voici qu'il a jeté les mains sur les plats.

Vois-tu ce poing-, Pasme ? (// le lui met sous le nez.) Maintenant, c'est comme si, usant mal de la bouche,

Tu ne t'en étais servi que pour faire Meuhè-è !

Je me servirai de toi pour cracher dessus !

Il crache sur lui. Ils le regardent tous en riant.

IVORS. — Avsre, quelles sont vos volontés ? AVARE. —0 ville !

IVORS. — Parlez, car nous dépendons de

vous.

— ia5 —

AVARE. — Laissez-moi ! Je vois, et je ne puis me rassasier ! Je t'ai détruit, cité !

IVORS.— Quand tous les hommes se mettraient ensemble, ils n'en ont pas

Plus de droits contre un seul.

Pause.

AVARE. — C'est quand j'ai été blessé. J'ai rêvé d'un rêve, une nuit qu'il y avait de la neige. Oui, à la Saint-Nicolas.

Je vous le dis, je me voyais dormir par terre, et c'était je ne sais où, avec la mer et son bruit, comme celui d'une vache qui broute.

C'était bien moi et je me voyais. Et j'étais tourmenté par beaucoup de soins, tels que ceux d'un chef de guerre,

Car il a besoin d'attention, comme un homme menacé de mort.

Et comme accablé, il ne pouvait achever ce qu'il pensait, et des larmes coulaient le long- de mon nez.

Une voix est entendue de l'espace inoccupé, comme celui

Qui, endormi près d'un malade, entend un soupir et se réveille : Avare, mon nom, Et je voulais répondre, crier, Et gravir le cheval terrible pour chasser les hommes devant moi

A coups de fouet, pour évenlrer les villes comme des fourmilières 1

Mais j'étais lourd comme du fer, et je restais sur le sable, sans rien dire.

De nouveau : Avare ! Une troisième fois :

Avare ! tel qu'un mot fait avec une bouche non sonore.

— Que signifie cela ? quelle ruse de devin explorera celte énigme avec un doigt âgé ?

(A hors.) Que dis-tu, mon fils ?

IVORS. — Je ne saurais.

A VA \\ E. — La fin. Je me coucherai avec Sésostris. Je m'en vais avec les choses passées. Or, adieu. Je pars, je sors d'ici.

GRAILLARD. — Que dis-tu ? quoi ! Tu ne vas pas partir, Avare, lu ne vas pas nous laisser...

CŒURDOURS. — Ainsi, laisser ainsi ton

armée sans jugement et sans auspices ?

AVARE. — Ce que je vous ai promis, je l'ai tenu. J'ai tzardé vos femmes et vos enfants.

Et je vous ai établis dans la solidité de la paix, faisant prévaloir par la force l'homme sage.

Maintenant, restez unis, comme les parties d'une doctrine, comme un homme sous la peau !

Ecoute, roi Palfer, roi Graillard ! et toi, mon fils Ivors !

Ne vous souvenez plus d'Avare, il n'est plus. — Que le respect entre dans vos âmes farouches !

Et souvenez-vous de la Justice envers ceux-ci.

Ef. s'il vous plaît de mettre à celui-ci de l'or sur la tête, voyez !

II regarde affectueusement IVORS.

Vous avez vu ces années ! Qu'aucun de vous désormais ne soit si perdu qu'il se laisse séduire Par la voix semblable de l'homme inconsidéré ! — En outre, voici ce que je crie t

CŒURDOURS. — Où jettes-tu le regard ?

AVARE. — Malédiction sur l'homme,

Et sur toute œuvre de l'homme !

Parce qu'il fait le mensonge,

Murant les yeux avec la chose qui n'est pas.

Et moi, je l'ai détruite sous mes pieds. Du moins,

Que ce décombre ait de l'autorité et que la puanteur vive !

LOXGUOREILLE. — Avare, ne partez point !

PAIFER. — Eh quoi !

GRA ILLARD. — Ne pars pas ! reste avec nous !

AVARE. — Au commencement j'ai aime d'être libre.

Et je pensais aussi que ce n'était pas là des choses méprisables :

L'embrassement de la bien-aimée, pareil à un combat contre un cygne !

La joie d'agir fortement, et desavoir, et de tenir avec de puissantes mains,

Ou le repos dans le plantureux automne entre la femme et l'enfant.

Mais, maintenant, je suis comme quelqu'un

Oui revient de l'enterrement à qui on dit de manger.

C'est pourquoi je sortirai de l'épée. (// Côte.) Prends-la, Ivors ! Je le la donne.

— Adieu ! Avec rien de ce qui est vivant, je ne veux plus de communauté.

Pas plus qu'une licorne vierge, je ne supporterai le poids de la main.

Mais je brame vers la tranquillité! Même je crierais, s'il convenait à la gravité virile de se relâcher

Jusqu'à une expansion indécente.

Je ne demeurerai point davantage. Là où la voix soit entendue de nouveau,

C'est là que j'irai. Bord d'étang ou fos«e sous les hêtres d'où les Porteuses-de-semences avec leur serpillière nouée

Se sontséparées vers divers points.

Il.s'éloigne.

IVORS. —Avare!

GRAILLARD. — Pars-tu ainsi? Tout seul, te livres-tu ainsi,... Avare !

AVARE. — Hé ?

Il sort.

LONGUOREILLE. — Non !

PALFER. — Nous voilà seuls!

II a été

Notre tout. Maintenant il n'est plus là.

CŒUHDOURS. — Il faut écouter ce qu'il a dit.

UN OFFICIER. — Bon ! et que faisons-nous pour l'heure ? Voyons s'il y a rien à bouffer., quelquel part !

GRAILLARD. — C'est une idée ! j'ai faiii), j'ai faim ! Allons manger ; qu'en dites-vous?

L'OFFICIER. — Pah ! N'êtes- vous pas laa Y .IVî plutôt envie de dormir.

CŒURDOURS. — Il faut que quelqu'un rssUî

IVORS. — Moi, je resterai.

L'OFFICIER. — Un étourdissement. Un goût fade, comme quelqu'un qui entre dans une cave. Hha-ka hha-ka ! (77 crache.)

Ils sortent, sauf IVORS et quelques a->tr*e.

IVORS, se tournant vers Pasme. — Homme de là ville! A présent, que cries-tu ? esclave, esclave'

Eue-de-Justice

N'enorgueillit pas les collines, une cité non pas de pierres, mais d'hommes!

Ce que tu voulais n'était pas clair: car que peuvent se donner

Deux choses semblables l'une à l'autre ?

Bruit de cloches, soudain. Ils écoutent avec stupéfaction.

PREMIER. —Hé?

Ils écoutent.

IVORS. — Qu'est-ce que cela ?

DEUXI ÈME. — C'est à Notre-Dame qu'on sonne, Mais c'est la messe !

PREMIER.— Quoi ? Quelle messe?

DEUXIÈME. — Mais... Oui !

Aujourd'hui, c'est Pâques!

TROISIÈME. — Hein ?

Est-ce que cette vieille religion demeure encore?

DEUXIÈME. — Ils subsistent au-dessous.

IVORS. — L'avoine pousse dans les bénitiers et l'ortie déborde des tabernacles.

On ne sait pas ce que c'est devenu. On ne sait même pas s'il y a un pape : ils n'ont plus de vieillard, depuis que le dernier

A refermé ses vieux yeux où se sont reflétés beaucoup de cierges,

Tels qu'une page fraîche sous la lampe.

QUATRIÈME. — Notre-Dame est fort -gâtée.

Mais les tours sont restées avec les cloches.

TROISIÈME. — Une répugnante superstition 1

Ils adorent une sorte d'insensé,

Qui a été mis à mort, il y a longtemps.

CINQUIÈME. — Les vitraux sont cassés. Ca ne fait rien. Je suis entré là-dedans autrefois.

Ils écoutent encore. — Les cloches se taisent.

LE PREMIER. — Maintenant, de nouveau c'est le printemps ! et voici la pleine matinée.

Oui, et d'où nous sommes on voit les champs.

C'est le moment que l'aigre agriculteur excite le bœuf et le cheval, son frère :

Car il est temps ! Il faut se hâter de faire les Mars.

Et le soleil, comme un petit enfant à quatre pattes

Qui joue des yeux avec les broderies d'une robe d'or,

Tout épanoui se regarde dans les fleuves débordés.

IVORS. — Ah 1 doux dieu i menteur !

Où nous entraînes-tu, comme quelqu'un qui chante,

Sur l'éblouissante chaussée avec un fil splendide ?

— Comme tu dissipes les nuages, roi Indra ! Halle du ciel !

Au milieu des hommes vieillissants poussant un cri immortel I

Cependant, c'est le doux matin ! Et s'achève la majestueuse journée !

