ALE
Eh bien ?
CHATBAUBRUN.
Eh bien, il est descendu dans une caverne; il y a trouve une espèce d'enchanteur qui l'y a fait servir par des muets et par des femmes près desquelles Aspasie et Cléopàtre n'étaient que des lorettes.
ALBERT
Eh bien, vous jetez un peloton de fil dans mon labyrinthe, mon cher Chateaubrun. Le comte de votre capitaine de spahis, c'est le mien.
DEBRAY
En vérité, mon ami, vous nous racontez des choses invraisemblables.
ALUERT.
Cela n'empêche pas que mon comte deMonte-Christo existe.
DEBRAY
Pardieu! tout le monde existe. Beau miracle!
ALBERT
Oui; mais tout le monde n'existe pas dans des conditions pareilles. Tout !e monde n'a pas des esclaves noirs, des galeries princières, des armes comme ù la Casauba, des chevaux de six mille francs la pièce, des maîtresses grecques.
BEAUCHAMP
Il a une maîtresse grecque ? L'avez vous vue, au moins ?
ALBERT
Vue, de mes deux yeux vue, une fois au théâtre Vallée, et une fois que je déjeunais chez le comte. Deux fois en tout.
DEBRAV.
Il mange donc, votre homme extraordinaire?
ALBERT
Ma foi, s'il mange, c'est si peu, que ce n'est pas la peine d'en parler.
CHATEAUBRUN
Vous verrez que c'est un vampire.
ALBERT
r.h bien, messieurs, vous allez vous moquer de moi, mais je ne dirais pas non.
BEAUCHAMP
Ah ! bravo !
CHATEAUBRUN
Toujours est-il que votre comte de Monte-Cristo est un galant homme dans ses moments perdus, n'est-ce pas?
DEBRAY
Oui, sauf ses petits arrangements avec les bandits italiens.
BEAUCBAMP.
Bah ! il n'y a pas de bandits italiens !
DEBRAV.
Pas de vampires !
BEAUCHAMP
Pas de comte de Monte-Cristo ! et la preuve, mon cher ami, c'est que voilà dix heures et demie qui sonnent.
CHATEAUBHUN.
Avouez que vous avez en le cauchemar, et allons déjeuner.
GERMAIN, ouvrant la porte.
Son Excellence le comte de Monte-Cristo.