‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 96 sur 129 · SCÈNE III Les Mêmes, VILLFFORT, MADAME DE VILLEFORT · texte numérisé non relu

SCÈNE III Les Mêmes, VILLFFORT, MADAME DE VILLEFORT

MONTE-CRISTO

Justement, le voici, (a Viu.-f.n.) Venez donc, monsieur! quoique votre promesse fût [tositive, je n'osais, en vérité, compter sur vous. Et madame vous accompagne! En vente, c'est un surcroit de bonhe' t.

Monsieur le comte, vous ne devez pas douter du plaisir que non* avons à venir vou< apurer une fois encore de i M reconnaissance.

MAMMH.UN. h Debray.

Oh ! mon Dieu, les Villefort ici ! mais il y a trois ou (fasrtn jours à peine que madame de Saint-Meran est morte.

DEIIRAY.

Madame de Saint-Méran ne leur était rien. Madame de Saint-Méran était tout bonnement la mère de mademoiselle

Renée de Saint-Méran, première femme de M. de Villefort et mère de mademoiselle Valentine.

MADAME DE VILLEFORT, à Monte-Cristo. Oh! la charmante retraite que vous vous êtes ménagée ici, monsieur!

Et en huit jours, c'est un prodige! En huit jours, le comte a fait, d'une vieille maison, une maison neuve.

DEBRAY

Oh! c'est bien vrai, cela. Je me rappelle avoir été chargé de la visiter par un de mes ministres, qui avait des goûts classiques et qui voulait avoir une maison où Boileau en avait eu une ; il y a de cela trois ou quatre ans, quand M. de Saint- Méran la mit en vente.

MADAME DE VILLEFORT

Ah ! M. de Saint-Méran ! (a Villefort.) Voilà donc cette maison qui vous appartenait, monsieur, et où vous n'avez jamais voulu me conduire? Comment donc avez-vous vendu cette maison, monsieur? Mais elle est charmante!

DEBRAY

Écoutez, je vous déclare que M. de Villefort a eu raison. Vous jugez la maison d'après ce qu'elle est et non d'après ce qu'elle était. Rien de plus triste que cette habitation, avec ses persiennes fermées, ses fenêtres closes, son jardin inculte, son herbe poussant dans les cours. En vérité, si elle n'eût pas appartenu au beau-père d'un magistrat, on eût pu la prendre pour une de ces maisons maudites, où un grand crime a été commis.

MONTE-CRISTO

Eh bien, c'est bizarre, monsieur, mais la même idée m'est venue, à moi, la première fois que j'y suis entré. C'est au point que je ne l'eusse pas achetée, si mon intendant n'eût fait la chose pour moi, et, depuis...

Depuis?...

Eh bien, monsieur de Villefort, j'ai acquis une certitude étrange: c'est que je ne m'étais pas trompé.

MADAME DE V1LLEF0!\T.

Prenez garde, monsieur le comte ! ne parlez pas trop haut de crime; nous avons ici 31. de Villefort.

MONTE-CRISTO

Eh bien, puisque cela se rencontre ainsi, madame, je profiterai de la circonstance pour faire ma déclaration.

ViLLEFORT.

Votre déclaration ?

MONTE-CRISTO

En face de témoins, même.

DEBRÀY.

Tout cela est fort intéressant, savez-vous, mesdames? et, s'il y a réellement crime, rien ne manquera à notre dîner.

MONTE-CRISTO

Il y a crime, je vous le répète. Venez, monsieur de Villefort : pour qu'une déclaration soit valable, il faut qu'elle soit faite aux autorités compétentes.

MADAME IUNGLARS, à part.

Mon Dieu ! mon Dieu! que va-t-il dire?

MONTE-CRISTO

Imaginez-vous qu'ici, à cette place, pour rajeunir un peu ces arbres déjà vieux, j'ai fait creuser et mettre du terreau. Eh bien, mes travailleurs, en creusant, ont déterré un coffre, ou plutôt les ferrures d'un coure, au milieu desquelles était le squelette d'un enfant nouveau-né.

DEBRAY

Un enfant nouveau-né ? Diable ! cela devient sérieux.

Biais qui dit que c'est un crime?

MONTE-CRISTO

Comment! un enfant enterre vivant dans ce jardin, ce n'est pas un crime ? De quel nom appelez-vous donc cela, monsieur de Villefort?

Mais qui dit qu'il ait été enterré vivant?

MONTB-CRISTO.

Pourquoi enterrer là un enf-nt mort ? Ce jardin n'est point un cimetière.

LE MAJOR

De quelle peine punit-on les infanticides, dans ce pays-ci?

■ORTB-CRUTO,

Je l'ignore, monsieur le major; je ne suis pas Français.

IUNGLARS.

Pardieu! on leur tranche la tète, tout bonnement.

MONTE-CRISTO

Demandez à M. de Villefort, il sait cela, lui!

Oui ; on les punit de mort.

MADAME DANGLARS

Oh ! messieurs, plus de ces horribles histoires, je vous prie ! elles m'ont bouleversée.

MONTE-CRISTO, à madame de Villefort.

X'avez-vous pas un flacon de sels, madame ?

MADAME DE VILLEFORT

Pourquoi cela?

MONTE-CRISTO

Voyez donc la baronne, elle est près de se trouver mal.

VILLEFORT, bas, à madame Danglars.

11 faut que je vous parle.

MADAME DANGLARS

Quand cela?

Le plus tôt possible.

MADAME DE VILLEFORT

Qu'avez-vous donc, chère amie?

MADAME DANGLARS

Rien, un éblouisscment; mais je me sens mieux.

MONTE-CRISTO

Voulez- vous faire un tour du côté des serres, baronne? Le parfum des fleurs vous remettra peut-être.

Merci. Allez, je vous rejoins.

MONTE-CRISTO, à madame de Villefort.

Accepterez-vous mon bras, madame ?

(Ils s'éloignent.) DANGLARS, au Major.

On dit, monsieur le major, que l'on va établir un chemin de fer de Livourne à Florence, avec embranchement sur Pise?

MONTE-CRISTO, se retournant.

Je crois bien ! M. le major y est pour trois millions.

DANGLARS

Vraiment! c'est donc une bonne affaire?

LE MAJOR

Excellente!

ANDREA, à part.

Le comte de Monte-Cristo vient de raconter là une histoire qui ressemble diablement à la mienne.

DEBRAY, à madame Danglars.

Avez-vous besoin de moi ?

MADAME DANGLARS

Non, laissez-moi, je yous prie.

DEBRAY, en sortant.

Yous êtes arrivé sur un bien beau cheval, monsieur Morel!

MAX1MILIEN.

Oui, Médcah ; vous avez remarqué, c'est une bète magnifique.

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