Jusqu'à ce que,

Hissant le foc, Daï-Kokou, avec les Compagnonsde-la-Bonne-Fortune,

Vers la marche opulente des dieux redirige sa barque surchargée,

Et que le soleil, retentissant comme le cri de l'âne, s'enfonce

Derrière les terrasses du ciel !

Silence. — Les prisonniers poussent des gémissements.

PASME, criant tout à coup. — Ah 1

LE PREMIER. — Eh bien ?

PASME, criant de nouveau. — Ah !

LE TROISIÈME. — Eh bien ! voici ! veux-tu te taire ! {Il le frappe.)

PASME, criant.— 0 ville !

LE SECOND. — Laisse-le ! Ecoute un peu. Cela nous amusera.

Vas-y 1 crie à gueule pourfendue !

PASME, criant. — 0 ville !

LE TROISIÈME. - Mais oui, c'est elle ! Regarde, mon vieux ! Regarde, ça, mufle !

PASME, criant. — 0 ville !

LE SECOND. — Encore ! Certes, il crie aigrement !

PASME, se secouant avec fureur. — Tuez-moi 1 Fils de putains ! déliez-moi les mains, afinque, m'ôtanl les jeux, Je m'enfonce les pouces dans la cervelle !

LE TROISIÈME, riant aux éclats. — Ah ! ah ! ah!

PASME. — Pourquoi suis-je né ? Je n'ai pas demandé à voir !

Et ce monde

Absurde continuera ? Ils vivent et meurent ! LE TROISIÈME, se moquant. — Ho !

PASME, criant. — Ho !

LE TROISIÈME, de nouveau. — Ho !

PASME. — Ho !

LE PREMIER. — A quoi bon ?

Quand même

Tu remplirais l'air eaverneux, comme la cloche qui roule en gueulant !

PASME, baissant la tête. — Cependant je ne me suis pas Trompé.

LE TROISIÈME. — Trompé, homme du pieu ?

PASME. — En quoi me suis-je trompé ? Je ne me suis pas Trompé !

LE SECOND. -Han! han t Geins f rumine .' tords-toi

Dans l'excès delà méditation, comme le sarment sur le feu !

PASME. —L'homme vit 1 LE SECOND. — Il vit ?

PASME. — Parce qu'il est hors De moi, je le posséderai, Lui, l'homme heureux, emblème de la joie ! C'est pourquoi

J'ai dit : Formons une ville et qu'elle existe comme une fête ! Et que le Signe du Soleil, fierté

de l'hiver, } , .

Ou Orion ■ de-la-nuit, quand il se retire, s écrie : Que tes portiques sont beaux !

Cela a été

En v;iin ! Et cependant en quoi me suis-je Trompé ? Car, qui existe que l'homme? Et il meurt.

LE PREMIER. — Regarde ! voilà le champ et la ruine.

PASME, criant. - Je blasphémerai contre les Quatre Vents ! Je flétrirai le pli de la mamelle de la Terre avec une malédiction ! Entends-tu, Père Giel ?

Jusqu'à ce que la nue excédée me lapide ! Viens,

désordre !

' Que le cauchemar soit mon éternité ! et qu un Vampire au cap de poulain

Ancrant ses ongles dans ma poitrine exhale vers le lieu sans espace un cri infâme !

Pour vous, vous êtes satisfaits, stupides".

' LE TROISIÈME. — Qu'est-ce qu'il dit ? LE PREMIER. — H est vrai, compagnons...

LE SECOND. — Ne sommes-nous pas les maîtres ? Je vivrai en joie sous le soleil.

IVORS. — Il faudrait trouver d'autres plaisirs. Les miens me sont déjà connus.

PASME. —H y a...

IVORS. — Ecoutez.

PASME. — Peut-être qu'une autre

Vie

Existe, et je l'ai connue,

Tel qu'un homme qui, chassé hors de son lit par le cri d'un rêve, avec des cils empêtrés de la résine du sommeil

Derrière la vitre considère

L'immense flamboiement de la nuit avare!

Or, qui sait ce que c'est! Mais toi,

Tu ne m'as point satisfait, Azur! Ni toi, soleil, terre magnifique !

C'est pourquoi, sacrifiant à l'homme, j'ai rendu la face contre son scapulaire.

Mais voilà qu'il m'a trompé.

IVORS. — Ils sont comme des moutons devant la crèche ! Leurs paroles comme le pépiement des oiseaux,

Quand ils se couchent dans les arbres en hiver.

LE PREMIER. — Tu useras mieux du grésil ! Tu tireras mieux sur la chemin

Le reflet d'une agitation de feuilles dans l'eau.

PASME. — Tout autre mange son pain et se satisfait ainsi. Et moi, ne serai-je pas satisfait?,

A cause de cela l'indignation me fera bouger le cœur comme une tête i Si tout ce qui m'entoure Est mensonge, je maudis!

Je te renoncerai, forteresse Titanique de la lumière !

Feu ! maladie des ténèbres profondes !

LE TROISIÈME. — L'écume lui coule ! Taistoi, fi de garce!

PASME, criant vers la terre. — Ecoutez-moi, En bas ! Je crie vers l'inférieure tristesse que parcourent les fleuves impies formés non d'eau, mais de mânes 1

Mal ! je tends vers toi avec un cri, plus puissamment

Qu'on dit que l'Ange hérésiarque Ne se précipita vers le supplice comme une pierre !

Fille du Lac! casse la glace avec ton sabot d'âne, Et trempe le suaire dans l'eau morte, et je mettrai le visage dans ton tablier !

LE TROISIÈME. — Ne te tairas-tu point, mauvais ?

LE SECOND. — Pourquoi Avare est-il parti ? En somme... il est possible...

IVORS. — Vainqueurs, que faire?

Eotreot THYHSÉE et GÉRIX-SIX-DOIGTS.

GÉRIN. — Eh bien ! et ici, que se passe-t-il ?

IVORS. — Comment? que se passe-t-il donc ailleurs?

LE SECOND. - Cela ne va pas bien.

Est-ce l'étonnement, ou la fatigue de ne plus rien faire ? Nous ne sentons point d'allégresse î

GÉRIN. — Pschl

Chassez fort vite cette humeur! Rappelezvous !

Le gosier sec comme le zinc, la station

Sous la neige accablante et le sel du froid, quand la Chèvre dévoilait le pôle,

La désolation de la marche et le combat sans espérance,

Exigent que présentement

Nous jouissions avec force d'une tranquillité triomphale !

Mais bon ! — Vous allez rire ! Ecoutez ce que je viens d'apprendre. — Vous l'avez vu,

De votre côté, Thyrsée! Ces gens d'ici

Ont eu ce qui leur revenait.

Mais à cause de ce que j'ai vu, l'opinion luttant avec l'ail de la pitié,

L'éternument me flatte, l'indulgence me conduit au pleur. — Hi ! hi !

THYRSÉE. — C'est ici le moment attendu de plusieurs

Que quelqu'un arrive disant : Il est venu.

GÉRIN. — Qu — oi ?

Je ne suis pas un grand sage. Mais pour moi, voici ce que je pense :

Les hommes pourrissent comme la paille et ils tombent sous la faux à pleines javelles.

Mais ceux qui ne craignent point la Mort

La vainquent, et quelqu'un des dieux saisit leur âme par les cheveux, et il la sépare du corps avec son épée, comme un drap qu'on coupe en deux.

Et ils boivent le vin à leur table, et ils marchent casqués dans le vent.

C'est leurcheminée flamboyante

Qu'on voit, par-dessus les nues noires, quand, revenant de la bataille, tous nus, ils fument devant comme des chiens !

Puissé-je mourir comme un dogue sous une roue, et rendre mon âme avec mon sang sombre !

IVORS. — Il ne s'agit pas de cela.

GÉRIN. — C'est juste. Mais hein? Dites donc ?

Vous avez connu ces derniers temps ! et que les gens exquis,

Avec une ironie qui fait fondre en eau les coins de la bouche,

Repoussant la grossièreté et exilant

Avec les vieilles femmes et les becs-de-lièvre l'objet de mystère et d'alliance, se réservèrent

Le culte du Parfum et la dévotion de soi-même suave 1

— îâg —

Pour nous, cochons, nous triomphions dans la ripaille !

Dès lors, n'est-ce pas ? le Passé

Nous devint ennuyeux comme les cloches de vêpres à l'instant du café. Et,

Puisqu'ils l'appellent ainsi, la Religion

Est devenue ridicule comme une poule.

LE PREMIER. — Eh bien ?

GÉRIN. — Même le coiffeur spirituel

Se tait, comme s'il avait une brique sur la langue.

Le bavard

Cligne des yeux, comme un homme menacé de la danse de Saint-Guy.

