ACTE II, SCENE III
Et mon honneur est sauf. Alors, comme ils pourront De ma personne après mes juifs s'arrangeront.
GRIMALDI
Vous êtes fou !
LÉLIO
Prenez pitié de ma folie !
Pour ces cinq cents ducats, voyez, je vous supplie, Mon oncle ! que vous fait cette misère-là?
Pas un ! pas moitié d'un !...
LÉLIO
Ah ! c'est comme cela !
Eh hien ! pour rendre alors ma demande efficace, Je vais vous raconter un conte de Boccace î
GRIMALDI
Oh ! je n'ai pas le temps de l'entendre !
LÉLIO, le retenant.
Restez !
Et sans en perdre un mot, au contraire, écoutez!
GRIMALDI
Quoi ! tu veux par la force... Ah ! je ne puis le croire î
LÉLIO, d'une voix ferme.
Je veux, je vous l'ai dit, vous conter une histoire; L'histoire d'un oncle et d'un neveu... Voilà tout! Mais vous l' écouterez de l'un à l'autre bout !
GRIMALDl.
Où veut-il en venir?
FASIO, caché.
Quelle chose s'apprête?
LÉLIO
La scène est en Espagne. Une famille honnête Demeurait à Séville ; elle se composait D'une mère et d'un fils en bas âge : on disait Qu'un homme était encor de la même famille, Demeurant outre-mer, seul, et sans fils ni fille... Qui, pour tout Dieu jamais n'ayant connu que l'or, Par le prêt et l'usure engraissait un trésor; Or, il advint un jour que des fièvres mortelles Passèrent sur l'Espagne en secouant leurs ailes ; La mère, qu'on citait comme sainte en tout lieu, A l'âge de trente ans fut appelée à Dieu, Et laissa, pour descendre en un sépulcre avide, Son enfant au berceau près de sa couche vide ! Hélas! le pauvre enfant, si petit qu'il était,