‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 4)Chapitre 4 sur 151 · SCÈNE II CÉLESTUS, WOLF · texte numérisé non relu

SCÈNE II CÉLESTUS, WOLF

CÉLESTUS, embrassant Wolf. Mon cher Wolf!

WOLF

Mon cher Célestus!

CÉLESTUG.

Mon ami !

WOLF

Mon ami!

CËlESTUiT,

Pardonne-moi i

Ji THÉÂTRE COMPLET D'ALEX. DUMAS WOLF.

Pardonne- moi!

CÉLESTUS.

Tu es Lien la plus excellente créature que Dieu ait faite...

WOLF

Non, mon ami, tu exagères toujours... Je suis, il est vrai, le plus honnête homme que j'aie jamais connu dans les intentions; mais qu'importe ! si les résultats ne répondent pas aux intentions?

CÉLESTUS.

Et quand on pense que nous avons failli nous hrouiller, à quel propos? à propos d'une femme, c'est-à-dire d'un être inférieur.

WOLF

Pas trop, mon ami, pas trop. Moi, je trouve ta sœur Marthe fort aimahle.

N'importe, TVolf : ma sœur Marthe est une exception; mais en général, vois-tu, tu as hien raison de ne pas aimer les femmes.

WOLF

Oui; mais il ne faudrait pas cependant étendre la proposition du général au particulier. Tu sais, Célestus, chacun à son antipathie. Annihal avait horreur de la souris, Épamiuondas ne pouvait pas entendre le chant du grillon... Toi, lu détestes les enfants.

CÉLESTUS.

Et loi, c'est la femme.

WOLF

Mon ami, je n'aime pas la femme parce que cela range.

CÉLESTUS.

Et moi, je n'aime pas les enfants, parce que cela dérange... Heureusement, nous n'a vous ni femme ni enfant; ma sœur est allée se coucher, et nous sommes tous deux garçons.

WOLF

Nous allons nous remettre honnêtement et tranquillement au travail, n'est-ce pas ?

CÉLESTUS.

C'est ça. (ils prennent chacun leur lmugie et ront a leur (fuérldc-a ntpeeUf.) Seulement, mon cher Wolf, une prière...

WOLF

Ordonne, mon ami.

Tu sais que, dans mes études astronomiques, j'ai l'habitude, pour ne pas te déranger, de retenir mon souffle?

WOLF

C'est vrai ! Ah! tu es meilleur que moi, Célestus!

CÉLESTUS.

Eh bien, ne parle pas tout haut, selon ton habitude; fais comme moi, étudie tout bas.

WOLF

Sois tranquille. Reprends l'étude de la sphère céleste, mon ami; moi, je reprends celle du divin Leibnitz. (a. lui-même.) Admirable système que celui de ces deux horloges : d'un côté l'àme, de l'autre le corps, et n'ayant pour elles deux qu'un seul balancier qui, à l'un de ses battements, dit : Jamais, et, à l'autre : Toujours.

CÉLESTUS, à son télescope.

Jupiter! Le voilà, le colosse! et quatre lunes à lui seul, tandis que nous n'en avons qu'une, et quatre satellites pour un seul monde... Qu'en fait-il?

WOLF, allumant sa pipe.

Des satellites!... un seul monde!... le corps!... la matière!... L'homme seul possède un rayon de la divine intelligence; mi volonté réfléchie préside à chacun de mes actes. (En disant cela, il souffle la bougie et l'éteint. L'obscurité d'une partie de la rampe l'avertit de sa distraction.) Toutefois, il peut arriver qu'une des deux horloges se détraque... momentanément, c'est delà distraction; continuellement, ce serait de la folie.

i,Il va à la table de Célestus pour allumer sa bougie.)

CÉLESTUS, sans le yoir, l'œil braqué à son télescope. Car enfin, elle ne peut s'être éteinte naturellement.

Non, mon ami, mais j'ai soufflé dessus.

CÉLESTUS.

Que diable dis- tu donc là, et de quoi parles-tu?

WOLF

De ma bougie, mon ami; tu comprends? j'avais allumé ma pipe, et machinalement... j'ai...

(Il éteint la bougie de Célestus en soufflant de$6us )

CÉLESTUS.

Allons, bon ! voilà que tu éteins la mienne, maintenant; va-t'en au diable !

(Le théâtre esl dans l'obscurité.) WOLF.

Ne te fàcbe pas, mon ami, j'ai mon briquet.

CÉLESTUS.

Pardieu ! moi aussi, j'ai mon briquet I

(Chacun cherche son briquet de son côté et le trouve. La poric s'ouvre doucement pendant qu'ils le battent, et un Homme masqué entre, portant une corbeille.)

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