SCÈNE II
NAPOLÉON, le Ministre, puis MORTIER, MURAT et les autres Maréchaux, puis l'Espion.
napoléon.
Avez-vous dressé les trois décrets que je vous avais demandés?
LE MINISTRE
Oui, sire.
NAPOLÉON
Voyons, quel est celui-ci ?
LE MINISTRE
II est relatif aux maisons de prêt actuellement existantes dans la ville de Florence.
NAPOLÉON
Ah ! c'est la défense de recevoir aucun dépôt et de prêter sur nantissement, n'est-ce pas? Ajoutez : « Le mont-de-piété de la ville de Florence est conservé. Tous les actes relatifs à l'établissement seront exempts des droits de timbre et d'enregistrement. » De cette manière, on pourra prêter à huit pour cent aux malheureux, qu'on ruine en leur prêtant à quinze et à vingt. — Quel est celui-ci ?
LE MINISTRE
La création d'une commission spéciale pour l'exécution des travaux de redressement et d'élargissement du Gardon.
NAPOLÉON
Bien... Dieu aidant, j'espère que, dans dix ans, la France sera traversée en tous sens par trente canaux navigables. — Et celui-ci?
LE MINISTRE
Un règlement sur le Théâtre-Français, sur les emplois des sociétaires, sur les pensions, sur celle de Talma, qui est portée à trente mille francs.
NAPOLÉON
Donnez; si nous passons l'hiver à Moscou, je veux y avoir la moitié de ma troupe; je lui enverrai l'ordre d'être ici à la fin d'octobre. — Qu'est cela? ce ne peut être le jour encore?
CRIS, au dehors.
Le feu ! le feu !
NAPOLÉON, s'clançant vers la fenêtre.
Le feu au palais marchand, au centre de la ville, dans son plus riche quartier ! — Malheur ! c'est quelque soldat ivre qui nous incendie un palais.
MORTIER, entrant.
Sire, sire, le feu !
NAPOLÉON
Eh bien, je le sais, je le vois d'ici. — Ah ! je ne me trompe point : par là, vers la porte de Dorogomilof, le feu encore!... — Trévise, eh bien, vous le voyez, je vous charge de la police de la ville; je remets Moscou, la riche Moscou endormie, entre vos mains, et voilà que de tous côtés les flammes surgissent!...