VII
STROZZI
Est-ce toi qui, la première, lui as parlé de moi?
Non, c'est lui qui, le premier, m'a parlé de vous,
STROZZI
Il ignore où je suis, n'est-ce pas ?
LUISA
Excusez, mon père, il le sait.
STROZZI
Qui le lui a dit?
LUISA
Moi.
STROZZI
Malheureuse! tu m'as perdu, et tu t'es perdue avec moi !
LUlSA.
Oh I mon père, comment pouvez-vous penser... ?
STROZZI
Et toi, comment peux-tu être à ce point aveugle et crédule?... A cette heure, Luisa, le duc Alexandre sait tout; à cette heure, moi, toi, mes amis, sommes en son pouvoir, et c'est ton fol amour, c'est ta confiance insensée qui nous a jetés sous sa main!... Ah! malheureuse! que Dieu te pardonne comme je te pardonne moi-même ! mais qu'as-tu fait!...
LUISA, suppliant.
Mon père ! mon père !
(On entend du bruit au dehors.) STROZZI.
Écoute ! écoute ! (il étend le bras du côté par où vient le bruit.) Entends-tu?... (Entraînant sa fille vers la fenêtre.) Tiens! regarde, et] doute encore !
LUISA
Des sbires! des soldats!... le duc!... Mon père, tuez-] moi !... Mais non, c'est impossible ! vous aurez été trahi.
STROZZI
Oui, j'ai été trahi, et ce qu'il y a de plus affreux, c'est que je l'ai été par ma fille !
LUISA
Oh ! attendez, attendez, mon père, avant de nous condamner ainsi...
LORENZINO 255