Et le reste dont tout le vœu

Est de demeurer chaud subsiste dans la stupéfaction.

THYRSÉE. — Ils errent au hasard.

GERIN. — Sans table, sans maison !

Et voilà que les plus vieilles femmes font leurs prières, et les autres se mettent avec elles.

Et les hommes s'amassent autour et les regardent.

Qu'une masure sacréesubsiste ou le porche d'une ruine, ils s'attroupent au devant.

THYRSÉE. — Mais moi, j'ai vu...

GÉRIN. — Je sais. J'ai entendu parler de celui que tu dis.

THYRSÉE. — Nous sommes entrés ici au commencement de la semaine parmi des feux immenses.

Et elle a continué jusqu'aujourd'hui, le septième jour, Dimanche.

Il est appelé Pâques ; cette semaine, Semaine Sainte, où la mort et la vie font une vicissitude sacrée.

Ce peuple de fous médite maintenant la bouchée de cendre et le siège de la destruction.

C'est la grenouillequiavoulu se faire aussi grosse que le Ciel.

Car l'homme ne s'est pas fait lui-même. Ils

savent...

LE SECOND. — Quel est ce discours 1

LE TROISIÈME. — Qu'est-ce qu'il dit ?

GÉRIN. — Qu'est-ce qu'il dit? qu'est-ce qu'ils savent ?

THYRSÉE. —Je parlerai selon ce que je pense. — Cependant je suis troublé. Il est sûr

Que nous avons

Reçu. Mais

Quoi ? que le pouvoir de demander.

Et maintenant qu'ils n'ont plus assez de langue pour le refus,

Voilà qu'un messager

Est venu, comme Noël envoie chez les pauvres,

pour savoir de combien doit s'ouvrir la main pesante,

Il marche sur ce domaine de l'homme, celte terre non terre, impropre au germe et inutile à la pluie.

GERIN. — Parles-tu de cet homme, ce prêtre ?

THYRSÉE. — Je l'ai vu ! je l'ai suivi !

Car dans la foule, ou caché derrière les palissades et les pans de murs, je craignais qu'il ne m'aperçut.

Il s'avance dans les quartiers horribles.

Il parle parmi la foule, tandis que les maigres petits enfants lui tiennent les jambes.

Ce n'est pas un homme pour que son placide visage fasse voir

La qualité parfaite de l'Attention.

Je vous le dis,

Les malades guérissent à le regarder.

GÉRIN. — Ah ! ah ! que raconte-t-il ? Je m'en vais ! Adieu I

Il sort.

THYRSEE. — Vous me croirez ou non. Il ressuscite les morts.

LE PREMIER. — Ah ça ! que dis-tu donc ? qui est-ce ?

THYRSÉE. — Va, et tu le verras.

Car là-bas, après qu'il eut p:irlé longuement, il a donné ce signe, c'est que,

Dans un recoin plein de sang et d'urine, il a fait naître des fleurs

Plus admirables que le Japon ne loue l'amaryllis,

Ou que l'Inde à ses apsâras, près de qui tout amour ressemble au soin morose du poisson, n'a enfanté une comparaison de lotus.

Roi ! ange ! prêtre ! législateur !

Non moins queMelchisédech autrefois, tel qu'un prêtre avant la messe, ne parcourut la terre récente.

Car plus exactement que l'homme injuste ne garde les frontières de son droit,

Fixant les divisions des fleuves, et des races, et des troupeaux...

Une grande foule pénètre sur la scène, et se répand timidement sur les côtés. — Entre L'ÉTRANGER. — Le groupe qui occupait le milieu de la scène recule.

Pause.

IVORS, s avançant. — Qui vient ici ?

Tu portes l'étole comme un prêtre.

Sans doute que tu n'es qu'un de nous. Cependant

Ne me tue pas ! Peut-être que je te parais impur.

Pause.

L'ÉTRANGER. — 0 vous ! ô camp des hommes malheureux ! Je viens,

Et non pas la nuit, mais le jour et dans le milieu de la ville.

C'est ici que, comme un homme, l'aide, comme un prêtre, du dehors

J'apporte le sacrifice du témoignage.

Que je n'aie pas parlé en vain !

Pause.

PALFER, sortant du groupe. — Oui, baisse la tête sur l'épaule, garde le silence ! — Que vienstu faire chez nous ?

Tu n'es nullement le bienvenu ; nous ne nous soucions de toi en rien.

Pourquoi viens-tu faire ici le médecin? Nos maux du moins sont à nous.

Pour toi, ne t'occupe pas de nous ; jouis de ta propre fortune.

L'ETRANGER. — Discours fort dur pour un hôte !

PALFER. — Qui es-tu pour que nous te croyions, et qui t'envoie ?

L'ÉTRANGER. — Celui-là

Qui à cause de vous s'est repenti d'être Dieu.

Vous entendrez ce que j'ai à dire : des choses non pas nouvelles, mais vraies.

Car aucun homme ne naîtra sans le cœur, ni rien,

Qui ne soit, n'existe.

J'annonce que quelqu'un existe, Dieu est.

Enfant î il est notre père à tous deux. Et ne m'accuse pas, car pour vous, je ne vois point

Qu'il vous ait fait de tort depuis le principe.

Mais c'est toi, mon frère, qui as regardé de côté.

Et parce que tu l'as reniée,

Etant mort tu te sépareras de la ressemblance de ton père.

C'est pourquoi je viens vers vous comme un frère aîné,

Gomme un ancien serviteur,

Qui s'en vient vers un jeune homme dans une ville, disant : '< Ta mère, mon enfant... »

0 vous, œuvre !

Il vous prie que vous ne soyez point inexorable pour lui.

Voilà que comme le prodigue il a dévoré son héritage d'ingratitude. C'est pourquoi

Il s'agenouille.

Il se met à genoux devant vous pour que vous lui pardonniez.

Et vous, ne lui tomberez-vous pas sur le cou, comme la poutre qu'il a portée ?

IVORS. — Que fais-tu ? relève-toi.

L'ÉTRANGER. - « O enfants ! »

Dit-il. «Pourquoi ne m'aiment-ils pas ? Cela n'est pas difficile. »

PALFER. — Relève-toi.

Relève-toi ! que ne te relèves-tu ?

L'ÉTRANGER. — Que me répondrez-vous, d'abord ?

PALFER. — Qu'un autre parle !

IVORS, les yeux ôaissés. — Relève-toi, ami 1

L'ÉTRANGER, se relevant. — 0 — (je t'invoque par un nom

Qu'il n'est pas convenable ici de faire entendre), — lu es ma paix.

IVORS. — Ta gloire a été d'être fidèle. Citoyen

de l'éternel Dimanche !

0 toi,, qui, comme le diacre qui va à l'Evangile, T'étant agenouillé as reçu la bénédiction, Rapporte notre prière! Tu ne connais point la

mort.

UN DES OFFICIERS. — Mais, Etranger, comment te nommerons-nous ?

'VORS. — Quel est ton nom ?

L'Li RANGER. — Ara Cœli. Au jour que vous avez mis debout le Sacrifice,

Les cieux, ils vivent ! dans le transport de la piété me nommèrent,

Pour être la mémoire de son extension; elle est appelé Douleur.

Je m'en vais ; adieu, mes frères ! je m'en retourne d'ici.

Rappelez vous ce que je vous ai dit. Et trois hommes vous viendront après que je serai parti. Ecoutez-les.

Il disparaît de la place.

PALFER. —Je... Ha— a !

Cris dans la foule.

Ah ! ah !

Ils se regardent tous avec étormement.

PREMIER, cherchant des yeux. — II s'est...

DEUXIÈME.— Hs'est évanoui comme l'encens !

TROISIÈME. — Il a disparu comme une lumière ! il a cessé d'être là.

IVORS. —Parle encore ! Ne t'entendrai-jeplus, claire fauvette ? 4 ,. M

Pause. — Mouvements divers.

PREMIER. — Eh bien, que faisons-nous ?

IVORS. — Eh bien, attendons.

Cependant, que l'on délivre ces prisonniers ! {Montrant Pasme.) Et même ce chien enragé,

Otez-lui le brin de son cou. Que cet intervalle du moins

Existe à notre comédie. — Ara Cœh !

On fait ce qu'il dit. — Pause.

LE PREMIER. — Ecoutez !

Remarquez que ce lieu est fort tranquille. Il est dix heures ici comme dans un bourg.

Et j'entends le vent, et je le sens sur ma joue. L'enfermement n'est plus. Nous nous tenons parmi l'air vide.

DEUXIÈME. — Eh bien, ils ne viennent pas.

IVORS. — Patience, restons ici.

Silence.

LIGIER s'avance hors de la foule.

PREMIER. — Eh ? que voulez-vous ?

