ACTE II, SCEXE M
GRIMÀLDr.
Que veux-tu donc alors ? parle vile.
LKUO.
Voici !
Mon oncle, vous avez été jeune peut-être ?
GR1MALDI.
Jamais ! monsieur,, jamais !
LÉLIU.
Ah ! vous auriez pu l'être !
Pardon, si mon erreur vous a désobligé :
Mais je suis jeune, moi, c'est un malheur que j'ai.
Or, quoique l'ignorant par votre expérience,
Mon oncle, vous savez, tout au moins par science,
Que cet âge, qu'il faut, las! que nous subissions,
Est, pour nous malheureux, celui des passions!
Donc en ces passions aux chances hasardeuses,
.l'ai choisi, par bonheur pour moi, les plus coûteuses !
Les femmes et le jeu !... Si bien, Dieu soit loué !
Que j ai, depuis un mois, tant aime, tant joue,
Tant rencontré de cœurs et de tapis avides,
Que de nos usuriers tous les coffres sont vides, ii 13
Et qu'il faut bien enfin que je m'adresse à vous,
Mon oncle, le plus riche et le plus dur de tous !
Car vous êtes le seul, voyez la préférence !
Qui ne m'ayez jamais rien prêté dans Florence !
Exécutez-vous donc, mon oncle, noblement ;
Il faut que toute chose ait son commencement.
GRIMALDI
Malheureux ! peux-tu bien me parler de la sorte?
LÉLIO
D'autant plus que vraiment la somme n'est pas forte î Et que pour m' obliger en ce douloureux cas. Je vous en tiendrai quitte avec mille ducats.
GRIMALDI
Où veux-tu que je prenne une pareille somme ?
LÉLIO
Tenez, mon oncle, au fond, vous êtes un brave homme î
GRIMALDI
Jamais je n'eus tant d'or en mes mains, je te dis.
LÉLIO
Ecoutez ! je paîrai les intérêts à dix !