‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 110 sur 134 · BRUTUS (MICHELE), LORENZINO (CÉSAR · texte numérisé non relu

BRUTUS (MICHELE), LORENZINO (CÉSAR

BRUTUS

Salut, César f... Un mot!

CÉSAR

Parle, Brutus, j'écoute.

BRUTUS

César, je suis venu l'attendre sur la route.

CÉSAR

C'est un honneur pour moi qu'un si noble client.

BRUTUS

Tu le trompes, César : je viens en suppliant.

CÉSAR

Toi, suppliant?

BRUTUS

Tu sais que toute destinée, Par un double principe en naissant dominée, Voit le mal et le bien se partager son cours, Et que les jours mauvais suivent les heureux jours D'un pas aussi certain qu'on voit dans la carrière La nuit suivre le jour et l'ombre la lumière; C'est que l'homme toujours de son pied envieux Veut dépasser le but que lui fixent les dieux, Et qu'à peine au delà, quel que soit son génie, €c flambeau, dont il crut la lumière infinie, Expire tout à coup dans sa débile main, Et le laisse aveuglé sur le bord du chemin; Si bien que, trébuchant sur cette haute cime. Au premier pas qu'il fait, il roule dans l'abîmet César, au nom des dieux, César, écoute-moi! Car cet homme au flambeau près d'expirer, c'est toi.

CÉSAR

Oui, Brutus, tu dis vrai; oui, c'est la loi commune;

Mais le destin pour tous n'a pas même fortune :

Chacun sedon son cœur fait son sort dilTércnt ;

Où l'un reste pclit, l'autre deviendra grand!

Le tout est d'écouter la secrète parole

Qui dit au serpent : « Rampe! » et dit à l'aigle : « Volel

Or, cette voix me dit : « Marche en avant, César I

Ton génie a soumis l'imprévoyant hasard ;

Ton édifice attend une assise dernière,

Et César n'a rien fait tant qu'il lui reste à faire I »

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