LIGIER. — Hommes de guerre ! ou s'il y en a un à qui je parle plutôt...

— i4? — IVORS. — Eh bien ?

LIG1ER. — Je le pense : sans doute que je suis un de ceux-là.

Sort delà foule un prêtre portant au travers de la figure une large croix rouge. Deux enfants se tiennent derrière lui.

LE PRÊTRE. - Oui. Il en est ainsi.

TT , Cris dans la foule.

Ha !

IVORS. — Ton aspect est terrible !

Prêtre ! quel signe transversal montres-tu Du cheveu au menton et d'une oreille jusqu'à l'autre ? J '

LE PRÊTRE, regardant Ligier. - Oui, il en est ainsi.

LIGIER. — Ainsi soit-il ! Je m'appelle Ligier.

LE PRÊTRE. — Et moi, je suis le second homme-

LIGIER. — Je vous salue.

LE PRETRE. — Je vous salue aussi.

— Pourquoi vous étonnez-vous ? N'est-il pas juste

Que je porte ma marque? Car le prêtre vous

répugnait comme un rat.

Mais il convient que l'esclave porte son si-ne, Ou dans son cœur rebuiant, ou sur sa face'mi-

;érable.

Pour moi, voici celui que je montre, comme une enseigne enflammée ! J'ai élé béni...

PREMIER. — ... Certes, avec le couteau, à la manière du pain.

LE PRÊTRE. - Où est l'autre ? où est mon deuxième frère ? Pourquoi ne vient-il pas? Viens ! — Ligier, dis-lui aussi qu'il vienne.

LIGIER. — Viens ! — Viens !

LE PRÊTRE. — Vous quiètes ici autour, faites silence. — Entends-tu ? je t'appelle tout haut.

Mouvements divers. — LIBOIRE se rapproche, mais il ne sort pas delà foule.

LE PRÊTRE. — Je crierai pour la troisième fois. Je lui ordonne de venir.

LIBOIRE sort de la foule et s'avance vers eux eu hésitant, puis il demeure immobile.

LE PRÊTRE. — Nous t'accueillons ! 0 que mon cœur pût te montrer la bienvenue à ce seuil repoussant de mon visage !

Nous te tendons les bras ! Ne recule pas, ne crains point ! Tu viens en une heure non pas triste, mais heureuse!

Mais vous, écartez-vous, tant soit peu, car

nous devons nous entretenir.

Tous s'éloigii«B

LE PRÊTRE, à Ligier. — Et toi, tu seras le

Lion !

Rugis, et il parlera aussi, et toi parle avec une

— i4o — bouche flamboyante! Et je ferai entendre une voix.

Moi qui suis comme l'homme pécheur lorsqu'il dit : Je ne suis plus rien de plus qu'un chat noyé,

Comme une plante sous les pierres, comme l'herbe sur un toit de chaume !

Mais vite !

Je m'approcherai de vous, un autre vous versera de l'huile sur les deux doigts ;

Mais ce n'est plus le temps de la patience, mais que la colère de faim se saisisse de vous 1

— Ligier !

Demeure ! Sache que je m'approche de toi avec des mains de meurtrier.

A cette heure, tel qu'une pierre, tu vis ingrat.

Mais, mort, je ferai de toi le père de la nourriture,

Afin que tu tiennes comme un pilier de consolation, comme un danger pour le mal et le feu de a blanche Vérité !

Ois-moi. Veux-tu mourir au nom de Celui dont a langue médite le nom avec un effort ineffable ?

Je t'appelle par ton nom : Ligier!

LIGIER. —Adsum.

LE PRETRE, se tournant vers Liboire. — Lijoire !

| — Que dis-tu ? est-ce que cet homme n'est pas nsensé ? En effet de qui parle-t-il ?

Tu ne l'as point vu, ni entendu. Il ne se trouve '&s au dehors.

LIBOIRE. — O père ! tue-moi au plus vite si tule veux.

Je n'espérais pas prévenir l'heure qui arrive

tard. '

LE PRÊTRE. — Peu m'importe. Tu es celui qu'il faut.

LIBOIRE. —Du moins ne demandes-tu pas que je parle.

LE PRÊTRE. — Si.

LIBOIRE. Non !

Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! tu ne demandes pas cela.

LE PRÊTRE. —Cela même,

LIBOIRE. — J'ai honte ! J'ai honte ! je ne dois pas compte de ce que je pense. Pourquoi nesuis-je pas comme un de ceux-là,

Oue leurs genoux emportent vivement où le veut l'esprit grossier?

Ma volonté est de tourner le visage en bas.

Misérable ! tu ne me forceras point de parler.

Et montrant aux autres qui je suis, à prononcer des mystères. Prêtre, tu ne le demandes point!

LE PRÊTRE. — Je le commande.

LIBOIRE se jette par terre.

LE PRÊTRE, lui posant le pied sur le dos. — Que le Seigneur marche sur toi et te délivre de l'esprit de fumée ! Qu'il te bénisse avec la béné

diction de la troisième chute ! — Hâte-toi de te relever.

(Aux enfants.) Aidez-moi.

Il revêt une robe blanche. Puis s approchant de LIGIER, il lui aide à se vêtir.

LE PRETRE. — Que la robe de joie recouvre le vêtement immonde !

Il fait de même pour LIBOIRE. LIGIER et LIBOIRE se mettent à genoux des deux côtés de la scène. Le prêtre au milieu lève le visage comme un homme absorbé dans la prière. — Ils demeurent en silence.

Le prêtre fait un signe aux enfants. Ils ■ortent, puis reviennent, portant l'un, un cierge allumé, l'autre, un plateau plein de cendres.

LE PRÊTRE, à Ligier. — Pour moi, je te consacre comme un témoin. Et je fais ce qui m'a été dit.

Il s'approche de LIGIER et lui pose iei mains sur la tête.

Paix ! paix ! Paix, homme vain !

Il va vers LIBOIKE en tenant les mains élevées comme une chose sacrée. — Puis il retourne vers LIGIER.

(A l'enfant.) Approche-toi.

11 s'approche de LIGIER et lui pose la main sur la poitrine.

Cœur,

Souviens-toi de la justice. Et toi, mère des paroles, Je te consacre avec la rendre sans usage.

Il plonge le pouce dans la cendre et lui fait une cruix sur la bouche.

De tout le bois, c'est ce que le feu laisse. (A l'autre enfant.) Donne.

Il prend le cierge el lui brûle les cheveux sur le sommet de la tête.

Que celle place soit maudite ! qu'elle ne repousse point de cheveux,

Là où le feu de la fidélité s'est posé.

Il va vers LIBOIRE et fait de même.

II retourne à sa place et demeure quelque

temps en silence. Puis, se tournant vers LI-

G1KH, il va rapidement vers lui et lui pose

les mains sur les épaules.

LE PRÊTRE, à Ligier.— Lève-toi, mon oint ! je dis avec la cendre et le feu !

— (Se tournant vers Liboire.) Relève-toi ! — (A Ligier.) Plus qu'une femme

N'admire son fils, quand voilà que les poils lui poussent,

Certes je te regarde avec ravissement, force ! bien que tu ne sois encore qu'un nouveau lion.

Fais connaître la voix chez un peuple de muets, la terreur dans la cité des lâches !

— O Liboire ! viens voir notre frère Ligier ! — Voici que, revêtu de la force du pardon et de l'anathème,il ne changera pas de place. Tiens-toi parmi les faibles comme un objet de certitude.

— Et toi, mon autre enfant ! — Me voici ertre vous, et vers qui mon cœur se jettera-t-il ?

LIGIER. — Le fleuve va sans bruit, la Seine sous ses arches ruinées. Et les vents,

Oui le cinquième soir soufflaient parmi nos tours

Ou de l'Est ou celui de la Mer s'apaisent.

Et je sens la douce lumière ; elle baise la terre nouvelle.

Déjà jasent les oiseaux, déjà fleurissent les haies !

C'est le moment que jadis le Chef profane d'une troupe errante,

Consultant le chant de coucou et les combats d'abeilles,

Plantait sa rame dans la terre, résolu à l'habitation, à défendre sa vie contre le hasard par une enceinte.

Et moi, devant le soleil et l'œil de l'air blanc, je jurerai !

Il est convenable que, nous prenant les mains, nous fassions un serment d'arbitres ou de gens qui concluent le rachat :

Les pieds dans cette ruine, d'accomplir

Une œuvre impropre au niveau; d'édifier sans truelle : l'Attente.

LE PRÊTRE {le second Consacré). — En effet la partie qui mange s'occupe à rien, et la partie qui ne inange pas

Reste comme un homme dans son lit, comme un vieillard qu'on garde.

Avançons-nous, afin que, du milieu de la race perdue retirant l'enfant acceptable,

Nous lui donnions une terre.

