SCÈNE III VILLEFORT, M. D'AVRIGNY
M. D'AVRIGNY
Oui, surtout si vous y ajoutez quatre empoisonnements.
Quatre empoisonnements?... Oh ! docteur, docteur, j'oubliais, et voilà que vous me faites souvenir. m. d'avrigny.
Oui; car je crois, monsieur, qu'il est temps que nous agissions. Je crois qu'il est temps que nous opposions une digue à ce torrent de mortalité qui se répand sur la maison, et, quand je dis qu'il est temps, je devrais dire qu'il est trop tard.
Docteur !
Quant à moi, monsieur, je ne me sens point capable de porter plus longtemps de pareils secrets, sans espoir d'en faire sortir bientôt la vengeance pour la société et pour les victimes. Voyons, soyez magistrat, interprète de la loi, et honorez-vous par une immolation complète.
Vous me faites frémir, doctenr... Une immolation? m. d'avrigny.
Écoutez! la mort frappe à votre porte; elle entre; elle va, non pas en aveugle, mais, intelligente qu'elle est, de cli.iuibre en chambre. Eh bien, moi, je suis sa trace; je reconnais son passage.
V1LLEFOP.T.
Parlez, docteur; j'aurai du courage.
M. D'AVr.IGNY.
Eh bien, monsieur, vous avez chez vous, dans votre maison, un de ces monstres comme chaque siècle s'épuise à en produire un.
Docteur!
m. d'avrigny.
a Cherche à qui le crime profite, » dit un vieil axiome de Jurisprudence. Après la mort de M. et madame de Saint-Méran, j'ai cherché, et, Dieu me pardonne, comme le crime profitait à Valentine...
Docteur!
m. d'avrigny.
J'ai soupçonné Valentine.
Oh! la chaste et pure vierge, vous l'avez soupçonnée! m. d'avrigny.
Hélas! la mort elle-même est venue me dire que je me trompais, et je n'en ai que plus obstinément répété : a Cherche à qui le crime profite ! »
Et vous avez trouvé?...
m. d'avrigny.
Suivez la marche du criminel; il tue d'abord M. de Saint- Méran.
Docteur !
M. D'AVRIGNY
Il le tue, vous dis-je! Il tue M. de Saint-Méran ; il tue madame de Saint-Méran; enfin, il tue Valentine... Écoutez, écoutez bien.
Oh ! je ne perds pas un mot, quoique chaque mot me brise le cœur.
m. d'avrigny.
Valentine héritait de M. et de madame de Saint-Méran; il fallait donc tuer d'abord M. et madame de Saint-Méran pour que toute leur fortune se réunit sur la tète de Valentine; et,