SCÈNE UNIQUE
MARCHAND, LAS CASES, BERTRAND, ANTOMARCHl, puis NAPOLÉON, puis SIR HUDSON LOWE, LE DOCTEUR AR- NOTT, MADAME BERTRAND et ses Ekfants.
MARCHAND, frappant à la porte.
Monsieur de Las Cases !... monsieur de La Cases!
LAS CASES
Eh bien, comment va l'empereur?
MARCHAND
Il s'affaiblit de plus en plus. Savez-vous quelque chose de cet espion français, et pourquoi, depuis huit jours, il n'a pas été exécuté, quand lebill porte que tout Français qui essayera de favoriser la fuite de l'empereur sera exécuté à l'instant même ?
LAS CASES
Il était porteur d'un brevet de sous-officier anglais, et, considéré comme tel, il n'a pu être jugé que par un conseil de guerre ; mais cela ne le sauvera pas. Antomarchi est allé à la ville pour en savoir des nouvelles.
MARCHAND
Son arrestation a fait plus de mal à l'empereur qu'une année de souffrance.
LAS CASES
Oh! Marchand! le voir ainsi s'éteindre jour par jour, heure par heure, et ne pas pouvoir lui porter secours au prix de mon sang, de ma vie ! Il me semble que l'Europe nous dira à tous : « Vous étiez là, près de lui, et vous l'avez laissé
mourir! »
BERTRAND, de la porte.
L'empereur demande son testament ; il veut y ajouter quelques legs.
LAS CASES
Je le lui porte. Marchand, tâchez de savoir où en est la procédure du Français. Je donnerais dix années de ma vie pour apprendre à l'empereur qu'il est sauvé
MARCHAND, le suivant jusqu'à la porte.
Oh! si l'empereur était plus mal, rappelez-moi. Son testament !... Il craint d'avoir oublié quelqu'un... Le monde qui le calomnie saura s'il était bon !