Seigneur ! que nous subsistions parmi le mensonge !

0 vous ! voilà que nous nous tiendrons comme trois rocs à qui les eaux insultent,

Comme .trois montagnes dont la Sagesse a consacré les distances !

Liboire 1 Ligier !

Ils se saluent à la manière des prêtres. — Puis comme LIBOIRE à gauche, le Prêtre, s'étant mis à la droite de LIGIER, dit à un des enfants

Va ! appelle-les !

L'enfant s'avance et lève les bras.

La foule se répand sur la scène, comme précédemment, le groupe des Vainqueurs restant à part.

LE PREMIER CONSACRÉ. — J'annonce cette nouvelle : à la terre, qu'elle donne à manger; à la Maison du ciel,

Ou'elle distribue la vie; aux sages animaux, quenous avons trouvé notre père, à l'homme même qu'il respire en paix !

Car après que dans la main stricte il a gémi,

De nouveau, voilàque l'être à la tète poilue s'écrie

Que le bien lui est connu.

IV ORS. — Holà ! quel ton prends-tu? Si tu prétends m'enseigner, je t'écouterai,

Sans prévention, mais plutôt, cependant, comme il est juste,

Avec méfiance. Quel bien ?

Il ne te croira pas aisément celui qui sort de ce péril à demi happé !

(A l'assistant.) — Tire l'épée d'Avare ! tiens le glaive debout devant moi, pour qu'il m'assiste comme un

Témoin incorruptible dans ce lieu détruit de scandale.

Je ne pense pas qu'il nous convainque aisément.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Ecoute, sabre !

Et toi, Ivors à la barbe grise

Ne fais pas le fier, car tu n'es qu'un enfant.

— Que tout homme tende son cœur, écoute ! que tout homme vivant ne fasse pas plus de bruit qu'un lys !

En effet, ô ville ! ô foule ! une, il, i,

Ilexiste,

Il existe une autre vie !

Qui fera attention ? qui écoulera au dedans

Le cri de la sagesse, petit

Comme le grillon dans le four ?

C'est pourquoi je me suis mis à genoux, comme une femme qui cherche une pièce de monnaie l

Malheureux !

Voilà que je parle et peut-être à cause

De cela qu'ils ne me croiront pas! Cependant voyez qui je suis !

O vous ! croyez-moi! je voudrais user

De votre langage, et je ne puis !

Mais une force me lance çà et là !

LE PREMIER, à Ivors. — Mets-toi derrière l'épée ! Prend garde qu'il ne se jette sur toi.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Où? où me porterai-je d'abord ?

Ça ! quel cri

Pousserai-je comme celui de la trompette, la vérité perçante ?

I! vit ! et la sauterelle a jailli de son sein i inénarrable !

A cause de la miséricorde du Très-Bon, mes cheveux s'enfleront comme de l'herbe ! A moi,

Ver, la Montagne a souri comme une jeune fille blessée !

Et je viens vers vous comme un oiseau afin que vous m'arrachiez les ailes 1

Ecoute, Israël ! résistance par qui subsiste ce monde !

Entendant que la joie

Existe, ne demeurez pas ici, mais ne courrezvous pas au dehors ?

Et si quelqu'un laboure, mettez ses bœufs en pièces, lui annonçant ce que vous savez.

Et celui qui travaille péniblement, tirez-le par les cheveux et, lançant ses outils par la fenêtre, poussez-le ici.

La prière

Tirée par la tète ne peut que crier comme oui !

Et l'autre moment a connu

Les Muses honnêtes, souffleuses du feu, mains, sagesse de l'enfant, filles de l'homme vieux.

Mais moi.

Je connais une bien autre maîtresse et que je me tende tout entier comme la croix créatrice!

PALFER. — J'entends prononcer le mot de Joie.

LE PREMIER CONSACRÉ, à luors. — Tes lèvres tremblent. Ou'as-lu à dire ?

IVORS. — Au nom vil des morts !

Et de cet ignoble séjour, et de ces gens

Oui survivent au hasard, hommes et femmes !

Et de nous-mêmes, qui, soulevant le glaive éclatant,

Résolûmes de contempler en face notre ressemblance ;

Et de nos pères qui ici-même ont agité leurs mains infructueuses

En ce temps moderne : Sceptre! héraut!

Moi-même, déposant le grade supérieur, je te prie. Ne dis pas de mensonges. N'ajoute pas une illusion.

Certes nous ne sommes pas ici des gens qui, pleins de nourriture, sortent au soleil pour danser !

Vois ! nous nous sommes assuré

Ce seul bien : notre infortune. Ne nous en dépouille pas.

LE PREMIER CONSACRÉ. — 0 Ivors ! que de peines, depuis que sa mère en hurlant a produit le petit maudit !

Car l'homme, étant descendu d'entre les IV- Cataractes, enfanta l'acquisition et le soupir, puis Selb.

D'abord l'autorité des parents, ensuite la servitude même.

L'insulte sans vengeance, l'horreur de soi ;

Et s'il épouse sa femme, le souci sera à sa cuisse, le tourment sa multiplication;

Jusqu'à ce que la tombe nous dépouille comme avec des mains de débauché.

Et qu'il suce la louange, qu'il se réjouisse de la bonne volonté des autres,

Afin qu'il morde dans de l'ardoise, afin qu'il avale le bois mort comme une tranche de pain.

0 mon enfant ! ni ta femme ne t'a aimé, ni ta mère.

— Vous me regardez tous, et je vois vos visages colorés par le soleil, exilés ! —

Ecoutez! décidons de ne nous laisser pas tromper.

Voici ce remède que j'apporte, ce bien : la cessation, la mort.

Ivors, est-ce qu'il te suffit?

IVORS. — Je ne le repousse pas.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Faisons donc là

Noire temple et notre demeure !

Et si c'est avec elle que je passerai le temps légitime,

Je ne relierai pas les cheveux de l'esclave, tandis que l'épouse se tient derrière mon cou.

C'est pourquoi je mettrai la poitrine contre mon Royaume.

IVORS. — Tu prononces une parole puissante ! capable de faire chanceler Pépée.

— Va, toi ! change-la contre une branche de saule ! contre une quenouille chargée de filasse.

Et moi, je courbe la tête. Mais qu'ajouteras-tu à ce mot ?

LE PREMIER CONSACRÉ. — La loi.

PALFER. — Faudra-t-il comme de petits gars nous remettre

Aux prêtres vêtus de robes? Je pense qu'ils ne valent rien.

LE SECOND CONSACRÉ, s' avançant . — Quel

reproche fais-tu ? Avance et soutiens-le.

PALFER. — Va réciter ton bréviaire, Ainsi qu'une poule qui boit !

LE SECOND CONSACRÉ. — De quoi t'occupes-tu ? Que t'importe ce que je suis? .le garde et je donne à manger.

A cause de cela l'homme grossier m'a ofFensé avec un coup, l'homme sage avec un petit sourire.

Pour moi, couvert de honte, contre ta poitrine, Seigneur ! je gardais le sommeil de la fidélité.

Cependant je ne cacherai point et je parlerai à point et je parlerai à découvert :

Par ma lâcheté j'ai enduré un reproche poignant.

Et c'est pourquoi

Voilà maintenant que je montrerai le sceau caché,

La rature sur la partie visible, l'opprobre dans le visage de mes veux !

Et toi, homme mauvais ! je ne me rappelle pas que ces enseignements t'aient plu :

« Tu ne te réjouiras point de manger. Tu ne te feras point un jeu de la femme.

El (jue le puissant orgueil n'enfle pas le sang, ton lac !

Mais que ta tête soit liée à ton jarret. Hais-toi toi-même. »

Or je vous les donnais à mi-voix. Mais maintenant

Je les crierai contre l'haleine des gens, je les chanterai sur les places publiques!

Voilà que je sortirai avec violence, et je ne cesserai pas

Jusqu'à ce que celui qui m'écoute se torde les mains,

El que la chair du cœur se soulève, et que les larmes lui ruissellent sur les jambes.

Car je suis comme quelqu'un qui dépassant la côte s'écrie : Parce que j'ai vu la mer gazouillante !

LE SECOND. — Cependant...

LE SECOND CONSACRÉ. — Tais-toi — Ecoutez-moi 1

Afin que, scélérat, devant un peuple de maudits je pousse une voix désespérée!

0 Lait ! Je sais que celui qui t'a quitté une fois fuira en bas avec un coursier de plomb I

Et mon iniquité est sur mon dos comme une porte, comme une machine !

— Afin que nous ne mourions pas, Seigneur ! Afin que je n'entre pas dans le lieu bouché du feu noir !

PALFER. — Tu mens ! Cela n'est pas vrai.

Pause.

