‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 21 sur 138 · SCÈNE XXIX ARTHUR, SIR EDWARD, JOHN · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIX ARTHUR, SIR EDWARD, JOHN

SIR EDWARD

John !

JOHN

Milord?...

SIR EDWARD

J'étais tombé sur un faux mari.

JOHN

C'est probable.

ARTHUR, s'approchant.

II ne faut pas vous ciesesj)érer pour cela, monsieur.

Je ne m'en désespère pas, monsieur... Au contraire, je m'ci) réjouis.

ARTHUR

Alors, il ne faut pas vous réjouir pour cela.

xxii. 3

SIR EDWARD

Pourquoi, monsieur?...

ARTHUR

Parce que, si vous êtes tombé sur un faux mari, vous êtes tombé en même temps sur un vrai frère.

SIR EDWARD

Votre nom, monsieur?...

ARTHUR

Arthur de Valgeuceuse... Et, si vous voulez bien me permettre de joindre mon titre à mon nom, j'ajouterai : iieute- DMU au 7e régiment de chasseurs. Voici d'ailleurs ma carte. <h'oyez, monsieur, que je ne l'ai pas fait faire pour les besoins de la cause.

SIR EDWARD, avec beaucoup de dignité.

Inutile, monsieur... Quand on porte l'habit que vous portez, on ne ment pas... (ii salue.) Vous êtes le frère de madame Edmée de Valgeuceuse ?

ARTHUR

Oui, monsieur.

(Sir Edward fait signe à John de sortir; celui-ci obéit.) SIR EDWAtlD.

C'est vous, monsieur, que l'on croyait parti ce matin?

ARTHUR

J'étais parti, en effet, c'est-à-dire (lue j'avais quitté l'hôtel. Un petit accident arrivée la voiture a été cause que j'ai manqué le chemin de fer. Je suis, au reste, heureux de cet accident, puisque, si j'en crois M. Durand, cet accident me permet de porter à ma sœur un secours dont vous lui faites un urgent besoin.

SIR EDWARD

Soyez le bienvenu, monsieur, quelle que soit la chose qui vous reste à me dire,

ARTHUR

Et, quelle que soit la chose qui me reste à vous dire, vous y répondrez franchement?...

SHl EDWARD.

Je suis gentilhomme, monsieur.

(Les deux hommes se saluent.)

ARTHUR

Eh bien, j'ai à vous demander s'il est vrai, monsieur, comiiio l'a dit le maître de cet hôtel, que, d'Ostende jusqu'ici, vous avez suivi ma sœur, avec une importunité telle, que ce matin, en rentrant en France, elle a été obligée de s'adresser à l'autorité pour se débarrasser de vous ?

SIR EDWARD

Je ne sais, monsieur, si madame votre sœur a été sur le point de recourir à l'autorité pour se débarrasser de moi ; mais la vérité est que je l'ai suivie d'Ostende jusqu'ici.

ARTHUR

Et pourquoi suiviez-vous ma sœur?

SIR EDWARD

Parce que je l'aime, monsieur.

ARTHUR

Les femmes sont inconséquentes parfois... Ma sœur, par quelque aveu ou quelque imprudence, avait-elle autorisé cette poursuite ?

SiR EDWARD.

Par aucun aveu, par aucune imprudence... non, monsieur.

ARTHUR

Alors, toute la responsabilité de cette poursuite, au moins inconvenante, retombe sur vous.

SIR EDWARD

Sur moi seul.

ARTHUR

Vous n'avez aucune excuse à faire valoir?...

SIR EDWARD

Aucune, si ce n'est la loyauté de mes intentions.

ARTHUR

Et vos intentions, peut-on les connaître, monsieur ?

SIR EDWARD

Votre sœur les eût déjà connues, monsieur, si elle m'eût laissé le temps de les lui dire.

ARTHUR

Comme son seul parent, admeitez-vous que j'aie le droit de les connaître?...

SIR EDWAlin.

Parfaitement, monsieur... Je me nomme sir Kdward Dennebury. J'ai vingt-huit ans, je suis baronnet du chef d(; mon père. Je serai lord et membre du parlement à la mort de mon oncle. J'ai vingt mille livres sterling de rente... Je suis parfaitement libre de mes actions, et i'ai l'honneur, monsieur, de vous demander la main de votre sœur.

ARTHUR

Ce n'est, vous le comprenez bien, une excuse que si ma sœur accepte...

SIR EDWARD

Oui, monsieur... Je comprends.

ARTHUR

Mais, si elle refuse... cette poursuite obstinée restera toujours comme une inconvenance dont j'aurai à vous demander raison.

SIR EDWARD

Vous apprécierez, monsieur.

ARTHUR

Et si, avec la susceptibilité d'un homme qui a l'honneur de porter l'uniforme, je juge qu'il y a lieu à duel...

Vous choisirez vous-même l'heure, le lieu, les armes... A partir de ce moment, je me tiens à votre disposition.

ARTHUR

Vous avez raison, vous êtes un vrai gentillhomme.

SIR EDWARD

Votre sœur est dans cette chambre... Ma présence ici serait une inconvenance à ajouter à celles que j'ai déjà commises... Dans cinq minutes, monsieur, je reviendrai me mettre à vos ordres.

(Il salae et sort.)

l'honneur est satisfait 41

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