‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 64 sur 129 · SCÈNE II MONTE-CRISTO, MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE II MONTE-CRISTO, MAXIMILIEN

MONTE-CRISTO

Eh bien, monsieur, suis-je homme de parole? J'avais dit que je serais arrivé avant vous.

MAX1MILIEN.

Ah ! monsieur le comte, il y a dix minutes que je suis ici.

MOXTE-CRISTO.

Moi, je suis arrivé il y a quelques jours, et, ces quelques jours, je les ai bien employés, je vous le jure. Mais ou m'avait dit que vous étiez avec votre sœur et votre beau-frère.

Oui ; seulement, à l'annonce de votre arrivée, tout cela s'est sauve, mais, soyez tranquille, pour reparaitre bieniùt, et dans une tenue plus digne de vous.

MONTE-CRISTO

Ah çà ! mon cher, je vois avec douleur que je fais révolution dans votre famille.

Oh! révolution pacifique! Tous deux jardinaient quand je suis arrivé et étaient en tenue de jardinier. Emmanuel troque sa veste contre une redingote, et Julie son peignoir contre une robe.

MOXTE-CRISTO.

Vous avez là une heureuse famille, n'est-ce pas?

Oh! oui, je vous en réponds; que voulez-vous! ils sont jeunes, ils sont gais, ils s'aiment, et, avec leurs vingt-cinq mille livres de rente, eux qui ont côtoyé tant d'immenses fortunes, ils se figurent posséder les richesses de Cresus. Ils sont heureux 1

(Il soupire.) MONTE-CRISTO.

Et vous, Maximilien, est-ce <iin- vous n'êtes pas heureux?

Oh ! moi... (il soupire encore.) C'est différent.

MONTE-CRISTO

Pourquoi soupirez-vous? Pourquoi vous taisez-vous? Vous vous défiez de moi? Maximilien, est-ce que vous ne m'aimez pas?

Moi?... Tenez, oe ijue je fiia vous dire est étrange, comte; • litre hommes, on De u (ail guère de cea sor es de confidences. Si j<- vous aime? Oui; du moment que je vous ai vu, j'ai éprouvé pont roua une étrange sympa nie. Je vous regardé, je cherche inutilement a roua reconnaître. l.h bien, quoique

ma raison soit là qui me dise que je ne vous avais jamais vu avant notre rencontre à l'île de Monte-Cristo, il me semble, à moi, que nous nous sommes vus autrefois; où? je n'en sais rien. Supposez que les deux âmes d'Euryale et de Xisus se retrouvent dans les générations qui suivirent la leur, eh bien, mon âme près de vous éprouve quelque chose de pareil à ce que leurs âmes auraient dû éprouver.

MONTE-CRISTO

Bon Maximilien! c'est une permission de la Providence, mon ami.

Aussi, j'ai bien envie de vous faire une confidence, comte.

MONTE-CRISTO

Quand cela ?

Un jour que nous serons bien seuls...

MONTE-CRISTO

Une confidence d'amour?

Oui.

MONTE-CRISTO

Oh! mon cher Maximilien, prenez garde! Qa&ni les hommes comme vous aiment, ils aiment de toute la puissance de leur organisation; ils aiment avec leur cœur, avec leur âme; touLe leur existence, tout leur bonheur, tout leur avenir est dan^ leur amour. Vous croyez-vous aimé, Maximilien ?

Oh! d'un amour égal au mien, j'ensuis sûr.

MONTE-CRISTO

Eh bien, alors, que demandez-vous à moi? Demandez à Dieu que cet amour dure, et, tant qu'il durera, prenez en dédain les hommes, prenez en dédain le monde, vivez de votre amour et dans votre amour.

Oh ! rien de nos douleurs ne vient d'elle ni de moi ; ce sont ses parents qui veulent la marier à un autre.

MONTE-CRISTO

Et vous comptez sur moi pour combattre cette opposition?

Oui.

MONTE-CRISTO

Je les connais donc?

Peut-être. Eh! ne connaissez-vous pas tout le monde?

MONTE-CRISTO

De sorte que vous désirez...?

Écoutez, je ne sais quelle fée a présidé à votre naissance, mon cher comte, mais elle vous a donné le pouvoir de la persuasion. Oui, si je suis seul, les parents de celle que j'aime feront de grandes difficultés pour me la donner; si, au contraire, le comte de Monte-Cristo consent à me servir de parrain, je suis convaincu que toute difficulté se lèvera devant lui.

MONTE-CRISTO

Écoutez, Morel, je vous l'ai déjà dit et je vous le répète, je vous aime comme un fils, plus qu'un fils même. Vous avez raison, je puis beaucoup quand je veux. Eh bien, je veux que vous soyez heureux, Morel, et, pour que vous soyez heureux, je donnerais, non-seulement ma fortune, mais encore mon sang.

Àh! comte!

MONTE-CRISTO

Vous savez que je ne suis pas prodigue de pareilles démonstrations. Venez me trouvera ma maison de Paris, quand vous voudrez, avenue des Champs-Elysées, n° 30, porte à porte avec la maison de madame de Villefort.

Porte à porte avec madame de Villefort!

MONTE-CRISTO

Vous la connaissez?

Oh!

MONTE-CRISTO

Venez donc quand vous voudrez. Nous déjeunerons ensem ble, nous causerons ensuite, et, pour quelque r.liose que ce soit, vous disposerez de votre ami...

Vous êtes si bon, que je veux vous dire...

MONTE-CRISTO, voyant entrer Emmanuel.

Nous ne sommes plus seuls...

Mon beau-frère Emmanuel, monsieur le comte.

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