LE SECOND CONSACRÉ. — Comme on entend le pinson derrière les persiennes,

Le mort chauve du fond de sa fosse obscure entendra la Trompette jubiler !

L'Eternité députera son homme. Amen ! En ce jour la perfection du Juge s'asseoira au-dessus de la terre triste.

Quand l'homme paraîtra devant la ressemblance de son

Propre corps, recouvrant de quoi être jugé.

Seigneur ! je me suis agenouillé vers toi de dans le ventre de mon péché !

La Peau sera citée, et c'est en vain qu'Adam

Mettra les mains de doigts devant ses parties honteuses !

Que tout homme fasse attention ! et que dans le sentier terrible de la vie

Il n'avance le pied qu'avec une sage horreur !

Et qu'il se réjouisse à son aise, qu'il prospère avec emportement ! Etant mort il baisera le tranchant de l'épée.

Vah! En ce jour, malheur !

L'Or sera proféré, et l'ancien Guerrier

De l'Incertitude se mettra droit pour le contem» pler. Que dirai-je en présence de la chose vierge,

Quand toute la Loi adjurera contre moi, criant

Que l'Amour sans la Justice est appelé prostitution ?

L'os sifflera de terreur ; du puits de ses côtes, le pécheur fera sortir un cri exécrable !

C'est alors qu'il voudra plonger comme une loutre, afin de vivre comme une lotte sous les herbes molles,

Comme le roi Morse qui par les golfes limoneux se nourrit de saumons et de lavarets !

La chose pitoyable sera celui

Qui étant né pour la vérité n'y sera point admis.

Et l'Ange qui se tient à côté,

Comme la femme d'un marchand au moment qu'elle vend consulte son mari avec un regard,

Levant à gauche ses paupières songeuses, répondra :

« Vois, ami 1

Les larmes des morts sont une chose trop vaine

Trop peu pesante pour faire pencher l'inflexible fléau !

Va-t'-en d'ici ! Va-t'-en là où le temps subsiste. »

Et lui, avec la même horreur que le Principedes-routes sentit les soies lui pousser,

Fendant le monde avec une exécration, sous l'Enfer il se ruera vers la communion de son Saint !

— Un cri opime : saint!

Sera entendu, tel que les montagnes, comme si les Iles rugissaient !

Le cri des nations furieuses de la Tranquillité.

Car tout homme qui vit sera usurpé par la compassion.

Et la partie morte sera envoyée

Vers Proserpine, reine du Cloaque !

Silence — Mouvements.

PALFER. — Parle tant que tu voudras. Je ne te croirai point.

IVORS. — J'entends avec étonnement retentir des paroles méprisées 1

— Vous, que dites-vous ? Et toi, tu paries terriblement !

— Je vois, je ne vois pas I Et je si5..<; comme le voyageur qui, tenant son chapeau, lance un regard de côté,

Quand la foudre illumine la pluie immense !

Tu parles d'une autre vie, et à ces mots mon âme est comme un fruit qu'on tire.

J'ai entendu, et voilà que mon vieux cœur,

Comme un gamin de dix-sept ans que des forêts accompagnent dans le ciel, ne peut plus contenir

Le débordement sauvage de l'espérance ! Mais tu dis une chose slupicîe !

C'est comme un tableau peint, comme la vision de l'homme qui ronfle !

Et ici voilà-t-il pas le monde sous le jour clair?

Soldats ! n'est-ce pas une chose honteuse que de me voir ?

Je ne suis pas moins qu'aucun de vous, et voilà que je cesse de me soucier de moi-même.

Mais un mal me pénètre, et me fait désirer comme l'eau

Que je commette un crime contre le sens commun,

Un forfait contre le témoignage des yeux, afin que je ma remette entre

Les mains de celui qu'il dit.

LE PREMIER CONSACRÉ, au Troisième. — 0 Liboire, que répondras-tu ?

IVORS. — Je me plains de ce lieu infini ! de ce puits dont maintenant

Du second seau puisé au réservoir de l'éblouissement s'inonde la margelle blasonnée !

Et moi, je suis comme une petite bête, comme le serpent sur le chemin.

Où est la place de ton Dieu? Voilà ! celui-là qui est le vrai

Est vaste comme tout, et je ne le comprends point.

LE TROISIÈME CONSACRÉ. — Ne méprise

— iGô ~-

point le maître de la maison, le pauvre ouvrier! Ne demande point

Oui est son banc, où est la pierre de son siège.

Son séjour est sa propre sainteté. Il existe !

Il l'a juré par le sacrement de sa solidité et il n'en aura point de repentir.

C'est pourquoi n'insulte pas à la Justice,

Telle qu'une face dont la bouche est scellée, mais dont les yeux lancent des regards terribles!

IVORS. — Non. Je ne me résous point à te croire.

LE TROISIÈME CONSACRÉ. — Sois prudent en ce cas ! Va-t'en ! Peut-être même

Déjà qu'il est d'un peu de temps trop tard.

Ne fais pas une demande pour rire. N'appelle pas

Le Lion qui ne te voit pas par moquerie,

De peur que, s'approchant de toi, que répondras-tu, s'il dit : J'ai faim ?

Et moi, ayant tardé, je fus saisi

Pour être comme un homme qui agit contre son gré et je suis entre les mains de mon ennemi.

IVORS, se tournant vers ses compagnons. — Et vous ? Pourquoi me laissent-ils parler

Sans rien dire, me regardant d'un air sournois ?

Je parlerai donc

Avec cette autorité qui m'a été donnée.

(Se tournant vers la Joule.) Gens !

Examinant cette épée, choisissez entre la contrainte et le consentement.

Vous avez été frappés par votre faute.

Et moi de ce pouvoir que j'ai acquis

Je ne me soucie pas, mais nous ne sommes plus que comme des hommes l'un près de l'autre.

Que cette loi soit établie parmi nous,

La Loi du pain. Car de quoi l'homme a-t-il besoin que de manger,

Et de vivre avant qu'il ne meure ?

(Au troisième Consacré.) Que dis-tu?

LE TROISIÈME CONSACRÉ. — Que m'importent

Vos lois ? N'attends pas de moi que je répande des mots profanes!

Et plût au ciel que je fusse appelé

Oubli, et qu'à celui qui boit je pusse offrir la comparaison de la bouche fermée !

De quelle voix

Userai-je ? en quelle croix me tendrai-je ?

Afin que vous me croyiez si je dis

Que je possède la vérité ;

Ou suerai-je le lait, et ferai-je sortir

Des perles de la veine des yeux ?

Quel jour est-ce, Jésus ! que celui-ci ? Pâques.

LE DEUXIÈME CONSACRÉ, à Palfer. — Parle, quoique avec mauvaise grâce.

PALFER. — Qui est Dieu ?

LE DEUXIÈME CONSACRÉ. — Et toi, qui es-tu ? Tu me réponds : Je suis

Ceci, cela. Pour lui, il est.

Et parce que je l'ai méconnue, je périrai dans la forme de ma ressemblance.

Et lui,

Il a adopté mon crime, il a fait un pacte avec mes côtes I

Naissant à la ressemblance de mon erreur, afin Qu'en s'en faisant la victime elle soit pie.

LE TROISIÈME CONSACRÉ. — A cause de cela, je t'ai aimé !

En ce jour, Seigneur ! j'ai inventé de ne plus aimer autre chose que toi!

Certes là où sont les sources, les cygnes y boivent.

Le Jeudi tu as été livré à l'homme pécheur,

Pour être comme un sac sous sçs reins, comme du raisin sous la vendange de ses pieds infects !

Et le Vendredi, Dieu 1 ayant pris sa mesure en le baisant,

Tu fus déployé avec des clous sur la croix, l'affreux homme rigide!

Un jour, deux jours !

Et le troisième jour, voilà que les femmes nous ont épouvantés, en nous disant que la Mort n'est plus !

Que ferons-nous que de pousser

Des cris, comme des gens de guerre sur le butin ? Un homme est revenu avec sa dépouille du lieu bas !

0 Dieu ! ô Dieu ! nous ne mourrons plus !

LE PREMIER ENFANT, chantant. — Voici le temps qu'avec sa serpette le Jardinier

S'en vient vers chaque plante pour juger des torts de l'hiver.

Et tu le vois qui çà et là cueille une fleurette, disant :

« Qu'un autre juge Page des vins à leur gmit !

Pour moi, je fais, comme l'abeille, la différence de deux violelies. »

Salut,

Lumière d'or ! O

Mai !

O Mai joli ! ô commencement de l'année,

Alors le vieux pommier se souvient de ses amours et le pêcher

Médite de devenir comme le sang et le feu !

