SCÈNE III EDMOND, CLOTILDE
CLOTILDE
Ah! mon Dieu, qu'a donc votre père, monsieur Edmtnd?
EDMOND
N'avez- vous pas entendu?... 11 craint que vous n'aimiez quelqu'un plus que lui... Pauvre père, il est jaloux. CLOTILDE, vivement.
Il a tort... Je n'aime personne.
EDMOND
Oh ! s'il en était aussi sûr que moi, il ne s'inquiéterait plus.
'2âO THÉÂTRE COMPLET D'ALEX. DUMAS
CLOTILDE
Ai-je le droit d'aimer quelqu'un? celle qui ne s'appartient pas peut-elle se donner?...
EDMOND
Et qui donc, au contraire, s'appartient plus que vous?... Orpheline, sans parents, maîtresse de vous-même...
Me donnez-vous la liberté de «lire à votre père qui je suis ?...
LliMOND.
Oh! Clotilde, attendez encore. Vous avez vu tout à l'heure qu'à la seule idée d'être séparé de vous... il a failli pleurer comme un enfjnt.
CLOTILDE
Mais il faut cependant que tout ceci prenne une fin. Je ne puis laisser au hasard le soin de nous sortir de la douloureuse position que le hasard nous a faite.
EDMOND
Non, ce n'est point le hasard qui vous a donné le même âge et le même nom que la pauvre morte. Oh ! non, Clotilde, ne faites pas honneur de tout cela au hasard... et permettez que, plus croyant que vous, j'en remercie, moi, la Providence.
CLOTILDE
La Providence!... prenez garde, monsieur, c'est peut-être parce qu'on abuse si souvent de son nom, qu'elle descend si rarement sur la terre.
EDMOND
Clotilde, est-ce à vous de douter d'elle, vous à qui elle a tout donné? Oh ! je ne suis pas si ingrat que vous, moi, et je remercie Dieu de ce qu'il a conduit vers moi la jeune fille belle, chaste, aimante, qui avait été l'idéal de mes rêves, que j'avais cherchée vainement en ce monde... et qui n'existait, je commençais à le croire, que dans celui des esprits, des anges et des fées.
(La porto s'ouYrc.) CLOTILDE.
Monsieur, quelqu'un !
(Elle te met au piano.)
C'est vous, Joseph... Qu'y a-t-il encore?