‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 9 sur 129 · SCÈNE VI MONTE-CRISTO, ALBERT, puis LE COi\ÎTE DE MORCERF · texte numérisé non relu

SCÈNE VI MONTE-CRISTO, ALBERT, puis LE COi\ÎTE DE MORCERF

MONTE-CRISTO

Je vais le revoir, lui, et elle peut-être!... Silence, mon cœur, pour la vieille haine! silence, mon âme, pour l'ancien amour!

ALBERT

Mon père, j'ai l'honneur de vous présenter M. le comte de Monte-Cristo, cet ami généreux que j'ai eu le bonheur de rencontrer dans les circonstances difficiles que vous savez.

MORCBRF.

Monsieur est le bienvenu parmi nous, et il a rendu à notre maison, en lui conservant son unique héritier, un service qui sollicitera éternellement notre reconnaissance.

(Il lui montre un fauteuil.) ALBERT.

Je puis me retirer ?

MORCERF

Allez rejoindre vos amis.

ALBERT, à Mont -Gristo.

Vous permettez?

Comment donc I

M0JXTE-CKIST0.

(Albert sort.)

MOHCERF.

Madame la comtesse £e Morcerf était à sa toilette, monsieur, lorsque le vicomte l'a fait prévenir qu'elle allait avoir le bonheur de recevoir votre visite. Elle descend, et, dans dix minutes, elle sera ici.

MONTE-CRISTO

C'est beaucoup d'honneur pour moi, monsieur le comte, d'être ainsi, dès le jour de mon arrivée, mis en rapport avec un homme dont le mérite égale la réputation et pour lequel la fortune, juste une fois, n'a pas fait d'erreur; mais n'at-elle pas encore, dans les plaines de la Mitidja et dans les montagnes de l'Atlas, un bâton de maréchal à vous offrir?

UORCERF.

Oh! ) ai quitté le service, monsieur. Nommé pair de France sous la Restauration, j'étais de la première campagne d'Alger; je pouvais donc prétendre à un commandement supérieur si la branche aînée fût restée sur le trône; mais les événements qui s'accomplirent me forcèrent à donner ma démission. Lorsqu'on a gagné les épaulettes sur le champ de bataille, on ne sait guère manœuvrer sur le terrain glissant des salons ; j'ai quitté l'épée, je me suis jeté dans la politique; je me voue à l'industrie, j'étudie les arts utiles. Pendant les vingt années que je suis resté au service, j'en avais eu le désir, mais je n'en avais pas eu le temps.

MONTE-CRISTO

Ce sont de pareilles idées, monsieur le comte, qui entretiennent la supériorité de votre nation sur les autres pays, Gentilhomme issu d'illustre maison, possédant une grande fortune, vous avez d'abord consenti à gagner les premiers grades en soldat obscur; c'est fort rare! Puis, devenu général, pair de France, vous consentez à recommencer un second apprentissage sans autre espoir, sans autre reconijiense que celle d'être un jour utile à vos semblables. Ah ! monsieur,

voilà qui est vraiment beau-, je dirai plus, voilà qui est sublime !

MORCERF, s'inclinant.

Monsieur!

MONTE-CRISTO

Hélas! nous ne faisons pas ainsi en Italie; nous naissons selon notre race et notre espèce, et nous gardons même feuillage, même taille et souvent même inutilité toute notre

vie.

Mais, monsieur, pour un homme de votre mérite, l'Italie n'est point une patrie, et la Fiance vous tend les bras; répondez à son appel ! la France traite mal ses enfants, mais elle accueille grandement les étrangers.

MONTE-CRISTO

Oh ! monsieur, on voit bien que vous ne me connaissez pas. Mes aspirations, à moi, sont eu dehors de ce monde; je ne désire point les honneurs et n'en prends que ce qui peut tenir sur un passe-port.

MORCERF

Vous avez été maître de votre avenir, et vous avez choisi le chemin des fleurs.

MONTE-CRISTO

Justement, monsieur.

(La Comtesse entre; elle a entendu ces dernier? mots, eUe tressaille et s'appuie au chambranle de la porte.)

MORCERF, sans la voir.

Si je ne craignais de vous fatiguer, monsieur, je vous eusse emmené à la chambre des pairs; il y a aujourd'hui séance curieuse pour quiconque ne connaît pas nos sénateurs modernes.

MONTE- Cl.

Je vuus serai fort reconnaissant, monsieur, si vous voulez bien me renouveler celle offre une antre fuis; niais, aujourd'hui, on m'a flatté de l'espoir d'être présenté à madan Horcerf, et j'attendrai... (Apercevant la Comtesse.) Mais, pardon, n'esi-cc point elle-même?

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