‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 53 sur 129 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ALBERT, BEAUCHAMP, pris GERMAIN.

ALBERT

Eh bien, mon ami?

BEAIXFIAMP.

Eh bien, le jugement est rendu.

ALBERT

Condamne ?

BEAICIIAMP.

Rayé de la liste des pairs.

ALBERT

Je m'y attendais, mon ami. Venez, il faut que vous me rendiez un grand, un dernier service.

BEADCHAMP.

Dites, mon cher; je ferai tout ce qui pourra vous être agréable.

ALBERT

Je juge l'avenir par le passé, Beauchamp, et vous avez déjà fait pour moi plus qu'on ne fait d'ordinaire pour un ami.

BEAUCHAMP

Eh bien, dites, que voulez-vous ?

ALBERT

Beauchamp, je quitte Paris, la France, l'Europe. Voici un inventaire de tout ce que je possède, de mes tableaux, de mes porcelaines, de mes armes, de mon argenterie; mes deux chevaux et mon coupé sont portés dessus. Beauchamp, à cet inventaire est joint une procuration; moi parti, vous ferez vendre tout cela.

BEAICIIAMP.

Bien, mon ami, et je vous en enverrai l'argent

ALBERT

Non. mon ami, l'argent a un autre emploi. Vous le déposerez à la caisse des prisonniers.

BEAUCHAMP

À la caisse des prisonniers ?

ALBERT

Oui. Ne m'interrogez pas, Beauchamp, c'est une expiation; cet or et ces billets leur appartiennent pareillement.

BEAUCHAMP

Mais vous vous dénudez, mon cher !

ALBERT

Non, mon cher, car il me reste cinq cents francs.

BEAUCHAMP

Cinq cent francs!

ALBERT

Oui... que vous allez me prêter.

BEAUCHAMP, tirant son porte-monnaie.

Oh! par exemple, avec !e plus grand bonheur, mon cher.

Je dois vous prévenir d'une chose, Beauchamp : c'est que e ne sais pas quand je vous les rendrai. Je sais que je vous les rendrai, voilà tout.

BEAUCHAMP

Oh ! mon ami !

ALBERT

Maintenant, Beauchamp, quelque part que je sois, vous savez que, sous l'habit que je porterai, il y a un cœur reconnaissant et prêt à verser pour vous son sang jusqu'à la derrière goutte.

BEAUCHAMP

Ah ! cher Albert, qu'il doit y avoir quelque chose de grand ;>ous ce que je ne vois pas !

ALBERT

Vous me faites meilleur que je ne suis, Beauchamp. (a Germain, qui entre.) Que me voulez-vous ?

GERMAIN

M. le comte rentre de la Chambre.

ALBERT

Après ?

GERMAIN

M. le comte me fait demander.

ALBERT

Eh bien?

GERMAIN

Je n'ai pas voulu me rendre chez M. le comte sans prendre les ordres de monsieur.

Pourquoi cela ?

GERMAIN

Parce que M. le comte sait que, ce matin, monsieur a dû se battre, et que j'ai accompagné monsieur sur le terrain.

ALBERT

Achevez.

GERMAIN

Et, si M. le comte méfait demander, c'est sans doute pour m'interroger sur ce qui s'est passé là-bas. Que dois-je répondre?

ALBERT

La vérité.

GERMAIN

Alors, je dirai que la rencontre n'a pas eu lieu.

ALBERT

Vous direz que j'ai fait des excuses à M. le comte de Monte- Cristo, et que M. le comte de Monte-Cristo a bien voulu les recevoir; allez. (Le Domestique sort.) Maintenant, Beauchamp, K mon ami, l'heure est venue de nous quitter; embrassez-moi.

BEAUCHAMP

Cher Albert!

ALBERT

Et si, moi parti, on m'attaque?

Oh ! soyez tranquille, j'ai les deux grands moyens de défense de ce monde, la plume et Cépée.

ALBERT

Si l'on m'attaque, ne me défendez pas; j'ai l'avenir, il défendra le passé. Adieu, Beauchamp, adieu !

BEAUCHAMP

Adieu, mon ami !

(V sort.)

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