LE SECOND ENFANT. - L'homme vieux s'étonne et dit : « Pourtant ce n'est que le Printemps ! De quel lait

Est-il tombé une goutte sur la terre? »

En ces jours

Prends garde qu'ouvrant ton huis tu ne sortes dans un temple i

Arbre des champs! et toi,

Aubépine, qui nous a faits?

Toutes les choses selon qu'elles ont été créées rendent une louange disant : Hosannah !

LE PREMIER ENFANT. - Que dit celui-ci?

qui parle et ne sait ce qu'il dit. Pour moi voici que je sais !

O ma mère, je ne te connais plus I Mais que je me tienne

Comme un homme nouveau, comme la branche de prunier en fleur qu'habille un tremblant votement d'abeilles !

Que l'alouette s'enlève avec violence, criant : Je ne crains point la force de Midi !

Qui m'empêchera de rire? que je ne cesse point d'aimer !

Et que ma joie

Soit contre ma face comme les bouquets de l'acacia et entre mes mains comme les grappes du faux ébénier !

LE PREMIER CONSACRÉ. -Le sens de ce discours est : Connaissance ; le temps de deuil est fait.

Je pousserai un cri ! car mes ténèbres sont

devenues comme le Soleil levant.

Le moment n'est plus de s'enquérir, De converser avec le chemin, mais de fixer le

visage en avant!

Qu'aucun de vous ne soit si perdu Qu'il reste là, mais qu'il vienne manger la jeunesse de Dieu !

Car la Vérité se montre

Comme le sang sur un vêtement blanc, comme le feu sur une montagne !

Pourquoi cries-tu ? tel qu'un cygne sur les eaux résonnantes !

Je me suis réveillé en triomphe, Parce que, me souvenant d'hier, je me suis vu tel que de la neige ! Je suis pur ! je suis pur !

Je m'enorgueillirai de mon crime ; mon. Dieu ! j'agite ces mains meurtrières !

J'ai frappé, et l'ablution a jailli. J'ai craché, Et mon insulte est sur toi comme une gorgée de pierreries !

C'est moi ! je vois

Chaque blessure que j'ai faite ; elle luit Plus qu'une lampe, ou qu'une flaque d'eau sous Midi ne rejette une poignée de dards !

11 remporte ma mort ! Parce qu'il décrit ma servitude dans ses mains !

Et vous, m'écoutez-vous ?

Comme un coq qui a trouvé le bon grain, Comme un taureau beugle du milieu de son pâturage,

C'est ainsi que je chante parmi vous, ann que si quelqu'un veut manger jusqu'à être rassasié, qu'il vienne !

Fils des esclaves et des hommes tués ! Barbes Femmes, enfants ! Tout pesé, Ceci me paraît le meilleur : Connaissons Dieu.

Pause.

THYRSÉE. - Soit donc ! soit.

PALFER. Ivors, nous attendons que tu parles.

IVORS. — Tu le veux? Et moi, Je me sens porté aussi à faire

Une promesse à l'Etre qui ne tient point de place dans l'air.

Je jurerai avec la main droite! Convenons d'un embrassement.

Mais qu'il se souvienne aussi de son honneur, avec cette paction conclue

Devant le Soleil, maître du Feu, dévastation de la Nuit !

LE DEUXIÈME CONSACRÉ. - Je prends cette parole et ne te la rendrai pas.

Entendez-vous ?

Je vous déclare

Qu'autant que vous vous tiendrez dans la largeur de notre bénédiction, vous n'auriez rien à craindre de mal.

Ni peine, ni faim.

— Nous ne vous avons point menti. Ce que je dis, je ne le dis point. Mais le texte, le texte, le

-tt texte est là qui le dit.

C'est pourquoi, bien que cela paraisse difficile, croyez.

IVORS. — Nous avons juré alliance.

LE DEUXIÈME CONSACRÉ. — D abord estce fini ? Cherche bien. Peut-être as-tu quelque chose à dire.

IVORS — Rien. Je suis dans tes mains comme la chaîne de l'encensoir,

Comme les cheveux sous le peigne !

LE DEUXIÈME CONSACRÉ. — 0 qu'une pierre fût levée ! pour qu'elle subsiste

Quand le moment viendra que vous renierez celui-ci ! Car la pensée des hommes va et vient.

Que cela ne soit pas. (Au troisième Consacré.) Et toi, fais la prière pour nous.

Pause.

LI BOIRE, levant les mains. — Père ! Père ! sens mes mains, elles ont l'odeur de la tombe !

Et voilà que, comme je les ai levées vers toi, tu n'as plus voulu me les rendre.

Aie pitié de moi, Seigneur,

Par les entrailles de ta maternité, car je sais que ton amour pour moi

Est comme celui d'une mère nouvellement accouchée.

Déjà, je suis méprisable entre les hommes mêmes, bon pour achever les os entre le chien et la porte;

Comment dirai-je, moi

Qui ne suis qu'un grain de blé sauvage, un pépin de mure,

Pourinvoquer celui qui est comme un Vieillard? La Chose triple se rappelle l'avenir,

La Source du nombre se souvient de son éternité, et dit : Avant ce temps-là, j'étais.

Tu es complet, je dis par la Vertu, et la Parole, et le Conseil.

En toi est placée l'origine de ma respiration.

— Aie pitié de moi, ô toi qui es l'aîné !

0 Dieu, souviens-toi de ta mère ! Nous t'avons formé de notre sang ! Ne le mets pas à m'accuser,

De peur que je ne te réponde comme « Mon Dieu!

Tu as participé à mes os, tu as habité au-dessous de mon cœur ».

Qu'un autre te juge, s'il veut ! pour moi je te rendrai des grâces.

Mon père et ma mère me laissaient, et toi tu m'as ramassé de tes mains.

Tu m'as frotté avec le secret de ton huile, tu m'as attendu avec patience.

A cause de cela, je te rendrai des louanges comme une multitude !

Que j'enfonce profondément mes racines pour que je m'élève ! et que je grandisse comme un arbre,

Gomme un poirier dans le jardin d'un homme pauvre, dont le fruit remplit tous les ans cinquante sacs !

Pause.— Le DEUXIÈME CONSACRÉ fait un signe, et coaime uu grand nombre parmi les assistant-; s'agenouillent, il fait la bénédiction sur eux.

PASME. — Et moi, je suis libre de sortir?

1VORS. — Comment, tues encore là?

PASME. — Eh bien?

IVORS. — Comme si tu posais sur une branche avec des ailes !

PASME fait un mouvement pour sortir.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Où allez-vous ?

écoutez-moi.

PASME, secouant la tête. — Non.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Oui êtes-vous ?

PASME. — Moi, Pasme. Beaucoup sont morts, et ceux qui vivent maintenant

Me méprisent comme rien.

Mais c'est moi qui, clans le temps

Des toits, ai conduit cette sage pensée, comme un jeune Roi d'abeilles,

De constituer l'immense demeure de l'Essaim.

Car l'homme,

De mes yeux qu'aurais-je vu de meilleur?

0 Ville des hommes ! c'est pour cela que je pleine, parce que je ne vois point tes tours, 1

Illustre ! lieu du chœur !

0 Pomme de pin ! je ne verrai pas s'arranger en toi les âmes d'hommes! Mais bien !

Je vis. Je vais ailleurs.

LE PREMIER CONSACRÉ. — As-tu écoulé ?

as-tu

Entendu ce mot que j'ai dit ?

PASiME. — Je

Ne sais ; je ne m'occupe pas de ceci.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Qui l'a entendu ne se soucie point d'en entendre tout autre I

PASME. — Qui est-il ?

Je gémirai ! Je me plaindrai de lui comme la grande Junon, quand des toits de Théba

Elle vit tout Minuit resplendir des trahisons de l'Epoux !

LE PREMIER COxNSACRÉ.— Arrive avec nous.

PASME. — Quelle joie me resterait-il ? quelle liberté serait la mienne d'aller et de venir ? Aujourd'hui, puisque je ne suis pas mort, Je jouirai de la vie ! J'aime, j'aime La beaulé de cette rayonnante demeure !

LE PREMIER CONSACRÉ. — Parle encore et je rirai ! Parle encore et je triompherai au-dessus de l'Aurore et je m'élèverai dans ma joie !

Je te promets avec serment

La possession, surcroît de la certitude.

Crois ce que je dis, et ton manteau sera comme une rivière sous la fournaise du matin, aime ! et ton corps deviendra rose comme le soleil !

PASME. — Non.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Va! tu ne m'échapperas pas I

Il le prend dans ses bras.

pASME. Hélas! hélas l Pourquoi me prendstu ? Je meurs ! et je suis dans tes bras

Comme des épis dans le poing du moissonneur . Hâte-toi^âte-toidemel^eH^^^^^

QUELQU'UN. — Que ne reste-t-il ?

LE PREMIER CONSACRÉ. - Ce n'est pas en

VaQu'il aura mis le nez contre la robe sacerdo-

^Mais les uns se nourrissent le matin, et les autres font un festin à midi,

Et les autres mangent au goûter, et les autres comme les chevaux, à l'heure des ombres

Et ceux qui ne mangent pas, ils meurent.

Paix ! Pause.

Deuxième coup de la Messe.

QUELQU'UN. — On sonne de nouveau.

LE DEUXIÈME CONSACRÉ.- Tout à l'heure.

Ce n'est que le deuxième coup. Attendons. THYRSÉE. — Qui?

ï E PREMIER CONSACRÉ. -Pour nous, nous sommes restés chez nous, et il a fallu

Que la porte nous fût ouverte du dehors.

Mais en ces jours je sais

Q„e plusieurs d'entre ceux qui n'ont po.nt cesse

de croire

Sont sortis de la ville.

Sachons quelles nouvelles ils rapportent. Or je les vois qui viennent.

Entre une troupe d'hommei et de femmes pieds nus et portant des rameaux d'arbres

LE PREMIER CONSACRÉ. — Comment nous saluerons-nous? A la manière de deux palmiers!

Ici la Vérité est connue. La bénédiction du commandement nous a été rapportée.

— 0 matin de la Résurrection !

Les eaux se divisent, le feu pascal est devant nous, et déjà la flamme du cierge se penche !

Et vous,

Oui êtes-vous ? porteurs, porteuses de branches qui venez à notre rencontre !

LE PORTE-BATON. — Louange à Dieu qui fait tout ! II a été rencontré ici et là ;

Par vous, je ne dis pas comme vous faisiez, A la manière des fourmis affairées, sitôt Qu'elles ont palpé l'obstacle.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Qu'est-ce que les femmes ont à dire ? par qui nous avons lieu de mourir.

Mères ! qu'avez-vousvusurla montagne, origine des hommes infortunés?

HÉLÈNE. — Nous avons été voir ! Parce que

nous sommes curieuses.

LE PREMIER CONSACRÉ. — Est-ce ainsi que vous nous revenez du Tombeau 1

MAURA. — Il n'y a pas eu de jour plus triste qu'avant-hier.

Je n'avais pas pu

Manger depuis le matin, et à quatre heures je suis retournée à Notre-Dame avec Marthe.

Hélas!

Ce temple vide de culte

Renfermait aisément tout ce qui restait de notre Eglise, un peu d'hommes et de femmes. Et tout le reste des hommes baptisés...

— Et je gémissais, m'étant souvenue de mes deux garçons

Tués, parce que cette aveugle, Marthe,

Oui a perdu les yeux à pleurer un homme mort, sanglotait contre le pilier.

Et comme des vagabonds autour d'un feu qu'on cache,

Ayant allumé les quinze cierges, nous récitions

L'Office de Ténèbres autour.

O jour amer, amer ! Que je ne connaisse plus la Terreur, que je ne sois plus assise dans les ombres de l'Agonie ! —

En ce jour Dieu a été vaincu.

En ce jour, l'Enseigne

Couverte de la sueur de l'écartement, le mort a enduré ce supplice d'être visible, tout nu

Devant l'insulte et la contemplation de la moquerie.

Pour nous, nous nous tenions assis serrés

Entre les impies, comme dans un œuf; au milieu

de la stupidité des lâches comme dans la terre d'un puits.

De sorte que nous parlions ainsi à notre ennemi : « Seigneur !

Pourquoi, prenant des armes dans tes deux puissantes mains, marches-tu contre une paille ! »

LE PORTE-BATON. — Maintenant, écoutez !

c'est toi,

Maura, qui as. eu cette idée que nous allions

Vers cette colline qui est au-dessus de la Seine.

MAURA. — Dis, Marthe, ma fille pouvionsnous supporter cela plus longtemps ?

C'est pourquoi, comme nous nous tenions ensemble près de la porte, je dis :

« Venez. Sortons.

Otons nos chaussures. Sortons d'ici. Hélas ! hélas ! Allons vers Dieu puisqu'on nous dit qu'il est mort.

Et nous ne rentrerons point, et nous ne mangerons point, et nous ne boirons

Point, jusqu'à ce que nous ayons montré notre douleur.

Venez, petit nombre de gens ! car nous sommes tels que des mendiants chétifs pour qui la croisée de l'homme riche est comme une nourriture. »

Et où nous sommes allés, il y avait des bois.

Une grande forêt ! C'est là que nous arrivâmes, à l'heure où par la fenêtre

La Lune aperçoit l'homme et la femme dans un seul lit.

C'était le temps

Où l'heure du Prince de l'hiver, Orion qui se penche sous le Sud,

Est occupée par deux étoiles obliques ;

Et le colon Arcturus par un chemin tournant gravit la plus haute partie de la sphère.

Et comme nous montions par un sentier abrupt, nous retournant,

Nous aperçûmes Paris à quelques lueurs chélives.

Etant arrivés à un lieu élevé, nous nous arrêtâmes là.

Et la nuit s'acheva ; et nous ne cessions point de prier.

Et le soleil traversa le ciel, et il disparut avec une vaste roug-eur ;

Et nous ne changions point de place. Et de nouveau la nuit occupa l'air grand.

IVORS. — Et puis? Et puis quoi?

LE PORTE-BATON. — Où lit-on

Que, la nuit venue, ce soit tout de suite l*aurore?

Ou,

Ce qu'est le jour de la Conscience, qu'on le voit des yeux ?

Ce n'était point cette lumière

Où volent les oiseaux, par qui les haies font de l'ombre; je ne Iacomparerai point à notre journée.

— .Si —

Eile s'est montrée en silence.

IVORS. — Est-il vrai ? 0 femme aveugle, estce vrai ?

MAURA. — Que dirai-je, pauvre chauve-souris? J'ai vu.

LE PORTE-BATON. — L'Age s'est montré, la Monarchie de l'arrière-monde a découvert ses entrailles !

O philosophie 1 et toi, quasi-science de la Géométrie,

Pénètre les cieux, spéculant sur la forme d'un four !

Je ne parlerai point trop rite. Je ne juge point. Cette nourriture

Implored'ètre donnée auserpentdelaMéditation.

Mais cette parole s'est ici fait connaître :

« Le monde s'ouvre, et le déchirement du matin a retenti sur la mer ! »

Là est le centre. Vers où

Se tournent et se pressent les Saints, comme les chèvres

Qui appuient le museau sur la poitrine du berger pour happer un morceau de pain. C'est là

Que le Père et le Fils

S'étreignent dans l'unité de la Respiration.

Et la femme qui était devant moi, ravie,

Indiquait ce point avec le petit doigt, balbutiant qu'elle entendait

Un cri ! — Je sais ce qu'il est convenable

De dire et de ne pas pas dire. J'ai mis en réserve ce seul mot : l'exactitude.

Que nul ne se vante

De franchir ce seuil-ci avec la cadence du pas !

Mais qu'il vende sa main gauche pour acheter un glaive.

Je désire vivre !

Il faut combattre contre la porte, et nul n'entrera que comme un ennemi.

— Mais les enfants de Dieu — 0 ver !

Les camps perpétuels t'entourent ! — exhalaient ce chant d'or : « Il existe !

Gomme dans le vent, comme dans la qualité de la trompette, je me maintiens par la force de l'amour ! »

Et aujourd'hui, ce fut le matin. L'astre montait dans l'air en battant des ailes, le coq !

Et les chiens des villages aboyaient vers le point du jour.

Long silence.

IVORS. — Maintenant, comment ferons-nous pour vivre ? tout le temps qu'il reste à manger.

LE DEUXIÈME CONSACRÉ, à l'Assistant. — Donne-moi l'épée. (// la prend.)

Prends-la, ô Roi, et défends-nous

Je dis contre Dieu, afin qu'il nous attende avec patience :

Et contre le Prince de tout mal. (// tend l'épée à Ivors.)

Pause.

IVORS, prenant Vêpèe. — J'accepte. (// la baise.)

O sœur épée ! Jadis mou cœur a saigné de te voir comme un jouet entre les mains des enfants!

Voici qu'on ne te méprisera plus, ainsi qu'une faux en hiver.

Certes, alors je n'aurais pas cru qu'un jour vînt

Que je ne trouverais pas celui-là le plus heureux qui te tiendrait au devant de ses yeux.

Je ne pense pas non plus qu'il ait la dernière place,

La Justice est à sa droite, et la Compassion aux mamelles gonflées se tient à sa gauche.

Que je sois ainsi nommé : le Roi de la Patience. — Sortons d'ici.

Ils sortent tous. — Bourdon. — Midi.

TA VTTJ,F

(seconde version)

Page 1